‹ La manufacture nationale de Sèvres 1879-1887Chapitre 102 sur 106 · ARTICLE DE M. ÉD. GARNIER · texte numérisé non relu

ARTICLE DE M. ÉD. GARNIER

représentant le Passage de Vénus devant le soleil, ne soit pas un très fort et très extraordinaire morceau de céramique ; mais avec le recul qu'il nous faut prendre pour le juger, un beau vase en faïence de M. Loebnitz produirait à nos yeux une impression aussi agréable. Enfin, dernier argument, comme l'a très bien dit et répété M. Lauth, Sèvres doit être non pas seulement une fabrique modèle, mais encore et surtout une école. C'est à Sèvres qu'on doit faire les recherches coûteuses et créer les modèles presque parfaits dont notre industrie nationale pourra s'inspirer. Or, quand on a un si précieux devoir à remplir, le premier point est de rester pratique, et ces gigantesques machines ne le sont pas.

Extrait de la Gazette des beaux- arts, 1884, Par M. Édouard Garnier.

La nouvelle porcelaine, dont les spécimens vont pour la première fois, être exposés, peut être considérée comme un des progrès les plus considérables réalisés depuis longtemps dans le domaine de la céramique, et c'est avec un orgueil bien justifié que nous constatons ici ce résultat, dû aux patientes recherches et aux longs travaux de savants français.

Grâce à la manufacture de Sèvres, la céramique française vient de faire un immense progrès dont nos industriels sauront profiter, n'en doutons pas.

Pour les porcelaines d'apparat ou de décoration quelle que soit leur dimension, pour les biscuits — groupes et statuettes — qui reprennent aujourd'hui la douceur crémeuse qu'avaient autrefois les biscuits de pâte tendre h la place de l'aspect sec et presque cristallisé que leur donnait la porcelaine dure, rien ne peut égaler cette nouvelle matière, à laquelle nous pouvons, en toute sécurité, prédire un brillant avenir.

Extrait du Génie civil, 27 septembre 1884,

Par M. René Ménard, professeur à l'École nationale des arts décoratifs.

L'exposition de Sèvres accuse un puissant effort, et le résultat,

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je le dis sans réticences, c'est un triomphe. La science et l'art ont concouru, avec un égal bonheur, au succès de cette année et notre grande manufacture nationale, qu'a dominée trop longtemps l'esprit de routine, nous présente à la fois de nouveaux procédés de fabrication et des modèles d'un genre tout différent de celui auquel elle nous avait habitués.

La forme générale des vases est très variée et souvent heureuse. A côté des grandes pièces décoratives d'un caractère monumental, la manufacture nous montre des porcelaines de fabrication courante et un nombre assez considérable de statuettes ornementales destinées à prendre place sur les meubles et les étagères. La sculpture a pris une importance considérable, et on sent, par la structure même des objets, l'influence de l'éminent statuaire qui est aujourd'hui chargé de la direction des travaux d'art. Un avantage considérable qu'un sculpteur a sur un peintre dans cette fonction difficile, c'est l'habitude qu'il a d'envisager un objet sous toutes ses faces, ce qui est de première importance à Sèvres, puisqu'on doit nécessairement pouvoir tourner autour de tous les objets.

Un progrès qui est tout à l'honneur de la manufacture actuelle, c'est l'abandon de certains errements qui sont absolument contraires au principe même de la décoration.

Un vase, qui est une surface ronde, ne peut, comme un tableau, donner l'illusion de la nature, puisque sa courbure déforme pour l'œil les intentions perspectives de l'artiste et que la lumière qui éclaire la salle, quand elle vient à s'accrocher sur la partie où le peintre a établi une masse d'ombres, produit nécessairement une discordance d'effet. Laissons donc le naturalisme et l'art des illusions au peintre de tableaux et quand nous décorons une surface convexe, évitons de représenter l'horizon qui dans la nature apparaît à nos yeux sous une forme concave.

Le paysage naturaliste n'apparaît d'ailleurs que tout à fait exceptionnellement dans l'exposition de cette année, et les vases décorés de cette manière sont une transition ; car ils pourraient aisément trouver leur place dans la salle voisine où sont exposés les produits de la manufacture sous le second empire et le règne de Louis-Philippe.

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