‹ La mandragoreChapitre 75 sur 91 · Scène I · texte numérisé non relu

Scène I

FRÈRE TIMOTEO SEUL

Je n'ai pas pu fermer l’œil cette nuit, si grand est mon désir de savoir comment Callimaco et les autres s’en sont tirés. Et pour consumer le temps je me suis occupé à diverses choses: jai dit les matines ; j’ai lu une Vie des Saints Pères; je suis allé à l’église et j’ai allumé une lampe éteinte; j’ai changé le voile d’une Madone qui fait des miracles. Combien de fois j’ai dit aux frères de la tenir propre! Et puis ils s’étonnent si la dévotion fait défaut. Je me souviens qu’il y avait là autrefois cinq cents images #, et il n’y en a pas vingt aujourd’hui. C’est notre faute, nous n’avons pas su maintenir sa réputation. Nous avions l’habitude d’y aller en procession tous les soirs après complies et d’y faire chanter chaque samedi les laudes. Nous faisions toujours vœu ici pour qu’on y vit des images fraîches, nous exhortions en confession les hommes et les femmes à y faire vœu. Maintenant tout ça ne se fait plus et après nous nous étonnons que les choses se refroidissent! Oh, combien peu de cervelle ont mes frères! Mais j'entends un grand bruit provenant de chez messire Nicia. Les voilà, ma foi! Ils tirent dehors le prisonnier. Je serai arrivé à temps. Ils se sont bien attardés jusqu’à la dernière goutte; l’aube commence à poindre justement. Je veux rester à écouter ce qu’ils disent sans me faire voir.

145. Les religieux disaient jusqu’à sept prières communes par jour,

dont les matines; quelques lignes plus loin on mentionne deux autres prières quotidiennes, les laudes et les complies.

144. Images votives. Les dévots venaient beaucoup prier la Vierge

autrefois, y versaient l’aumône et plaçaient une image sainte si leurs prières étaient exaucées.

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