‹ La manufacture nationale de Sèvres 1879-1887Chapitre 18 sur 106 · SORTIE · texte numérisé non relu

SORTIE

heures.

L'heure du déjeuner est invariablement fixée, pendant toute l'année, de 11 heures à 12 heures 1/2.

Les points qui différencient ce règlement du précédent sont les suivants : l'article 1er diminue d'une heure la durée du travail pendant les mois d'été : la journée commençait auparavant à 6 heures (arrêté du 8 février 1872, signé L. Robert).

L'article 2 augmente d'une demi-heure le temps consacré au déjeuner.

L'article 4 donne aux artistes une indépendance plus grande que celle qui leur avait été accordée jusqu'alors : « Les artistes aux pièces devront se trouver dans leurs ateliers de 8 à 10 et de 11 heures à 5 heures et demie (30 mars 1842, signé A. Brongniart) » ; « les artistes et les ouvriers aux pièces sont invités à se trouver dans leurs ateliers de 8 à 10 et de 11 heures jusqu'à la cloche du soir (3 février 1852, signé Ebelmen) » ; « messieurs les artistes aux pièces sont invités à se rendre dans leurs ateliers à 9 heures au plus, tard et à assurer leur présence dans les travaux de midi à 5 heures (5 juillet 1871, signé L. Robert).

Les articles 15 et 16 ont pour but d'encourager l'initiative des chefs de service, des artistes et des ouvriers par la promesse de primes et de gratifications proportionnées au mérite des travaux.

Un nouveau règlement modifia, à partir du 22 octobre 1881, l'organisation du travail et les rapports du personnel avec l'administration. Voici les motifs de ce changement.

Le travail aux pièces et l'appréciation qui est la base de ce système sont rationnels lorsqu'il s'agit d'un produit marchand, régulier, qu'on peut estimer d'une façon

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assez précise pour que les intérêts de l'exécutant soient sauvegardés aussi bien que ceux du patron; dans ce cas la rémunération est proportionnée aux efforts faits, aux résultats obtenus ; cela est équitable. Il peut en être ainsi à Sèvres lorsqu'il s'agit du façonnage d'objets s'exécutant en nombre, ou de la décoration de pièces dont l'analogie avec des ouvrages antérieurement exécutés donne une base à la discussion du prix. Autrefois, lorsqu'on produisait des quantités considérables de services décorés, de vases à médaillons, ou même lorsqu'il s'agissait de copier des tableaux, l'appréciation était relativement facile, parce que ces travaux, renouvelés fréquemment et par des mains différentes, donnaient une sorte de moyenne exacte pour les prix de revient; on savait qu'un ornement, une fleur, une figure d'une dimension déterminée représentait telle ou telle somme d'argent. Encore cette estimation entraînait-elle fréquemment des difficultés : l'application de tarifs anciens remontant à un demi-siècle n'est pas équitable et elle rendait nécessaire une nouvelle estimation, source de discussions pénibles. Si l'on peut rétribuer certain travail proportionnellement à la quantité produite, il n'en est plus ainsi d'un travail dont la qualité forme le principal mérite ; la difficulté est d'autant plus grande, qu'en céramique on ne peut juger la valeur réelle du produit qu'après les cuissons, lorsque le feu a terminé son œuvre ; une figure peinte, dont l'aspect paraît satisfaisant avant le passage au feu peut être sans valeur si l'exécutant manque d'expérience ; une pièce de sculpture d'un aspect irréprochable à l'état cru ne sortira du four que déformée ou fissurée si elle a été moulée sans soin ou mal modelée; or, il est bien rare que l'artiste se reconnaisse coupable d'une erreur : c'est le

feu qui a été mal conduit ! et comme il n'est pas toujours possible d'établir la cause réelle de l'accident, la pièce défectueuse devra être payée comme si elle était parfaite.

Ces difficultés sont plus grandes encore lorsqu'il s'agit de compositions originales, d'œuvres d'art conçues tout entières par l'exécutant ; pour déterminer la valeur d'un de ces ouvrages, il faut prendre pour base ou son mérite artistique ou le temps qui y a été consacré; généralement on tenait compte à Sèvres de ces deux éléments d'appréciation. Le temps me paraît un faux point de départ : on sait que chaque artiste figure au budget pour un traitement annuel dont le montant doit être représenté par la valeur des pièces produites ; il aurait donc intérêt, s'il n'était retenu par la probité, à consacrer à son travail, ou tout au moins à faire compter comme passé, un temps aussi long que possible ; ce serait tout avantage pour lui, car il pourrait, dans le même intervalle, produire d'autres pièces ; ce serait avantageux aussi pour ses collègues appelés peut-être à faire des travaux analogues ou identiques, ces secondes éditions rentrant à prix co?inn, c'est-à-dire au prix de l'appréciation première; on voit à quelles dures épreuves peut être exposée la conscience des artistes. Le temps est donc une fausse base de discussion et, de fait, il importe peu que l'artiste ait consacré trois mois, six mois ou un an à son œuvre, l'important étant qu'elle soit parfaite ; l'avantage est à celui qui a assez détalent et de métier pour faire vite et bien.

C'est donc la qualité du travail qui doit être la base de la rémunération ; ce n'est pas chose aisée : la valeur d'une œuvre d'art, fut-elle irréprochable, n'est pas absolue; elle dépend du goût personnel, de la tournure d'esprit de l'acheteur, quelquefois peut-être de ses disposi-

tions plus ou moins bienveillantes. C'est la loi générale de l'offre et de la demande. Or, l'artiste a une tendance bien naturelle à exagérer son mérite ; l'administrateur avec lequel il discute ses prix, s'il ne partage pas d'emblée sa manière de voir, cherche à s'éclairer par des avis impartiaux, par l'examen des précédents ; quoi qu'il fasse, il mécontentera son collaborateur; sans cloute l'artiste finira par accepter les conditions proposées, mais dans ses travaux futurs il escomptera une diminution possible etdem andera un prix plus élevé. C'est un marchandage incessant, sans dignité, et qui ne m'a pas paru admissible dans un établissement où l'union, l'action et la confiance réciproque peuvent seuls développer l'initiative individuelle, loi du progrès et de la marche en avant.

Pour pallier ces inconvénients, j'ai essayé de fixer un prix approximatif avant la mise en train du travail et d'après les projets à l'aquarelle exécutés par les artistes. D'autres difficultés se présentent alors, les intérêts des artistes et de l'administration étant en opposition : l'artiste, désireux de gagner le plus rapidement possible le prix qui lui a été offert, est entraîné à conduire trop lestement ses premiers essais, il ne les mène pas jusqu'au point où la certitude de la réussite est assurée ; au cours de l'exécution il évite les remaniements, les reprises qu'exigerait la perfection de l'œuvre, mais qui prennent du temps. Sans doute le prix convenu n'est payé qu'après achèvement et réussite complète du travail, mais si la perfection n'est pas atteinte, l'artiste se retranche derrière les accidents du feu, ii attribue son insuccès aux modifications qu'on lui aura imposées, et quelquefois il n'aura pas tort.

Ces difficultés ont été écartées par la mise en pratique du règlement suivant :

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