CHAPITRE VIII
J'ai cherché, dans les pages qui précèdent, à faire comprendre le fonctionnement des différents services de la
manufacture de Sèvres et j'ai signalé les modifications qui y ont été introduites pendant mon administration ; j'ai évité de sortir du cadre que je m'étais tracé, laissant à ce travail le caractère d'un compte rendu et m'abstenant le plus possible de formuler des observations critiques sur l'organisation même de cet établissement. Je désire, en terminant, dire quelques mots sur ce sujet.
Il n'est pas oiseux de se demander si une manufacture créée il y a plus d'un siècle répond encore aujourd'hui à de réels besoins, s'il convient de la conserver avec son caractère originel ou si, les circonstances étant changées, il n'y aurait pas lieu de lui donner un programme différent.
Sèvres est un établissement d'enseignement, une fabrique, une manufacture d'art. Est-il utile de lui faire exercer ces triples fonctions? Les services rendus au pays, à l'État, sont-ils proportionnés aux dépenses qu'ils occasionnent?
J'ai à diverses reprises insisté suffisamment sur l'utilité que je reconnais à l'existence de la manufacture, pour ne plus avoir à faire connaître mon opinion : je crois que le rôle de Sèvres n'est pas terminé. Mais je pense aussi qu'il est nécessaire de transformer cet établissement, de lui enlever absolument son caractère industriel ou commercial, et d'y développer beaucoup plus largement encore qu'on ne l'a fait jusqu'ici tout ce qui a trait à l'instruction et à l'enseignement. Dans ces nouvelles conditions la manufacture me paraît appelée à rendre encore de grands services : ses ateliers transformés en écoles d'apprentissage formeraient des ouvriers et des contre-maîtres émérites pour l'industrie ; ses laboratoires seraient ouverts à un nombre important de céramistes qui y recevraient
une instruction complète, à la fois théorique et pratique, sur tous les arts du feu, et leur matériel mis à la hauteur de cette nouvelle destination permettrait de réaliser les expériences réclamées ; enfin l'école de dessin serait organisée pour former non plus une vingtaine de jeunes artistes, mais une pléiade de décorateurs qui sous la direction de professeurs et de techniciens apprendraient les règles du dessin et de la composition, les lois de l'art décoratif, les procédés d'application usités dans les diverses industries céramiques, de façon à posséder une instruction suffisante pour pouvoir, à leur sortie de l'école, devenir des chefs d'atelier.
L'existence de la manufacture comme établissement de production industrielle paraît peu justifiée aujourd'hui : lorsque la fabrication de la porcelaine était inconnue chez nous, lorsqu'il s'agissait de rechercher et d'établir les lois qui la gouvernent, de faire les expériences longues et dispendieuses qu'entraînent ces études, on comprend que le souverain, que l'État aient consacré des sommes importantes à l'entretien des ateliers destinés à créer dans notre pays une industrie nouvelle ; mais aujourd'hui que ces études sont terminées, les manufacturiers français n'ont plus rien à apprendre en ce qui concerne la fabrication courante, ils en connaissent et appliquent les règles avec une perfection qu'il n'est guère possible de dépasser, et l'on est en droit de se demander en quoi une fabrique nationale leur est utile.
Peut-on dire qu'à défaut de l'industrie l'État du moins y trouve un intérêt considérable ? Sous les régimes précédents, alors que les ateliers de Sèvres étaient constamment occupés à fournir et à remplacer les objets nécessaires aux tables du souverain et aux offices des palais,
il fallait une organisation spéciale, un personnel nombreux, un outillage important ; le chef de l'État attachait un grand prix aux produits de cette fabrication, considérés comme la représentation du luxe inhérent à la couronne.
Bien que les châteaux et les palais ne demandent plus que rarement de la vaisselle, on a maintenu et on est obligé de maintenir cette organisation ancienne pour faire face tant à l'exécution de ces rares commandes qu'à celle des services destinés aux ambassades et des cadeaux gouvernementaux ; le personnel est resté aussi nombreux qu'autrefois, le même matériel a été conservé, les fours d'aussi grandes dimensions ont été allumés, chacun de ces rouages étant, avec son importance, nécessaire à la marche de la manufacture. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que le désir de livrer des pièces sans défaut entraîne nécessairement l'obligation d'en produire beaucoup ; on voit donc les porcelaines blanches affluer dans les magasins de réserve dont les provisions actuelles alimenteraient pendant bien des années tous les ateliers des peintres et des décorateurs de Sèvres. C'est une conséquence forcée des conditions du fonctionnement de la manufacture ; l'administrateur les subit sans y pouvoir remédier, puisqu'elles échappent à sa compétence.
L'administration supérieure seule a qualité pour prendre un parti : si le gouvernement trouve un avantage quelconque à enrichir de porcelaines de Sèvres les tables des ministères et des ambassades, à offrir des vases aux membres de ses commissions, aux lauréats des concours de tir et aux sociétés de bienfaisance, la manufacture conservera son caractère de fabrique et sera contrainte de produire et d'accumuler dans ses sous-sols des milliers de tasses, d'assiettes et d'objets à bon marché ;
s'il croit pouvoir renoncer à ce luxe et à ces largesses, ce n'est pas par demi-mesures qu'il faut procéder : Sèvres cessant d'être une fabrique deviendra exclusivement une école et une manufacture d'art : ses grands ateliers disparaîtront, ses fours seront abandonnés, et l'on devra ne conserver de l'organisation industrielle actuelle que ce qui est nécessaire à l'enseignement technique et à la production de pièces artistiques; j'entends non plus de ces poteries préparées par centaines avec l'obligation de ne pas dépasser telle somme rigoureusement imposée à l'avance, mais bien de véritables œuvres d'art, conçues avec le seul désir de créer des modèles de goût, d'élégance et de richesse.
Telle est, à mon sens, la voie dans laquelle devrait être dirigée la manufacture de Sèvres et qu'on pourrait lui faire suivre aisément, tout en tenant compte des droits acquis par le personnel ; elle pourrait y recueillir une ample moisson de gloire et d'honneur. Le directeur, délivré des préoccupations d'une administration compliquée et d'une fabrication minutieuse, pourrait porter toute son activité vers ce but élevé : augmenter les richesses d'art de la France. Le gouvernement lui laisserait une large indépendance dans la direction de ses ateliers. La commission de perfectionnement, dont il ferait dorénavant partie, l'éclairerait de ses avis et de ses conseils comme un collègue ami.
Si cette idée était agréée, on pourrait lui donner ultérieurement un développement spécial : la manufacture pourrait être chargée de fabriquer, non plus au hasard comme actuellement, mais selon un plan arrêté, des porcelaines destinées à orner et à embellir tels palais, tels musées, tels édifices publics ; et puisque l'État possède
plusieurs manufactures nationales, on pourrait chercher à associer leurs travaux et à combiner leurs efforts dans un but commun, au lieu de les laisser isolés. Il est presque permis d'affirmer que nulle part au monde on ne saurait réaliser quelque chose de comparable à un salon meublé par Beauvais, orné de tapisseries des Gobelins et enrichi de porcelaines de Sèvres.
Pour mener à bien ce travail, il conviendrait de créer un poste d'administrateur général, choisi, dans un but d'économie, parmi les administrateurs de l'une des trois manufactures ; cette innovation permettrait en même temps de régler la situation officielle et hiérarchique de ces fonctionnaires par rapport à la direction des beauxarts, situation qui reste flottante entre des arrêtés divers, non sans gros inconvénients pour la marche des affaires.
Ce serait, on le voit, l'idée un peu transformée de Colbert proposant au roi la création d'une manufacture des meubles de la couronne ; elle a été soulevée à diverses reprises dans ces dernières années mêmes, et il ne serait pas indigne du gouvernement de la République de la mettre à exécution.
On sait que l'opération connue sous le nom de coulage présente des avantages nombreux sur les autres modes de façonnage de la porcelaine : les déformations, le vissage^ trace des coutures, sont évités par ce procédé, qui permet tout à la fois de fabriquer des pièces minces et des pièces de grande dimension, d'une pureté déforme et de contour qu'il est impossible d'obtenir autrement.
Le coulage a été décrit avec des détails très suffisants dans tous les ouvrages techniques, pour l'obtention des petites pièces; il n'en est pas de même pour les grands objets, et on ne lira pas sans intérêt quelques observations pratiques extraites d'une note que m'a remise M. Constantin Renard, chargé depuis un grand nombre d'années de la direction de l'atelier du grand coulage à la manufacture nationale de Sèvres.
Le procédé du coulage consiste à verser, dans des
(1) Bulletin de la Société chimique de Paris, 1884, II, p. 560.
Lauth. 9
moules en plâtre bien secs, de la pâte à porcelaine délayée dans l'eau ; cette barbotine se raffermit peu à peu contre les parois poreuses avec lesquelles elle est en contact; lorsque l'épaisseur de la couche raffermie est jugée suffisante, on vide le moule en le renversant; l'excès de barbotine liquide est ainsi éliminé, tandis que les parties plus épaisses restent adhérentes au plâtre; peu de temps après, l'absorption de l'eau continuant, la pâte se dessèche en prenant une retraite qui permet à l'objet coulé de se détacher du moule. Comme on le voit, rien n'est plus simple lorsqu'il s'agit d'objets de petites dimensions; mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit de couler une pièce importante. Dans ce cas, on ne pourrait vider la barbotine en renversant le moule à cause de ses dimensions, et il faut d'autre part prendre des précautions spéciales pour éviter l'affaissement de la pâte.
On a donc recours à une autre méthode : tout d'abord on ménage à la partie inférieure du moule une ouverture par laquelle le liquide pourra s'écouler au moment voulu; ensuite, pour s'opposer à ce que la barbotine raffermie, mais encore assez peu consistante, ne s'affaisse à cet instant, entraînée par son propre poids, on la soutient en dirigeant un courant d'air comprimé dans l'intérieur du moule, ou à l'aide de la pression atmosphérique en faisant le vide dans une cloche de métal dans laquelle on emprisonne le moule.
L'historique et la description de ces procédés ont été exposés à diverses reprises; je n'insiste donc pas, et j'arrive aux points nouveaux qui m'ont été signalés par M. Renard. Ces détails paraîtront peut-être bien minutieux; mais c'est de l'observation scrupuleuse de chacun d'entre eux que dépend le succès de l'opération qui, très
simple en elle-même, exige en réalité une longue pratique et une grande expérience pour donner de bons résultats.
Le premier point sur lequel il convient d'appeler l'attention du fabricant est la préparation des moules de plâtre ; lorsqu'il s'agit d'une pièce de grande dimension, d'un vase d'un mètre de hauteur par exemple, le mouleur est obligé de couper la forme ou noyau horizontalement en plusieurs parties, dont chacune est moulée isolément; à cet effet, elle est portée sur le plateau d'un tour et entourée d'un cylindre en feuilles de zinc ; l'ouvrier coule le plâtre gâché entre le noyau et ce cylindre. Il devra pendant celte opération remuer la masse avec la plus grande rapidité à l'aide d'un bâton, de manière à ce qu'au moment où le plâtre prendra, elle soit aussi homogène que possible; malgré ces précautions, on ne peut empêcher que par l'action de la pesanteur les fragments les plus denses du plâtre ne se déposent les premiers : ils se précipiteront naturellement sur la surface du plateau ou sur les parties déclives du noyau ; le moule présentera donc des inégalités très grandes au point de vue de la porosité ; comme ce défaut existe dans chacun des morceaux qui auront été successivement préparés, on voit que lorsqu'ils seront superposés pour le coulage de la pièce, l'ensemble du moule sera formé de zones de porosités différentes, qui absorberont inégalement l'eau delà barbotine. Nous verrons plus loin les inconvénients qui en résultent et la manière de les éviter.
Le moule terminé est séché à l'étuve; il arrive fréquemment, dans ces conditions, qu'il se forme à la surface du plâtre une croûte dure qui, sans inconvénient pour l'extérieur du moule, est nuisible à l'intérieur, parce qu'elle en diminue considérablement la faculté d'absorp-
tion. On peut éviter ce défaut en badigeonnant avec de la barbotine claire les surfaces qu'il faut préserver; mais M. Renard conseille de préférence de fermer hermétiquement le moule, de façon à ce que l'intérieur soit à l'abri du contact de l'air chaud : on évite ainsi le durcissement du plâtre qui résulte d'une dessiccation trop brusque.
J'arrive à l'opération même du coulage. Il faut tout d'abord examiner s'il convient d'adopter la disposition par la pression d'air ou par le vide : la forme des objets déterminera ce choix. Une pièce très ouverte, comme une grande jatte, doit être coulée « par le vide » à cause de la difficulté qu'il y aurait à maintenir en place le disque obturateur s'il atteint une très grande dimension; il en est de même pour de grands vases de forme ovoïde. Au contraire, une pièce allongée et rétrécie du haut est plus facile à couler « par la pression de l'air » que « par le vide », qui entraînerait l'emploi d'une cloche longue, peu stable par conséquent; les vases ovoïdes de 40 à 50 centimètres de hauteur seront également coulés par pression. De toutes façons, il ne faut pas oublier que l'opération par le vide doit être préférée chaque fois que la forme des objets s'y prête, parce que ce procédé permet de suivre et de diriger la marche du raffermissement, tandis que par la pression on ne peut plus rien voir une fois l'appareil fermé, et on n'opère plus qu'au jugé.
Coulage par la pression d'air.
Le moule en plâtre étant mis en place sur la plaque de coulage et la barbotine ayant été bien et longuement agitée pour qu'elle soit homogène et qu'elle ne renferme
plus de bulles d'air, on ouvrele robinet, qui met le réservoir de barbotine en communication avec la partie inférieure du plateau, en prenant la précaution de jeter auparavant quelques litres d'eau au fond du moule; la pâte, en montant, pousse devant elle cette eau qui mouille légèrement le plâtre et régularise l'ascension de la pâte, dont elle empêche ainsi les mouvements saccadés.
Quand le moule est entièrement rempli, on laisse encore arriver la barbotine jusqu'à ce qu'elle en dépasse un peu le niveau supérieur et que, s'étalant sur toute l'épaisseur du plâtre, elle forme une sorte de bourrelet épais ; l'absorption du liquide commence presque aussitôt et, en conséquence, le niveau baisse; on fait arriver une nouvelle quantité de barbotine, et on continue ainsi, en en réglant l'écoulement de manière à maintenir le moule toujours plein; on prolonge cette opération jusqu'à ce que la couche qui s'épaissit contre les parois soit jugée suffisante, ce qui dépend de la dimension, la forme ou la construction du vase : la durée du coulage peut varier de une à cinq heures.
L'épaisseur voulue ayant été obtenue, il s'agit de laisser descendre la pâte et de soutenir en même temps la pièce par la pression de l'air; on coupe rapidement le bourrelet dont j'ai parlé plus haut, on fait remonter une dernière fois la pâte un instant, cinq ou dix minutes au plus, pour former un nouveau bourrelet, mais qui devra, cette fois, être extrêmement mince ; puis on place sur le moule un disque destiné à former le joint du haut, et qui, percé dans son centre, sert en même temps de conduite pour l'air comprimé; on consolide ce disque avec une presse à vis et, l'appareil ainsi disposé, on ouvre le robinet de sortie tout en manœuvrant la pompe à air.
Si le bourrelet n'existait pas, l'air, dès les premiers coups de piston, pénétrerait entre le moule et la pièce, ce qui perdrait cette dernière infailliblement; il a donc pour but de maintenir une fermeture hermétique, mais il ne doit en même temps présenter qu'une faible résistance, car, dès que labarbotine s'est écoulée, la pièce commence à se retraiter, et il faut qu'au premier mouvement de descente elle puisse se dégager, sinon elle se fissurera.
Aussitôt que la pièce commence à se détacher du moule, l'air pénètre clans l'appareil, et on voit baisser le manomètre qui est en communication avec la pompe à air; il faut alors, sans perdre un instant, enlever la presse, le disque et la partie supérieure du moule lui-même, pour faciliter autant que possible le mouvement de retraite de la pièce ; enfin, une heure ou une heure et demie plus tard, il faut enlever la partie inférieure du moule, ce qu'on réalise en supportant par le milieu le système entier; la pièce et ce qui reste du moule sont, en réalité, suspendus en l'air.
Toutes ces précautions, destinées à faciliter le mouvement de retraite de la pâte, sont nécessaires pour éviter les fissures.
Nous verrons, dans un instant, comment on peut atténuer ces chances d'accidents.
Coulage par le vide.
L'opération par le vide suit les mêmes phases que celles qui viennent d'être décrites.
11 est bon, pour avoir une surface bien unie, de ne faire le vide que trois heures environ après qu'on a fait monter la pâte ; sans cette précaution, les imperfections qui exis-
SUR LE COULAGE DE LÀ PORCELAIiNE. 135
tent dans le moule, et dont nous avons parlé plus haut, se traduiront à la surface du vase par des ondulations auxquelles on ne pourrait plus remédier.
Le premier bourrelet doit être conservé ; on le coupe au moment de détacher la pièce.
Le coulage par le vide, outre les avantages que nous avons signalés plus haut, permet de donner aux pièces une épaisseur plus grande que celle qu'on obtient dans le procédé par la pression. Voici comme il convient, d'après M. Renard, d'opérer lorsqu'on veut dépasser 3 centimètres (à labase^des pièces), qui représentent l'épaisseur maximum obtenue d'ordinaire. On coule la pièce normalement, on la fait tenir par le vide, mais au moment où, dans les circonstances ordinaires, on la détacherait, on fait, au contraire, remonter la pâte une seconde fois ; la couche de barbotine, déjà épaissie et desséchée, agit alors comme une sorte de moule supplémentaire et permet d'augmenter l'épaisseur d'environ un demi-centimètre ; on fait tenir la pièce comme la première fois, par le vide, et on renouvelle l'arrivée de la pâte jusqu'à ce que l'épaisseur voulue ait été obtenue.
Quels que soient les précautions prises et les soins dont on s'entoure, les accidents sont fréquents par la pression comme par le vide.
Ils sont dus, en général, à l'irrégularité du mouvement de retraite des pièces, irrégularité qu'entraîne le- manque d'homogénéité du plâtre des moules. En effet, l'absorption de l'eau ne se produisant pas régulièrement sur toute la surface de la pièce, des zones de pâte complètement sèche se trouvent en contact avec d'autres parties encore molles; delà des tiraillements, des formations de plis et finalement la fissure, la rupture de la pièce.
Les coutures des moules sont aussi une cause d'échecs fréquents, à cause des traces qu'elles laissent, et qui nuisent à la beauté des formes ainsi qu'à la pureté des profils.
M. Renard a imaginé un tour de main qui remédie à tous ces inconvénients : il applique dans l'intérieur des moules de la mousseline à larges mailles et sans apprêt ; pour cela il la découpe par bandes et, avant le commencement du coulage, la fixe avec un peu de barbotine claire contre les parois intérieures du moule, dont elle épouse toutes les formes; ce tissu léger ne s'oppose en aucune façon à l'absorption de l'eau, de telle sorte que l'opération marche comme d'habitude; mais au moment de la retraite, la pièce de porcelaine, supportée pour ainsi dire par cette mousseline dont la résistance est très grande, se retire du moule avec la plus grande facilité et avec une extrême régularité : dans ces conditions, la trace des coutures disparaît, les imperfections des moules deviennent presque sans danger, et les pièces les plus considérables sont coulées à peu près à coup sûr; c'est, en un mot, une amélioration très importante dans le procédé du coulage.
L'emploi de la mousseline est à recommander, non seulement pour la fabrication des vases, mais encore pour la préparation, toujours difficile, des grandes plaques de porcelaine ; il est également avantageux dans le moulage de certaines pièces de sculpture peu délicate (car le tissu, malgré sa finesse, bouche forcément un peu les détails du travail du sculpteur) ; enfin la mousseline est très utile lorsqu'on a affaire à un moule avarié où un éclat se serait produit : au lieu de le réparer avec du plâtre, ce qui est toujours mauvais, on le répare avec du sable siliceux humide bien broyé, et on recouvre ce sable d'une bande de mousseline.