Voir aux Annexes le calcul du bâton et les tarifs
Les Portières des Dieux, par G. Audran, Cèrès-l'Eté ,
les entrepreneurs travailler pour les particuliers dans l’enceinte même de la Manufacture et au dehors.
Dès 1693 on constate dans l’intérieur des Gobelins des métiers en action pour des particuliers; pendant le xviiic siècle on ht des portraits en tapisserie sur commande; le travail pour l’extérieur fut ensuite officiellement permis, à la simple condition d’une autorisation préalable.
L’entrepreneur Jans avait un atelier personnel au Grand Louis , où il fabriquait pour le roi et certainement pour d’autres. Le Grand Louis était une maison attenante aux Gobelins; son nom, qui lui est resté jusque vers le milieu de notre siècle, venait d’une enseigne où pendait le portrait de Louis XIV; le Grand Louis communiquait avec les Gobelins au moyen d'une porte intérieure. Il y avait aussi, paraît-il, dans le quartier un enclos nommé Les Marais où des métiers à tapisserie étaient installés. La tradition et quelques indices permettent de penser que plusieurs tapissiers des Gobelins ou démissionnaires ont fabriqué au Grand Louis jusque vers la Révolution des tapisseries qu’on vendait pour des Gobelins véritables.
Malgré tout, les entrepreneurs ne cessèrent d’assurer qu’ils étaient en perte et qu’en hn de compte ils se ruinaient au service du roi. Lors de la fermeture des ateliers en 1694, Jans et Lefebvre, en fonctions depuis l’origine, se plaignent amèrement. Jans n’ayant pas de quoi vivre à Paris se retire à Bar-le-Duc. Lefebvre a consommé le bien qu’il avait gagné; il n’a plus rien, il réclame tout au moins le salaire qui lui est dû pour avoir, depuis dix-sept ans, tenu la contrebasse de viole à la musique de la chapelle du roi. En 1785, Neilson, entrepreneur de basse lisse depuis 1749, réclame ses arriérés montant selon lui à 118749 livres, l’administration reconnaît qu’il lui est réellement dû 79734 livres; j'ignore si le remboursement a eu lieu.
LES GOBELINS
J’ai essayé de me rendre compte de la situation vraie des entrepreneurs et je suis arrivé à croire qu’au fond la profession était bonne. Ils avaient d’abord leurs honoraires, ils bénéficiaient sur les étoffes, ils gagnaient sur les salaires des tapissiers, ce n’est pas douteux, ils profitaient du travail des apprentis, et enfin ils fabriquaient pour les particuliers sans frais généraux et peut-être même avec les étoffes du roi comme les tapissiers ne manquaient pas de l’insinuer. Lorsqu’il fut question en 1783 de supprimer les honoraires, l’entrepreneur de haute lisse demanda un traitement fixe de 10 000 livres, visible exagération qui donne cependant bonne opinion des bénéfices antérieurs. A chaque vacance d’emploi, les sollicitations étaient nombreuses. Pour les satisfaire, l’administration créait, sans aucun besoin, des ateliers nouveaux; il y eut ainsi jusqu’à 7 ateliers à la fois alors qu’il n’y avait pas assez de modèles pour en alimenter la moitié. Sur 20 entrepreneurs de 1662 à 1792 une quinzaine sont restés en fonction plus de trente ans, ce qui est une présomption que la maison était avantageuse.
Les entrepreneurs, « les maîtres-tapissiers » étaient généralement, selon les documents de l’époque, « gens de pratique et sans dessin » ; peut-être ne savaient-ils pas dessiner, mais ils avaient le sentiment des formes et des couleurs et sous leur conduite les tapissiers ont fait d’excellents ouvrages. Eux-mêmes du reste étaient tous d’anciens tapissiers expérimentés et, pour le dessin, la Manufacture entretenait des dessinateurs de traits, professeurs et quelquefois académiciens.
Parmi les entrepreneurs, il en est un qui domine les autres par l’initiative, l’intelligence, l’activité et les qualités professionnelles, c’est Neilson dont le nom reviendra souvent. Il était Écossais de nationalité, ancien apprenti de haute lisse à la Manufacture, élève des peintres Coypel, Parrocel et de
la Tour. En 1749 il fut nommé au choix entrepreneur de la basse lisse qui était tombée très bas; pendant trente ans il fit preuve de capacités exceptionnelles; il réorganisa l’apprentissage, indiqua à Vaucanson d’utiles modifications au métier, entreprit l’atelier de teinture, et remit en honneur la basse lisse au point que les tapisseries de son atelier purent lutter avec celles de la haute lisse; très jalousé par ses collègues, il trouva toujours des protecteurs éclairés en M. de Marigny et M. d’Angiviller ; sa production a été considérable. Elle a porté principalement sur la Tenture des Indes , les Portières des Dieux , V Ancien Testament, les Chancelleries , les Pastorales de Boucher et les meubles.
La production, sous l’ancien régime, a été très variable d’une période à l’autre et naturellement aussi d’un atelier à l'autre; dans les moments de détresse on la ralentissait le plus possible pour avoir moins à. payer. Au xvne siècle on a fait, une année portant l’autre, de 3oo à 35o aunes carrées par an; au xvme siècle on a très rarement atteint 3oo aunes, quelquefois on n’arrivait même pas à 200. En moyenne, la haute lisse donnait 175 et la basse lisse 80 aunes; c’était encore beaucoup pour le nombre de tapissiers et par comparaison avec la production postérieure h
Dans son Siècle de Louis XIV , Voltaire parle de 800 ouvriers réunis dans l’enclos des Gobelins, dont 3oo y étaient logés; c’est une évidente exagération. Ces chiffres n’ont