‹ La manufacture nationale de Sèvres 1879-1887Chapitre 103 sur 106 · ARTICLE DE M. MARIUS MAX · texte numérisé non relu

ARTICLE DE M. MARIUS MAX

Extrait du Journal des arts, 1er août 1884,

Par M. Marius Max.

La pâte japonaise de M. Salvetat devait participer à la fois des avantages de l'ancienne porcelaine tendre et de ceux de la pâte dure qui faisait loi. Il obtint en effet une matière vitreuse dont les premiers spécimens figurent au musée de Sèvres et sur laquelle l'obligeant conservateur M. Champfleury a attiré nos regards.

Cette matière n'a pas, à notre jugement, les qualités céramiques d'une porcelaine. Elle se rapproche trop du verre, a une teinte grisâtre et est recouverte d'un émail plombifère. Elle permettait toutefois par suite de sa couverte de porcelaine tendre, la décoration avec des émaux translucides à la manière japonaise et chinoise et s'adaptait aussi au procédé de décor : pâtes sur pâtes de la porcelaine dure.

En outre, sa couverte pouvant être rayée par la pointe d'acier devenait inutile dans les usages domestiques. Même avec une grande richesse de décor, cette matière n'a rien de précieux.

Malgré tout c'était un pas en avant dont devait proûter quelques années après M. Lauth.

Elevé au poste d'administrateur de la manufacture, M. Lauth se dévoua tout entier à la défense de cet établissement, qui était, de la part de certains personnages politiques, l'objet de critiques amères.

Homme droit et laborieux, il se lia avec M. Salvetat et essaya de concert avec lui de mener à bien l'idée nouvelle. Toutefois des divergences se produisirent, et M. Lauth employa avec le concours de son préparateur M. Vogt, ses connaissances chimiques à faire œuvre utile.

Il embrassa l'idée, mais n'emprunta rien à la porcelaine Salvetat.

De cette époque 1881 date la porcelaine nouvelle, appelée porcelaine attendrie. Nous ne partageons pas l'idée émise par M. Ed. Garnier dans son histoire de la céramique, qui paraît vouloir attribuer à M. Salvetat tout ce qui touchera à la nouvelle matière. Les deux porcelaines pâte japonaise et pâte attendrie sont absolument différentes... Contrairement à la pâte japonaise, la pâte attendrie a une couverte tirée de la pegmatite de Saint- Yrieix,

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une glaçure brillante et inoffensive et se travaille sans grandes difficultés. Elle a encore et surtout l'immense avantage d'être utilisée dans le service de table.

La translucidité de la matière est aussi grande que celle de la pâte dure, sa richesse décorative est quintuplée, sa malléabilité augmentée, et elle donne comme résultat ordinaire ce que dans les pièces compliquées de pâte dure on considère comme tour de force. Les biscuits sont d'une réussite certaine et d'une diaphanéité marmoréenne plus artistique que l'éclatante blancheur des biscuits de pâte dure et, fait concluant à enregistrer, elle permet un éclat de fonds qui détrône la réputation des flambés jaspés et jades chinois, des bleus de roi et turquoises d'anciens sèvres.

Mener à bien la création de tous points d'une porcelaine nouvelle n'était pas chose aisée et exigeait un incessant labeur. Il n'a pas fallu moins de quatre années d'expériences et d'essais pour arriver à un résultat qui fera, dans quelques jours, lors de l'ouverture de l'Union centrale, l'étonnement et l'admiration du monde céramique, et sera la cause probable d'une révolution complète de l'industrie porcelainière de France.

A ce succès, se trouve intimement liée la rénovation artistique à laquelle l'éminent statuaire M. Carrier-Belleuse, le chef des travaux d'art, a imprimé une si vigoureuse impulsion.

Si les industriels, comme nous le désirons, prennent à cœur de produire cette nouvelle matière, ils pourront sous peu rivaliser en éclat de coloration avec les plus estimées des céramiques de l'Orient et de l'extrême Orient et avec les plus belles productions de la fin du siècle dernier, tout en introduisant dans leurs éléments de décor les pâtes sur pâtes dont les résultats n'auront pas l'onéreux de ceux de la pâte dure.

Le goût français aidant, ils continueront à tenir la tète dans cette concurrence acharnée que commencent à faire à la France les industries artistiques étrangères , qui, fuyant la séculaire routine, portent tous leurs efforts sur une attrayante richesse de décoration sans la séparer toutefois du bon marché relatif indispensable à toute industrie de luxe.

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