Voir au chapitre du Musée
3. L’humidité ne résulte pas uniquement des conditions atmosphériques, elle provient quelquefois d’une sorte de transpiration insensible dont certains tapissiers sont affectés presque en permanence. On a remarqué aux Gobelins que les tapisseries qui ont été exécutées par des mains en état de moiteur à cause de cette disposition particulière, sont plus sujettes que les autres au chanci , c’est le terme d’atelier pour dire chancissure et moisissure.
LA TECHNIQUE ET LES MAGASINS
Les magasins des laines et soies teintes pour la haute lisse forment aux Gobelins trois divisions : le magasin de détail, le magasin général et le magasin des vieilles laines et soies où l’on relègue les matières déclassées.
Lorsque le modèle de la tapisserie est définitivement arrêté on procède au choix des laines et des soies.
On commence par le magasin de détail. Là, sont rangées en ordre les broches ayant précédemment servi et encore garnies de fils ; ces broches sont au nombre d’environ 34 5oo pour les laines et 5 600 pour les soies ; il ne faut pas conclure de ces chiffres que nos rayons contiennent 40 100 couleurs et tons différents, car un certain nombre de broches font double emploi.
Si dans cette énorme accumulation uniquement formée par les broches dont les ateliers de fabrication n’ont plus besoin, on ne trouve pas la couleur voulue, on passe au magasin général où sont classées à l’abri de la lumière, par corps de couleurs et par tons dans chaque couleur, selon la méthode Chevreul f, 11 000 bobines de laines et 7 5oo bobines de soies provenant directement de l’atelier de teinture. Ici il n’y a point de doubles, chaque bobine étant garnie d’un élément de travail différent; cependant les gammes ne sont pas toutes complètes et toutes n’ont pas le même nombre de tons; les unes ne sont formées que de 8 tons, d’autres en ont jusqu’à 36, mais ce sont là des exceptions, en général elles en contiennent 20 à 24. A mon sens c’est trop de près de moitié, j’estime en effet qu’il suffit de mettre à la dispo-
1. Voir à la Teinture. Ces chiffres sont ceux de 1890, ils varient successivement d’une année à l’autre.
LES GOBELINS
sition du tapissier 12 tons par gamme et encore pourra-t-il souvent travailler avec 4 ou 5 tons au plus dans les draperies et les fleurs par exemple.
Le dépôt des vieilles laines et soies n’est exploré que très rarement.
Lorsque tous les magasins ont été passés en revue inutilement, nous donnons au service de la teinture une commande sur échantillon; si l’échantillon juste fait défaut on fournit les couleurs les plus voisines. On demande généralement à la teinture plus que le poids nécessaire sur le moment, l’excédent est mis sur bobine et rentré dans le magasin général.
Il est clair qu’avec notre système de magasins, on arrive à l’encombrement et c’est précisément le cas actuel. Nous avons commencé en 1889 une révision générale de nos approvisionnements à l’effet de compléter les séries rompues et d’éliminer tout ce qui est inutile ou hors de service l. Les gammes seraient toutes ramenées à 12 tons à égale distance les unes des autres.
Les magasins de l’atelier de la Savonnerie sont organisés de la même façon; ils sont beaucoup moins compliqués, ne renferment pas de soies et n’ont qu’environ 1 800 sortes de laines teintes.
1. La Manufacture a déjà livré à l’administration des domaines pour être vendus au public environ 1 200 kilogrammes de laines et soies déclassées, dont une partie remontait peut-être au xvne siècle.