CHAPITRE III
Les conventions fixant le forfait entre la direction et les entrepreneurs ont naturellement varié selon les circonstances, mais les bases des calculs sont restées à peu près les mêmes.
Je prends un exemple à l’époque où les conventions me paraissent établies avec le plus de précision, en 1769.
11 s’agit de déterminer le prix qui sera payé à l’entrepreneur par aune carrée pour une Portière des Dieux d’après Andran.
Main-d’œuvre pour les tapissiers 735 livres.
En plus pour les figures 70 —
Pour le montage de la pièce, à partager entre
^ l’entrepreneur et les tapissiers 24 —
Etoffes (laines et soies) fournies intégralement
par l’entrepreneur 459 —
Honoraires de l’entrepreneur pour soins donnés au travail 45g —
Total
1747 livres.
LES GOBELINS
La tapisserie avait en carré 7 aunes 10 1/2 seizièmes d’aunes ou bâtons \ ce qui mit l’aune à 236 livres.
Les honoraires au xvnc siècle étaient de 3o livres par aune; ils montèrent plus tard à 60 livres en haute et à 40 en basse lisse. La question des étoffes donna lieu à des discussions sans fin. En principe le magasin de la Manufacture les fournissait gratuitement, mais petit à petit les entrepreneurs se firent des magasins particuliers où ils puisaient selon leurs intérêts. Lorsque l’entrepreneur, comme dans le cas de la Portière des Dieux , fournissait la totalité des étoffes, il recevait 60 livres par aune carrée ; lorsqu’il n’en fournissait qu’une partie, il y avait lieu à décompte, de sorte qu’étant à peu près libre d’agir à son gré, l’entrepreneur s’adressait au magasin général lorsque les matières étaient en hausse, et les prenait au contraire dans sa réserve quand elles étaient à bon marché. On estime que le bénéfice qu’il pouvait faire ainsi était de 25 à 3o livres par aune sur les 60 qui lui étaient allouées d’une façon uniforme, malgré les fluctuations des prix qui, en soies, allaient de 26 à 55 livres la livre. Sur les soies seulement le magasin était parfois en perte de 100 louis par an. De plus il était volé; on vendait dans Paris des laines et des soies des Gobelins. Peut-être les marchands donnaient-ils cette provenance pour attirer les clients ; en réalité la police arrêta les voleurs à plusieurs reprises.
L’administration usait à l’égard des entrepreneurs d’une tolérance qui s’explique. Elle les payait très irrégulièrement et ne donnait que des acomptes insuffisants; l’entrepreneur étant obligé de faire des avances aux tapissiers, avait besoin d’un fonds de roulement dont il perdait les intérêts; pour compenser les pertes véritables et les chances de pertes et empêcher les démissions, la direction laissait