‹ La manufacture des GobelinsChapitre 5 sur 6 · IV · texte numérisé non relu

IV

Tout en tenant compte des différences d’ouvrages, tandis qu’un tisseur très adroit atteindra une production de 2m,50 et dépassera même 3m,50 par année, son voisin ne pourra pas terminer un mètre de tapisserie dans ses douze mois.

Depuis quelques années, la production moyenne s’est sensiblement élevée.

Récemment encore, un atelier de vingthuit à trente tapissiers n’arrivait qu’à un total annuel de 18 à 20 mètres; or, la production atteint et dépasse aujourd’hui 50 mètres avec une quarantaine de tapissiers, soit une moyenne de lm,25 par tête.

Malheureusement, l’organisation de la manufacture ne permet pas de récompenser chacun selon son mérite. Les tapissiers sont des employés ayant un traitement fixe, augmenlable à l’ancienneté. Les primes de travail accordées aux plus diligents restent impuissantes à corriger des inégalités parfois choquantes.

Bien qu’ils aient été notablement relevés depuis une trentaine d’années, les traitements sont encore des plus modiques. Naguère, l’apprenti ne recevait 900 ou 1,000 francs par an qu’après cinq ou six années de travail, et à vingtdeux ou vingt-trois ans seulement. Les plus favorisés parmi les vétérans ne dépassaient guère un traitement de 2,000 francs. Aujourd’hui les traitements de début sont de 1,200 francs et peuvent atteindre 3,300 francs pour les artistes tapissiers, 4,000 francs pour les sous-chefs et 5,000 pour les chefs.

C’est encore bien peu sans doute si l’on compare ces chiffres modiques aux émoluments attribués aux dessinateurs habiles dans les grandes maisons industrielles. Cette infériorité, constatée à diverses reprises par les rapporteurs du budgetde la manufacture, est compensée, dans une certaine mesure, par l’assurance d’une pension de retraite après l’âge de soixante ans.

Le sort des employés des Gobelins se trouve encore amélioré par la jouissance

gratuite d’un logement et d’un jardin.

L’honneur d’appartenir à une institution dont la réputation est universelle compte aussi pour quelque chose. Certaines familles se sont perpétuées aux Gobelins pendant plusieurs générations; quelques-unes sont restées attachées à la manufacture pendant un siècle et demi et davantagè.

Un des exemples les plus remarquables de cette tradition est celui de la famille Duruy. Le père de l’illustre ministre de l’instruction publique exerça longtemps les fonctions de chef de l’atelier de haute lisse. Or l’établissement de cette dynastie aux Gobelins remonterait aux premières années du xviix® siècle. Ses derniers représentants viennent de quitter la maison récemment.

Les métiers de haute lisse sont au nombre de douze ; leur largeur varie de 1 mètre à 7m,50. Rarement la hauteur d’une tapisserie dépasse 3 ou 4 mètres ; aussi peut-on souvent placer plusieurs pièces différentes sur le même métier.

Les deux ateliers ouverts au public portent le nom d’atelier de Berry et d’atelier du Nord. Le premier contient trois métiers ; le second huit. , L’atelier dit du Nord occupe encore l’emplacement où travaillait Jans, le plus fameux maître tapissier du temps de Louis XIV. Plusieurs fois remanié, il n'a jamais été déplacé, ni reconstruit de fond en comble ; cela se voit de reste. On ne manquerait pas aujourd'hui de lui donner dIus de largeur et plus de lumière.

Actuellement, au milieu de l’année 1896, treize ou quatorze tapisseries sont en cours d’exécution. La plupart touchent à leur achèvement. A cette catégorie appartiennent :

1° Les Armes de la République française, destinées au palais de l’Elysée, d’après un modèle de M. Joseph Blanc^ Cette pièce a donné naissance à un plaisant quiproquo reproduit par divers organes de la presse étrangère. Plusieurs journaux d’Amérique et d’Allemagne ont gravement annoncé que la manufacture des Gobélins avait été chargée

oificiel en tapisserie de haute lisse pour I le Président de la République. Jugez de |

Le grand atelier du nord contenant huit métiers.

'2° Les douze mois grotesques d’Audran, copiés sur d’anciens modèles considérés comme une des fantaisies les plus exquises de l’art du xvme siècle. Le de rnier panneau vient d’être récemment achevé.

3° La vue du château neuf de Saint-Germainen-Laqe, panneau décoratif de M. d’Espouy, destiné à une des pièces du château de Saint-Germain encore ornée de ses anciennes sculptures.

4° et 5° Deux panneaux d’après Bou-

d exécuter un uniforme | l’ébahissement de l’abonné à la lecture

d’une pare i 1 1 e nouvelle .

cher, avec un entourage Louis XVI : sentent rarement. Celle-ci prouve la

1 Aurore et Céphale, Vertumne et Po- faveur que la tapisserie est en train de

mone. Ces deux tapisseries, commandées

par un particulier, ont fourni l’occasion d’affirmer le droit imprescriptible de l’Etat à vendre les produits de ses manufactures. De pareilles commandes se pré-

L’atelier des tapis de la Savonnerie.

reconquérir chez les amateurs éclairés. Un pareil symptôme est bien fait pour donner confiance aux chefs de l’industrie aubussonnaise.

6° Les deux bordures latérales et la bordure inférieure d’une grande page devant représenter la Renaissance, qui complétera la décoration d’une salle de la Bibliothèque nationale. M. François

primé et du Manuscrit pour le même ensemble, termine actuellement le modèle de la Renaissance.

cupés par trois pièces destinées à compléterla décoration de la première chambre de la Cour d’appel dans le palais de

Ehrmann qui a déjà donné les modèles Le Tournoi de M. Jean-Paul Laurens, de Y Antiquité, du Moyen âge, de VI ni- mis sur le métier depuis quinze à dix-

huit mois, demandera encore plusieurs années de travail. Il en est de même d’un grand panneau à guirlandes de fleurs entourant un médaillon central, d’après un modèle du xvme siècle. Il est

commencé depuis un an.

Les métiers sont encore oc-

L 'atelier de teinture

justice de Rennes. Les modèles, inspirés par les portières d’Audran et d us à la collaboration de MM. Laloy, architecte du palais, Joseph Blanc et Bidau, représentent : 1° les Armes de France et de Bretagne entourées des colliers des ordres royaux; 2° la Force; 3° la Charité. La salle d’audience qui doit recevoir ces

tapisseries est déjà ornée de peintures de Jouvenet et de délicats motifs de décoration rappelant les meilleurs modèles de la Régence. Il a fallu, pour accompagner un ensemble très brillant et très monté de ton, soutenir la coloration des tapisseries et renoncer à ces tons fades et gris qui ont trop longtemps dominé dans les ouvrages de ces cinquante ou soixante dernières années.

Cette décoration est l’application d’un

principe nouvellement mis en vigueur et dont il convient de ne s’écarter qu’en cas d’absolue nécessité. On a reconnu qu’il y aurait grand intérêt à n’exécuter les modèles, puis les tentures, que pour un emplacement déterminé à l'avance.

Comme il ne reste plus guère de palais à décorer, il a été décidé que les grandes villes de province seraient appelées à tour de rôle, sous certaines conditions, à bénéficier du travail des manufactures de l’Etat.

L’exemple donné par la ville de Rennes a été suivi par celle de Bordeaux.

Une tapisserie destinée à la salle des mariages de l’hôtel de ville de Bordeaux vient d’être mise sur le métier. Une seconde tenture pour la même destination a même été commandée à l’auteur du premier modèle, M. Georges Claude.

Les villes de Rouen et de Saint-Étienne se sont mises récemment sur les rangs pour avoir part aux faveurs de l’Etat. Bientôt, si la province continue à montrer les mêmes dispositions, la manufacture des Gobelins, qui était constamment menacée de chômage faute de modèles, ne suffira pas à toutes les demandes.

Pour remplacer les tapisseries en cours d’exécution qui approchent de leur achèvement, de nouveaux cartons ont été demandés aux artistes les plus éminents; en voici la liste succincte :

La Sirène et le poète, parM. Gustave Moreau; on vient de commencer l’exécution de cette page magistrale.

Apollon et Daphné, par M. Albert Maignan pour le palais du Luxembourg.

La Justice consulaire, par le même,

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