LE DÉCOR
conque sur la nature de la porcelaine : il en est ainsi de l'application des métaux précieux, l'or, l'argent ou le platine dont on s'était servi quelquefois pour recouvrir intégralement la surface des objets et leur donner l'aspect de pièces de métal; il en est ainsi surtout de l'emploi des couleurs opaques ou de l'abus des pâtes colorées; les unes et les autres masquant la finesse et la transparence de la porcelaine exposent le spectateur à la confondre avec une poterie ordinaire ou même avec des produits d'une tout autre nature, comme le bois ou le carton vernis. J'ai supprimé ces procédés et j'ai cherché à développer cette idée qu'un décor ne doit jamais avilir la matière à laquelle il est appliqué, qu'il doit au contraire tendre à en faire valoir, sinon, à en exalter les qualités.
Le respect de la forme entraîne l'obligation de renfermer le décor dans les limites qu'elle indique, de l'approprier à la place qu'il doit occuper, de lui faire épouser le galbe de l'objet qu'il doit orner, sans donner au spectateur l'illusion d'un creux ou d'un relief si cet objet est uni, ou d'une surface plane s'il est façonné. On a donc abandonné le mode de décoration qui consistait à peindre sur les vases des paysages en perspective et à plusieurs plans, ou des figures et des fleurs modelées à l'excès avec les effets d'ombre, de lumière, de couleurs que donne la nature; ce genre de peinture a été strictement limité à des cas spéciaux, par exemple l'intérieur d'un cartel ou d'un médaillon, comme je l'ai dit plus haut, il a été remplacé par une décoration conventionnelle, c'est-à-dire par un ensemble de procédés qui, s'appliquant soit à la figure, soit à la plante ou à l'ornement, ont pour effet non de donner l'illusion de la réalité, mais d'en évoquer l'image
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ou le souvenir : c'est par l'emploi des émaux, des couleurs de grand feu, des pâtes d'application, substitué à celui des couleurs de peinture que ces résultats ont été obtenus.
Le parti pris avec lequel ces principes ont été suivis donne aux ouvrages de cette époque un caractère spécial : la composition y est d'une facture plus large; la représentation d'un fait historique, d'une découverte scientifique qui, il y a peu d'années, eût été exécutée avec une savante observation des traits des personnages, des costumes et des colorations, est transformée en une scène allégorique esquissée par des camaïeux. Sous cette influence la nature même des sujets traités s'est modifiée rapidement; le décor a pris une allure plus vive et plus aimable : les rondes d'enfants, les frises d'Amours, les fantaisies mythologiques remplacent les portraits officiels; la chasse, la pêche, le printemps, figurés à l'aide de colorations simples ou de légères sculptures, décorent les vases illustrés naguère par les peintures des victoires de Napoléon III; quelquefois des sujets d'actualité excitent l'imagination de l'artiste et l'entraînent vers une composition d'un caractère moderne et vivant; enfin, à la place des bouquets de roses et de lilas copiés d'après nature, s'enlacent, dans des ornements ingénieux, des guirlandes d'aubépine et de vigne vierge, de myosotis ou de fleurs de pêcher, enlevées du bout du pinceau à l'aide d'une goutte d'émail éclatant.
Il serait difficile d'indiquer tous les genres auxquels ces méthodes ont été appliquées; je n'en veux rappeler que les principaux.
Fleurs décoratives et ornements. — On les a employés sur fond blanc ou sur fonds colorés.
Sur les fonds blancs ce sont : ou des peintures en
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camaïeu, à l'aide des émaux de grand feu, dans lesquelles les contours sont indiqués par de simples traits, et les détails par quelques touches légères, des hachures ou un modelé très discret;
Ou des applications de pâtes colorées en à plats ;
Ou des peintures à l'aide des émaux de moufle, dans lesquelles le dessin est indiqué par un cerné rempli ensuite d'émail; le modelé, très léger dans ce cas encore, n'est généralement accusé que par des différences dans l'épaisseur de la couche d'émail. Ce procédé comporte l'emploi de simples camaïeux ou celui de colorations polychromes; la très grande variété de notre palette d'émaux a permis aux artistes d'y donner un libre cours à leur imagination. Ces différents genres ont été quelquefois combinés, de façon à compléter une décoration au grand feu par des émaux de moufle.
Rarement on a obtenu des effets très satisfaisants avec ces couleurs vives et intenses appliquées sur la porcelaine blanche; son aspect froid et un peu sec rend les contrastes trop durs; on l'a rompu par des rehauts de pâte, des effets de gravure, des jeux de fonds, ou encore par l'emploi de couvertes légèrement teintées qui, tout en augmentant l'harmonie des couleurs , maintiennent intactes , grâce à leur transparence, toutes les qualités de la porcelaine.
Les fonds colorés ontété, commelesfonds blancs, décorés à l'aide des émaux ou des pâtes d'application, blanches et teintées. La science des artistes a tiré de l'opposition de ces fonds et des couleurs qu'ils leur ont associées de très beaux effets qu'on a variés à l'infini par l'adjonction de paillons métalliques, de jeux de fonds, de rehauts de pâtes et de gravures : ces derniers effets, très communs
dans les poteries orientales, ont été l'objet de fréquentes applications. Les fonds colorés qui ont été employés avec le plus de succès sont : dans les tons intenses, les bleus, les noirs, les verts, les rubis et les turquoises; dans les tons clairs, les ivoires, les roses, les céladons et les jaunes.
L'emploi des fonds colorés a été quelquefois combiné à celui des fonds blancs, en réservant au milieu des premiers des champs de porcelaine blanche destinés à recevoir une décoration.
Figure. — La figure peinte au naturel a été abandonnée d'une façon presque absolue ; elle a été remplacée : ou par des silhouettes obtenues avec des pâtes colorées et des couleurs fixes ;
Ou par des figures modelées à l'aide de pâtes blanches légèrement transparentes, auxquelles l'accent voulu est donné par des dessous colorés, ou à l'aide des émaux et des pâtes teintées.
Ces genres ont été utilisés surtout sur les fonds blancs ; quant aux fonds colorés, ils ont reçu d'autres applications, non moins variées : s'il s'agit de fonds clairs et transparents, c'esUw/sl'émail qu'ontrouve les figures, silhouettées ou dessinées sans modelés; s'il s'agit au contraire de couleurs intenses, c'est sur les fonds que se détachent les figures, obtenues, soit avec des pâtes d'application, soit avec des émaux blancs ou colorés ; on a produit, dans cet ordre d'idées des pièces remarquables avec les pâtes modelées sur fond bleu-paon et les émaux appliqués sur fonds bleus, bruns et verts.
Dans l'emploi de la figure plus encore que dans celui des fleurs, il importe de donner aux fonds (qu'ils soient incolores, peu teintés ou intenses), la valeur précise qui