‹ La maniere de bien traduire d'vne langve en avtre. D'advantage de la punctuation de la langue francoyse, plvs des accents d'ycelleChapitre 5 sur 6 · DE LA LAN'GVE FRANCOYSE · texte numérisé non relu

DE LA LAN'GVE FRANCOYSE

dire que i'entends mal ce que les Grecs appellent Comma et Colon : ie luy responds que combien que les Grecs ayent appelle Comma ce que i'appelle poinct à queue, et que dudict Comma ie marque vng Colon : et que ie constitue vng Colon pour fin de sentence , certainement ie n'erre en rien. Car les Latins interprètent Comma par inciswn : et si les Grecs le prennent pour incision de locution, ie le veulx prendre pour incision de sentence, c'est asscauoir pour sentence moyenne et suspendue : et le Colon pour sentence finale du période, le dy cecy pour obuier aux maldisauts et calumniateurs. Desquek il est au temps présent si grand nombre, que si vng homme d'esprit s'arrestoit à enlx, i! ne composeroit iamais rien. Mais mon naturel est tel que ie n'ay aultre passetemps que de telz folz.

4. Le quart est nommé par les Latins interrogans , et par les Francoys Interrogant.

5. Le quint diffère peu du quart en figure : toutesfoys il se peult appeller Admiratif , et non Interrogant.

6. Le sixiesme est appelle parenthèse : et est double, comme Ion peult voir par ses deux petits demys cercles.

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Or puisque tu congnois leurs noms et figures, ie te veulx maintenant monstrer familièrement quelz lieux ils doibuent auoir en nostre parler et escripture : et te prie y vouloir entendre : car la punctuation bien gardée et obseruée sert d'vne exposition en tout oeuure.

Premièrement il te fault entendre que tout argument et discours de propos, soit oratoire ou poétique, est deduict par périodes.

Période est vne diction Grecque que les Latins appellent clausula , ou comprehensio t'erborum : c'est à dire vne Clausule, ou vne Compréhension de parolles. Ce Période (ou autrement Clausule) est distingué, et diuisé par les poincts dessus dicts. Et communément ne doibt auoir que deux ou trois membres : car si par sa longueur il excède l'haleine de l'homme il est vitieux. Si tu en veubt auoir exemple, ie te voys forger vng propos ou il y aura troys périodes : dedans lesquelz tous les poincts que ie t'ay proposez seront contenus , et puis ie te declareray par le menu l'ordre et la cause d'vng chascun. Or mon propos sera tel.

L'Empereur congnoissant que paix valloit mieulx que guerre , a faict appoinctement auec le roi : et pour

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plus confirmer ceste amylié, allant en Flandre il a passé (chose non espérée) par le royaulme de France, ou il a esté repceu en grand honneur, et extresme ioye du peuple. Car qui ne se reiouyroit d'vng tel accord ? Qui ne loueroit Dieu de veoir guerre assopie , et paix régner entre les chrestiens? O que longtemps auons désiré ce bien! o que bien heureux soient qui ont traicté cest accord ! que mauldicts soient qui tascheront de le rompre!

Au premier Période (qui commence l'Empereur conguoissant) ie te veux nions trer l'vsage du Poinct à queue, du Comma, de la Parenthèse et du Poinct final, aullrement dict Poinct rond. Le Poinct à queue ne sert d'aultre chose que de distinguer les dictions et locutions l'vne de l'autre. Et ce ou en adieclifs, substantifs , verbes ou aduerbes simples. Ou auec adiectifs ioincts aux substantifs expressément. Ou anec adiectifs gouuernans vng substantif. Ou auec verbes regissans cas, ce que nous appelions locutions. Exemple de l'adiectif simple. Il est bon, beau, aduenant, ieune et riche. Ne vois- tu pas que ce Poinct distingue ces dictions bon, beau, aduenant, ieune et riche? Exemple du substantif simple. Il est plein de grand'

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bonté, beaulté, adresse , ieunesse et richesse. Exemple du verbe simple. Il ne fault rien que manger, boire et dormir. Exemple de l'aduerbe. Il a faict cela prudemment, courageusement et heureusement. Exemple de l'adiectif ioinct au substantif. Il est de grand courage, de prudence singulière et exécution extresme. Exemple de l'adiectif gouuernaut vng substantif. Il a tousiours vescu bien seruant Dieu , secourant ses prochains et n'offensant personne. Exemple du verbe régissant cas. (Test chose louable de bien seruir Dieu , secourir ses prochains et n'offenser personne.

Voila des exemples pour te montrer clairement l'vsage de ce poinct à queue. Il a pareillement tel vsage en la langue Latine. Deuant que de venir aux aultres poincts , ie te veulx aduertir que le poinct à queue se met deuant ce mot ou , semblablement deuant ce mot Et. Exemple de ce mot Ou. Sot, Ou sage qu*il soit, il me plaict. Exemple de ce mot Et Sans scauoir, et bonne vie l'homme n'est poinct à priser. Or, entends maintenant que ce mot Ou , aussi ce mot Et, sont aulcunes fois doublés : et lors au premier membre il n'y esehet aulcun poinct à queue. Exemple de Ou. Soit Ou par mer, Ou par terre, le roy est le

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plus puissant. Exemple de Et. Il a tousiours esté constant et en bonne fortune, et en mauuaise.

le viens maintenant à parler du Comma : lequel se mect en sentence suspendue , et non du tout finie. Et aulcunesfois il n'y en a qu'vn en vne sentence : aulcunesfois deux , ou trois. Exemple. Il est bon de n'offenser personne : car il n'est nul petit ennemy : et chascun tasche de se venger, quand il est offensé.

Quant à la Parenthèse, c'est vne interposition qui a son sens parfaict : et pour son interuention ou detraction, elle ne rend la Clausule plus parfaicte ou imparfaicte. Exemple. Allant en Flandre il a passé (chose non espérée) par le royaulme de France. Oste la Parenthèse , le sens sera aussy parfaict que sy elle y estoit. Ce qui est facile à congnoistre. Entends aussy que la Parenthèse peult auoir lieu partout le discours du période : sinon au commencement et à la fin. D'aduantage il est à noter que deuant, ou après la parenthèse il n'y eschet aulcun poinct à queue ou final. Et dedens y en eschet aussi peu : si ce n'est vu interrogant ou vu admiratif. Exemple du premier. Si ie puys iamais auoir puissance, ie me vengeray d'vn si vilain tour (en doibs ie faire moins?) et luy

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donneray à entendre qu'il me souuient d'vne iniure dix ans après qu'elle m'est faicte. Exemple du second. Estant le plus fort en toutes choses il fut vaincu (quel hazard de guerre ! ) et tost après fut victeur seulement par prudence.

Sans aulcune vigueur de Parenthèse on trouue quelquesfois vn demy cercle en ceste sorte ) ou ainsi ] , et cela se faict quand nous exposons quelque mot , ou quant nous glosons quelque sentence d'aulcun autheur Grec, Latin, Francoys ou de toute autre langue.

On trouue aussi ces demys cercles aucunesfois doublés : et ce sans force de Parenthèse. Ils se doublent doncq' ainsi [ ] ou 6 9. Et lors en iceuLx est comprinse quelque addition, ou exposition notée sur la matière, que traicte l'autheur par nous interprété. Mais le tout ( comme i'ay dict) se faict sans efficace de Parenthèse. Lisant les bons autheurs, et bien imprimés, tu pourras congnoistre ma traditiue estre vraye.

Quant au Poinct final aultrement dict Poinct rond, il se mect tousiours à la fin de la sentence, et Jamais n'est en aultre lieu. Et après luy on conjmence voulontiers par vne grande lettre.

Au demeurant : il n'y a que deux poincts : c'est

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l'interrogant et admiratif : et l'vn et Faillira est final en sens : et eu peult auoir plusieurs en vne période. L'interrogant se faict par interrogation pleine addressée à vn ou plusieurs tacitement. Exemple: Qui ne se resiouiroit d'vn tel accord? Qui ne loueroit Dieu de voir guerre assopie et paix régner entre les chrestiens ?

L'admiratif n'a si grand' véhémence : et eschet en admiration procédante de ioye ou detestation de vice et meschanceté faicte. Il conuient aussi en expression de soubhait et désir. Brief : il peult estre partout où il y a iuteriection. Exemple. O que longtemps auons désiré ce bien ! O que bien heureux soient qui ont traiclé cet accord ! Que mauldicts soient qui tascheront de le rompre! A tant te suffira de ce que i'ay dict des figures et collocation de la punctuation. le scay bien que plusieurs Grammariens latins en ont baillé d'auantage : mais tu ne te doibs amuser à leurs resueries. Et si tu entends et obserues bien les reigles précédentes, tu ne fauldras à doctement punctuer.

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es gens doctes ont de coustume de faire seruir les accents en deux sortes. L'vne est en pronunciation et expression de voix, expression dicte Quantité de voyelle. L'aultre en imposition de marcque sur quelque diction. Du premier vsage nous ne parlerons icy aulcunement : car il n'en est poinct de besoing. Et d'aduantage il a moins de lieu en la langue Francoyse qu'en toutes aultres : veu que ses mesures sont fondées sur syllabes et non sur voyelles : ce qui est tout au rebours en la langue Grecque et Latine.

Quant à l'imposition de marcque ( qui est le second membre de l'accent), i'en diray en ce Traicté ce

qu'il en fault dire briefuement et priuement, sans aulcune ostentation de scauoir et sans fricassée de Grec et Latin. l'appelle fricassée me mixtion superflue de ces deux langues , qui se faict par sottelets glorieux et non par gens résolus et pleins de bon iugement. Tenons à la matière.

En la langue Francoyse sur toutes lettres , il y en a deux qui recoipuent plus accent que les aultres. C'est asscauoir a et e. De ces deux nous parlerons par ordre.

La lettre dicte a se trouue en troys sortes communément en nostre langue francoyse. Aulcunes foys elle est vn article du datif , car le datif Latin est exposé en Francoys par ledict article. Exemple : Dedi Petro, quod ad me scripseras : J'ay baillé à Pierre ce que tu m'auois escript.

Aulcunes foys est proposition semant à l'accusatif cas , et vault autant comme ad en latin. Exemple : Rex ad imperatorem scripsit , tutam ei viam in Flandriam per Galliam patere : Le Roy a escript à l'Empereur que le passage luy estoit seur par France pour aller en Flandre.

Aulcunes foys aussi ceste particule a signifie autant

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en Francoys que habet ea latin. Exemple : Habet omnia quae in oratore perfecto esse possunt : Il a toutes choses qui peuuent estre en vn orateur parfaict. Autre exemple : Occidit illum nefarie : Il l'a tué meschamment. Telle est la langue Francoyse en aulcunes locutions, ou pour yn mot Latin il y en a deux Francoys , comme : Respondit , il a respondu : Cantauit , il a chanté : Scripsit, il a escript : Fuit, il a esté. En ces locutions , ce mot a est prins diuersement , car il est de signification possessiue , actiue ou temporelle. Exemple de la possessiue : Multas diuitias habet, il a plusieurs richesses. Exemple de l'actiue : Cantauit, il a chanté. Exemple de la temporelle : Fuit, il a esté. Quant à la duplication des mots pour vn seul Latin , cela se faict seulement en la signification actiue et temporelle de ceste diction a. Exemple : Cantarunt , ilz ont chanté : Fuerunt , ilz ont esté. Et par cela tu peux congnoistre que la langue Latine comprent plus que la Francoyse : ce qu'il n'aduient pas en toutes choses.

Note doncques que, quand a est article ou préposition , il le fault signer d'vn accent graue en ceste sorte , à. Et ainsi signent les Latins leurs prépositions ,

c'est asscauoir à et è. Mais quand a représente ce verbe Latin habet , il n'a point d'accent. Lors aulcuns l'escriuent auec vne aspiration ha , ce qui me semble superflu : toutesfoys ie remects cela à la fantasie d'vn chascun. ~So\e, aussi que , quand il est de signification actiue ou temporelle (comme i'ay demonstré), il ne recoipt point d'accent.

La lettre appellée e a double son et prolation en Francoys : la première est dicte masculine et l'aultre féminine. La masculine est nommée ainsi, pour ce que e, masculin, a le son plus viril, plus robuste et plus fort sonnant. Dauantage il porte sur soy vne virgule vn peu inclinée à main dextre , comme est l'accent appelle des Latins aigu , ainsi é. Exemple : Il est homme de grand' bonté , priuaulté et familiarité ; plus, il dist tousiours vérité. Autre exemple : Apres qu'il eut bien mangé , bancqueté et chanté , il voulut estre emporté de là , et puis fut couché en vng bon lict : mais le lendemain matin , après estre desyuré , il se trouua bien estonné, et fut frotté et galle de mesmes par vng tas de rustres qui ne l'aymoient gueres. Voilà deux exemples de la termination masculine.

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Maintenant il te fault noter diligemment deux choses. C'est que ceste lettre é estant masculine , iamais ne vient en collision ; c'est à dire qu'estant deuant vng mot commençant par voyelle, elle ne se perd point. Exemple : Il a esté homme de bien toute sa vie , et n'a mérité vn tel outrage.

En après , il fault entendre que ceste lettre é est aussi bien masculine au plurier nombre qu'au singulier , et ce tant en noms qu'en verbes. Exemple des noms : Les iniquités et meschancetés , desquelles il estoit remply , l'ont conduit à ce malheur. Autre exemple : Toutes voluptés contraires à vertu ne sont louables.

le te veulx auertir en cest endroict d'vne mienne opinion: Qui est que le e, masculin en noms de plurier nombre, ne doibt recepuoir vn z, mais vne s, et doibt estre marqué de son accent tout ainsi qu'au singulier nombre. Tu escriras donq' voluptés, dignités , iniquités , vérités ; et non pas voluptéz , dignitéz , iniquitéz , veritéz ; ou sans e marqué auec son accent aigu, tu n'escripras voluptéz, dignitéz, iniquitéz, veritez.

Car z est le signe de e, masculin au plurier nom-

bre des verbes de seconde personne, et ce sans aucun accent marqué dessus. Exemple : Si vous aymez vertu , iamais vous ne vous addonnerez à vice , et vous esbattrez tousiours à quelque exercice honneste. Autre exemple : Si vous estiez telz que vous dictes , vous ne deschasseriez ainsi les vertueux. Sur ce propos, ie scay bien que plusieurs non bien congnoissants la virilité du son de le é, masculin , trouueront estrange que ie répudie le z en ces motz voluptés , dignités et autres semblables. Mais, s'ilz le trouuent estrange, il leur procédera d'ignorance et mauluaise coustume d'escripre , la quelle il conuient reformer peu à peu.

Oultre ce qui est dict, saiche que e, de prouunciation masculine, ne se mect seulement en fin de diction, mais aussi deuant la fin. Exemple : Journée, renommée, meslée, assemblée, diffamée, affolée, et autres motz qui se forment du masculin et féminin : comme est de despité, despitée : de courroucé, courroucée : de suborné , subornée , et semblables dictions tant au singulier nombre qu'au plurier. Exemple du plurier : Contrées , iournées , assemblées , menées.

L'autre pronunciation de ceste lettre e est féminine , c'est à dire de peu de son et sans véhémence.

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Estant féminine elle ne recoipt aucun accent. Exemple : Elle est notable femme de bonne vie , de bonne rencontre, et autant prudente et sage que femme qui se trouue en cesle contrée.

Note aussi que , quand ceste lettre e est féminine , elle est de si peu de force que tousiours elle est mangée , s'il s'ensuict après elle vng mot commençant par voyelle. De là ont leur origine les figures appellées Synalepbe et Apostrophe : entre lesquelles figures il y a aulcune différence , comme nous demonstrerons maintenant.

La figure que nous appelions Synalephe ou collision, oste et menge la voyelle en proférant seulement et non en escripuant, car ladicte voyelle se doibt escripre. Exemple en prose : I'ay espérance en luy, et me fie en la grande amour et largesse extresme, de laquelle il vse entiers tous gens scauants. En cesl exemple, la dernière lettre d'espérance, fie, grande, largesse, laquelle, vse, se perd en proférant, à cause des aullres mois ensuiuants qui commencent pareillement par voyelle. Mais non obstant la collision, il fault escrire tout au long tant en prose qu'en vers.

Exemple en rhythme.

Tu es tant belle et de grâce tant bonne , Qu'à te seruir tout gentil cueur s'addonne.

Nécessairement en ce mot belle, le dernier e est mangé, ou autrement le vers seroit trop long. Et les Faictistes, qui composent rhythmes en langage vulgaire, appellent cela couppe féminine, c'est à dire abolition de Ye féminin, qui rencontre vne aultre voyelle, par laquelle il est aboli après la quatriesme syllabe du vers. De cecy ie parleray plus amplement en l'art poétique.

Ce dict e féminin est aucunes foys autrement mangé par apostrophe. Or l'apostrophe oste du tout la voyelle finale de ce qui précède la voyelle du mot ensuyuant, et faict qu'elle ne s'escript , ne profère aucunement , et suffist que seulement on la marque en dessus par son petit poinct. Deuant que de t'en bailler exemple, ie t'aduertis qu'apostrophe eschet principalement sur ces monosyllabes, ce, se, si, te, me, que, ne, ie, re, le, la, de. Et combien que les Francoys n'ayent de coustume de signer ledict apostrophe, si eu vsent ilz

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naturellement : principalement aux monosyllabes dessusdicts , quand le mot ensuyuant se commence semblablement par voyelle.

Et si d'aduanture il se commence par h , cela n'empesche point quelquefois l'apostropbe; car nous disons et escripuons sans vice, l'honneur, l'homme, l'humilité; et non le honneur, le homme, la humilité. Au contraire, nous disons sans apostrophe le haren, la harendiere, la haulteur, le houzeau , la housse, la hacquebute, le hacquebutier, la haquenée, le hazard, le hallecret , la hallebarde. Et si ces mots se profèrent sans grande aspiration, la faulte est anorme. De la quelle faulte sont pleins les Auuergnats, les Prouuencaulx , les Gascons , et toutes les prouinces de la Langue d'Oc : car pour le haren, ilz disent l'aren : pour la harendiere, Tarendiere : pour la haulteur, Taulteur : pour le houzeau , l'ouzeau : pour la housse, Tousse : pour la honte , Tonte : pour la hacquebute , Tacquebute : pour la hacquenée, Tacquenée : pour le hazard , Tazard : pour le hallecret , Tallecret : pour la hallebarde, Tallebarde. Et non seulement (qui pis est) font ceste faulte au singulier nombre de telles dictions, mais aussi au plurier. Car pour des harens,

ilz disent des arens : pour les hacquenées, les acquenées : pour mes houzeaux , mes ouzeaux : pour il me fault, ou ie me vois houzer, il me fault ouser. Or, ie laisse le vice de ces nations et reuiens à ma matière.

Exemple de ce : C'est grand follie de prendre pied à ces paroles. Sans apostrophe, il fauldroit dire: Ce est grand follie. Entends toutesfoys que souuent ce mot c'est n'a point d'apostrophe, comme quand nous parlons ainsi : Cest oeuure est digne de louenge : Cest homme n'est pas en son bon sens : Cest Allemand est trop glorieux.

Exemple de se : S'aduenturant de passer la riuiere à pied, il s'est noyé : pour se aduenturant, et pour il se est noyé. Note icy que non seulement cette diction se recoipt apostrophe , mais aussi ces mots la recoipuent, c'est asscauoir, son, mon, ton. Et par cela nous disons : M'amye pour mon amye, et m'amour pour mon amour, et t'amour pour ton amour, et s'amour pour son amour. Et vsons de tel parler tant en prose qu'en rhythme, mais plus souuent en rhythme. Et aussi m'amye et m'amour sont dictions plus vsitces que les deux autres.

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Exemple de si : S'il estoit possible, ie vouldrois bien faire cela. Pour si il estoit possible : Toutesfoys tu ne verras gueres qu'il recoipue apostrophe auec autre mot que ce mot il. Exemple de toutes autres voyelles. De la voyelle a : Si audace estoit prisée, chascun seroit audacieux. De la voyelle e : Si éloquence est en luy grande, ce n'est de merueille; car il a vn esperit merueilleux, et puis il estudie continuellement en Ciceron. De la voyelle i : Si ignorance vient à régner, tout est perdu. De la voyelle o : Si orgueil est en vn homme , ie ne le puis fréquenter.

De la voyelle u : Si vn homme diligent peult paruenir à richesses , i'espere quelque iour estre riche. En tous ces exemples , ie confesse que l'apostrophe y peult escheoir : mais auec apostrophe le parler sera plus rude que sans apostrophe : ce que peult facilement iuger vn homme d'oreilles délicates, i'excepte tousiours les licences poétiques et les laisse en leur entier. Car vn poète pourra dire (à cause de sa rythme ) s'audace , s' éloquence , s'ignorance , s'orgueil s'vn homme.

D'aduantage il te conuient scauoir que ceste particule si est aulcunes foys conditionnale ou demonstra-

tiue ; et lors elle peult recepuoir apostrophe , comme tu as veu aux exemples précédents. Àulcunes foys elle se mect pour tant ou tant fort; et lors elle ne repcoit aulcune apostrophe. Exemple : Il est si ambitieux, si enuieux, si iniurieux, si oultrageux, que personne ne le peult comporter. Autre exemple : Ce lieu est si vmbrageux que le fruict n'y peult meurir : c'est à dire , tant ambitieux , tant enuieux , tant iniurieux, tant oultrageux , tant vmbrageux. Alors garde toy de l'apostrophe, car il n'y auroit rien si aspre en prolation que dire s'ambitieux, s' enuieux, s'iniurieulx, s'oultrageux, s' vmbrageux.

Tel est l'vsage de ceste particule ni, car elle ne recoipt pas bonnement apostrophe, si elle se rencontre deuant ta mot commençant par voyelle. Exemple : le ne veis iamais ni Amboise, ni Enuers, ni Italie, ni Orléans, ni vmbrage en ce champ. En toutes ces locutions , l'apostrophe seroit indécente et lourde. Exemple de te : le serois marri de t'auoir offensé; il t'eust bien recompensé si tu eusses faict cela; il t'interrogue; il t'oultrage; il t'vse ta robbe : pour de te auoir; il te est; il te interrogue; il te oultrage; il te vse.

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Exemple de me : Il m'assault ; il m'entend bien ; il m'irrite ; il m'oultrage ; il m'vse tous mes habillements : pour il me assault , il me entend bien , il me irrite, il me oultrage, il me vse.

Exemple de que : C'est bonne chose qu'argent en nécessité; Qu'est ce que richesse sans santé? Il fault qu'il s'y trouue ; O qu'orgueil est desplaisant à Dieu ; 11 n'est scauoir qu'vsage ne surmonte : pour que argent, que il se y trouue, que orgueil, que vsage.

Exemple de ne : le n ay que ce vice ; Il n'est rien si sot; Il n ignore cela; Cela n'orne point le parler; le n'vse iamais de parfums : pour ie ne ay ; il ne est ; il ne ignore ; cela ne orne ; ie ne vse. Exemple de ie : I'ay tousiours peur des calumniateurs ; l'entends bien que tu demandes; I'inlerpreteray ce liure de Ciceron; lé te donneray à entendre comme i'ouys cela de luy ; I'vse souuent de telles figures : pour ie ay, ie entends bien, ie interpreleray, ie ouys, ie vse. Exemple de re : Il faut r'assembler ces pièces ; le te r'ennoye ton seruiteur ; Il seroit bon de r'imprimer ses ceuures ; Il fault r'ouurir ce coffre; Il seroit bon de r'vmbrager ce ply : pour reassembler, reenuoye, reimprimer, reouurir, reumbrager, et note que re signifie de rechef.

Exemple de le : L'auoir n'est rien en vn homme, s'il n'a vertu ; L'entendement trop soubdain ne faict pas grand fruict; L'interpréteur de cecy ment; L'orgueil de luy me desplaist; L'vsage de tel art est faulx : pour le auoir, le entendement, le interpréteur, le orgueil, le vsage.

Exemple de la : L'amour est bonne quand elle est fondée en vertu; L'enfance de luy a esté terrible; L'interprétation de ce lieu est difficile ; L'oultrecuidance est grande; L'vsance est telle : pour la amour, la enfance, la interprétation, la oultrecuidance , la vsance.

Exemple de ce mot de : C'est grand charge d'auoir tant d'enfants; Par faulte d'entendre le Grec, il a failli ; Cela part d'inuention bien subtile ; Ceste responce est pleine d'orgueil et oullrage; Par faulte d'vser de bon régime , il est retombé en fleure : pour de auoir, de entendre, de inuention, de orgueil, de vser.

le ne parleray plus de l'Apostrophe , et viendray maintenant à déclarer que signifie vn petit Poinct semblable à celuy de l'Apostrophe. Ce petit Poinct est signe d'vne figure nommée des Grecs et Latins apocope, et ainsi la nomment aussi les Francoys par faulte

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d'aultre terme à eulx propre. Ceste figure oste la voyelle ou syllabe de la fin d 'vn mot pour la nécessité du vers , ou affin que le mot soit plus rond et mieulx sonnant. Exemple : Pri' , suppli' , com' , hom' , quel' , el', tel', recommand', encor', auec' : pour prie, supplie , comme , homme , quelle , elle , telle , recommande, encores, auecques. En prose, L'exemple peult estre grand' chose; Quelle qu'el' soit : pour grande chose; quelle qu'elle soit. Car ainsi la prolation est plus doulce et plus ronde.

Au demeurant, il fault entendre que les Francoys vsent, oultre ce que dessus, de deux sortes de characteres, lesquelz sont de telle figure :

Tous deux se signent sur voyelles, mais au reste ilz sont bien differentz. Le premier est signe de coniunction; le second de diuision. Le premier r'assemble, r'unit, et conioinct les parties diuisées, et ce en troys façons. La première, quand par vne figure fort vsitée nommée syncope, concision ou couppure (car ainsi se peult dire en Francoys), vn mot est

syncope , c'est à dire diuisé et diminué au milieu , puis les deux parties sont reioinctes ensemble, la diuision et reunion d'icelles est signifiée par ledict charactere. Exemple : Lai'rra, paira, vrai'ment, hardi'ment , don* ra : pour laissera, paiera, vraiement, hardiement , donnera. Et ainsi font souuent les Latins, comme l'on veoit aux bonnes impressions, esquelles on treuue diu'um , du'um , vir' um : pour diuorum , duorum, virorum. La seconde façon de ceste figure est quand deulx mots (desquelz l'vn est detronqué) sont rassemblés en vn. Exemple : AuAous , pour auez vous : qu'au'ous, pour qu'auez vous : m'au'ous, pour m'auez vous : n'au'ous, pour n'auez vous : n'auons, pour nous ne auons. Tel est le commun vsage de la langue Francoyse. La tierce façon de ceste figure est quand deux voyelles sont r'accoursies et proférées en vne : ce qui se faict souuent en rhythme principalement.

Exemple : Pensées, ou les deux ee se passent pour vn proféré par traict de temps assés longuet , quasi comme si Ion disoit pensés. Et note que cecy est gênerai en toutes dictions féminines , qui sont formées des dictions masculines , ausquelles la dernière voyelle est

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masculine : et ce seulement au plurier nombre. Et si tu signes ceste figure sur les deux ee, il n'y fault poinct d'accent aigu sur le penultime e. Exemple : Courroucé, courroucée, courrouce'es : irrité, irritée, irriteAes : suborné, subornée, suborne'es. En telle sorte doibt on escripre en rhythme; mais en prose auec vn accent aigu sur le e penultime : ainsi courroucées, irritées, subornées. Par ceste figure aussi on dict aise'ment, nomme'ment, a'age ou e'age, en faisant de deux syllabes vne par synerese et r'accoursissement.

Le second charactere dessus mentionné, qui est •• , noté sur les voyelles, est celuy par lequel on faict au contraire de l'aultre duquel sortons de parler. Car il signifie diuision et séparation, et que d'vne syllabe en sont faictes deux. Exemple : Païs , poète : pour pa"is, po'ete.

Ce sont les perceptions que tu garderas , quant aux accents de la langue Francoyse. Lesquelz aussi obserueront tous diligents imprimeurs : car telles choses enrichissent fort l'impression, et demonstrent que ne faisons rien par ignorance.

Quant à l'accent enclitique, il n'est point recep-

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