‹ La manufacture nationale de Sèvres 1879-1887Chapitre 33 sur 106 · LE DÉCOR · texte numérisé non relu

LE DÉCOR

leur convient; c'est là surtout que les jeux de fonds et la gravure doivent être étudiés avec soin, de façon à constituer un ensemble dans lequel l'importance relative de chaque chose soit strictement respectée.

L'emploi seul de la gravure, accompagnée de sculptures dans la pâte, a donné, avec l'aide de couvertes colorées transparentes, des pièces intéressantes; c'est une fabrication bien connue des Orientaux, et qui mérite d'être développée; à côté de ses qualités artistiques, elle présente l'avantage de permettre la reproduction par le moulage des ouvrages auxquels on aurait reconnu un réel mérite. Je rappelle que ce procédé est caractérisé par l'accumulation de l'émail dans les creux de la gravure, qui fait ressortir le travail de l'artiste et qui lui donne sa valeur. Les couvertes colorées au grand feu sont peut-être d'ailleurs destinées à remplacer complètement les pâtes colorées; ces dernières laissent toujours sur l'œil une impression froide qui déconcerte fréquemment les efforts des artistes. Nous en avons eu un exemple frappant par le vase Chéret qui se trouve à la Bibliothèque nationale : c'est une pièce de céramique remarquable sous beaucoup de rapports; les figures en ont été traitées avec un soin et un art parfaits; le vase est sans aucune tare, et cependant l'aspect en est terne. Il est hors de doute que si la porcelaine nouvelle avait existé au moment où ce vase a été fabriqué, on aurait eu avantage à s'en servir et à le décorer à l'aide d'émaux et de couvertes de grand feu ; l'effet eût été bien plus puissant.

L'adaptation de la figure au décor des vases a été, de notre part, l'objet de longues études qu'explique l'importance de ce sujet : sans doute on peut obtenir de séduisants motifs de décoration avec des fleurs, des plantes,

ou avec de simples ornements, mais la nature vivante, la figure humaine, leur seront toujours supérieures par l'intérêt et la séduction qu'elles exercent sur l'esprit du spectateur. Si la valeur artistique des compositions dans lesquelles entre la figure humaine l'emporte sur toute autre, il est non moins vrai que de telles œuvres ne supportent pas la médiocrité; il faut donc étudier et préciser les règles qui doivent guider l'artiste. J'ai indiqué les différents genres auxquels la figure a été appliquée; il me paraît que ceux qui dérivent de la sculpture donnent les meilleurs effets et qu'ils l'emportent de beaucoup sur ceux qui rentrent dans le domaine de la peinture, surtout pour les vases ou les pièces de grandes dimensions.

L'expérience, sur ce point, est d'accord avec le raisonnement pour prouver que la figure gravée ou sculptée dans un vase, faisant corps avec lui, épouse par cela même sa forme, qu'elle ne peut en altérer les contours ni troubler l'œil et l'esprit par la création de plans fictifs.

Tous les procédés que je viens de signaler sont l'application des règles observées d'une façon constante par les Orientaux; la décoration céramique des Persans, des Chinois, des Japonais n'en a jamais connu d'autres. Il était à craindre qu'en adoptant ces principes les artistes de Sèvres ne fussent en même temps entraînés à donner à leurs œuvres le caractère des produits orientaux; il n'en a rien été : la souplesse de leur talent a su triompher de cette difficulté, et ce n'est pas sans un réel intérêt qu'on a vu ces méthodes suivies jusqu'ici presque exclusivement en Orient produire des œuvres absolument françaises par l'esprit et le sentiment.

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