ACTE I
SIRO. — Si vous m'en aviez parlé à Paris, j’aurais su vous donner un conseil, mais à présent je ne sais que vous dire.
CALLIMACO. — Je ne t'ai pas raconté cela pour avoir un conseil mais pour m'épancher un peu, et pour que tu te prépares l'esprit à m'aider là où le besoin le réclame.
SIRO. — À cela je suis tout à fait prêt. Mais quel espoir y avez-vous ?
CALLIMACO. — Hélas! aucun.
SIRO. — Et pourquoi ?
CALLIMACO. — Je te le dirai. D’abord me fait obstacle ? sa nature à elle qui est très honnête et tout à fait étrangère aux choses de l’amour;
= K S MH - “ ;
elle a un mari très riche qui se laisse tout à fait gouverner par elle, et s’il n’est pas jeune, il n’est pas aussi vieux qu’il en à l’air; elle n’a pas de parents ou de voisins à accompagner à une veillée ou une fête ou autre amusement où les jeunes ont coutume de se plaire. Pour ce qui est des ouvriers, aucun ne travaille chez elle et elle n’a ni servante ni domestique qui ne la craigne, de sorte qu’il n’y a là aucune possibilité de corruption.
SIRO. — Que pensez-vous donc faire ?
CALLIMACO. — Il n’est jamais de chose si désespérée qui ne laisse quelque voie par où espérer, et bien qu’elle soit faible et vaine, l'envie et le désir que l’homme à de conduire la chose à sa fin ne la font pas paraître ainsi.
SIRO. — Enfin, qu'est-ce qui vous fait espérer ?
CALLIMACO. — Deux choses. L’une, c’est la simplicité [d’esprit] de
messire Nicia qui, bien qu'il soit doffare, est l’homme le plus simple et le plus sot de Florence. L’autre, c’est l'envie qu’ils ont, lui et elle, Les Der voilà six ans qu’elle est mariée et n’en à pas encore fait, et alors ils en ont, étant très riches, le désir à en mourir. Il y en a une troisième, c’est que sa mère a été bonne compagne”. Mais elle est riche, de sorte que je ne sais pas comment m’y prendre avec elle.
SIRO. — Avez-vous tenté déjà quelque chose en cette affaire ?
20. Littéralement: me fait la guerre. Rappelons que Caflimaco signifie beau
combat.