Que le roi avait une grande ^intelligence
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LES GOBELINS
Plus tard, on adjoignit à la famille de Villiers, Loir, Butel, Germain dont l’atelier était au Louvre et d’autres encore sans doute. Ces artistes exécutèrent en argent massif et en vermeil des girandoles, des guéridons, des buires, des chandeliers, des vases pour les orangers, des seaux et leurs esclabons (supports), des bordures de tableaux, des balustrades, des bassins, avec des épisodes en relief de Y Histoire du roi d’après les tapisseries de Le Brun, etc., etc. Nous avons une idée de ces magnificences par les dessins de Le Brun conservés au musée du Louvre et par quelques tapisseries, les Mois ou les Maisons royales , V Audience du Légat et surtout par la pièce peinte par de Sève le cadet et tissée de 1673 à 1675, Le roy Louis XIV visitant les manufactures des Gobelins , où le sieur Colbert surintendant de ses bastiments le conduit dans tous les ateliers pour lui faire voir les divers ouvrages qui sy font. La tapisserie représente la visite qui eut lieu le 1 5 octobre 1 667 ; le roi est accompagné du duc d’Enghien, du prince de Condé, de Colbert et de Le Brun. La réception a lieu dans la cour : les orfèvres, les ébénistes et les mosaïstes montrent leurs travaux avec empressement; les tapissiers sont plus modestes, ils apportent une tapisserie roulée. Il est vrai qu’ils avaient eu soin de tendre contre les murs quelques ouvrages, notamment le Passage du Granique et deux pièces des Maisons royales. Il convient cependant de se tenir en garde; Le Brun a représenté dans la tapisserie des objets étrangers aux Gobelins, notamment un tapis qui, visiblement, n’est même pas de la Savonnerie, et des ouvrages de mosaïque, alors que les lapidaires de Florence n’étaient pas encore installés à la Manufacture; il est donc possible que dans la Visite comme dans les autres tapisseries toutes les pièces d’orfèvres figurées ne soient pas de de Villiers.
Nous ne connaissons pas bien l’organisation administra-
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tive des ateliers d’ameublement; il était interdit cependant à la famille de Villiers de faire de grandes pièces pour le particulier; elle ne paraît pas s’être enrichie au service du roi, car en 1696 elle sollicite une pension « ayant mis le peu qu’ils avaient gagné à l’Hostel de Ville, et que le revenu n’est pas de beaucoup près suffisant pour vivre ».
D. Cucci, ébéniste et fondeur, était Italien ainsi que le sculpteur Philippe Caffieri et Temporiti du même atelier. Cucci était comme l’entrepreneur des dorures et des petits bronzes des Maisons royales; ces objets étaient fondus à la Manufacture ainsi que d’autres ornements de Tubi. La présence aux Gobelins de Coysevox a fait supposer que les statues de Versailles avaient également été fondues ici ; il paraît qu’il n’en est rien et qu’elles venaient de l’Arsenal. Cette occupation permanente avait fait inscrire Cucci sur la liste « des officiers qui ont gages », mais à côté d’ouvrages, qui pour être secondaires n’en ont pas moins un caractère d’art très marqué, l’atelier construisit plusieurs de ces fameux cabinets à colonnes et statuettes, malheureusement disparus, notamment le cabinet d’Apollon et le cabinet de la Paix consacrés au roi et le cabinet de Diane et un second cabinet de la Paix consacrés à la reine ; la magnificence de ces objets est attestée dans les tapisseries la Visite et Y Audience.
La mosaïque de Florence est un assemblage de pièces de rapport, pierres précieuses et marbres, maintenues par l’incrustation : c’est une marqueterie minérale; elle peut dans les meubles donner lieu à des effets particuliers de richesse; mais en raison de la nature des matériaux, elle ne saurait se prêter convenablement à l’interprétation d’une pensée d’artiste. Colbert, néanmoins, voulut l’acclimater en France et en 1668, par l’intermédiaire de l’abbé Strozzi, il fit engager à gages fixes les lapidaires florentins, Ferdinand et Horace Migliorini, Branchy et Giacetti. En 1 683 , Ferdi-
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nand mourut et l’atelier fut réduit à Branchy, aidé de deux ou trois polisseurs; ce petit personnel coûtait 2 5oo à 3 000 livres par an. Les lapidaires collaboraient avec les ébénistes; il ne reste presque rien de leurs ouvrages. Le musée du Louvre conserve cependant dans la galerie d’Apollon deux tables en florentine, l’une vient des Gobelins, l’autre est un cadeau d'un prince toscan à Louis XIV. Les cabinets décorés de mosaïque sont perdus. Je 11e pense pas que l’atelier des Gobelins puisse être regardé comme le point de départ de la mosaïque en France, et que Belloni qui, de la fabrique pontificale, vint en 1798 à Paris pour y rester officiellement une trentaine d’années, puisse être tenu comme le successeur lointain de Migliorini. Belloni travaillait bien l’ouvrage de Florence comme l’ouvrage de Rome et l’ouvrage antique, et cependant la mosaïque fut une seconde fois abandonnée. En 1876, le gouvernement la reprit, mais non dans le même esprit que précédemment; le meuble, les petits ouvrages, la reproduction des tableaux furent proscrits et les travaux furent exclusivement appliqués à la restauration des anciennes mosaïques de l’Etat et à la décoration des édifices publics.
A partir de 1694, année de la fermeture officielle de la Manufacture, les ateliers d’ameublement n’ont plus qu’une existence nominale; quelques maîtres et apprentis protégés continuèrent à demeurer aux Gobelins; peut-être eurent-ils de temps à autre des travaux pour le roi, mais au fond les patrons tenaient à l’inscription seulement pour la notoriété que leur donnait le renom de la Maison et les apprentis pour profiter des dispositions de l’article VIII de l’édit de 1 667 qui, sur le simple certificat du surintendant, après six années d’apprentissage et quatre années de service, leur accordait la maîtrise et la faculté de « lever et tenir boutiques arts et mestiers auxquels ils auront esté instruits, tant
LES ATELIERS d’aMEUBLEMENT
dans notre bonne ville de Paris, qu’en toutes les autres de nostre royaume, sans faire expérience ».
L’abus, malgré de nombreuses et justes réclamations, subsista jusqu’à l’abolition des maîtrises, commencée par Turgot en 1776 et définitivement arrêtée en 1791 par l’Assemblée Constituante.
J’ai donné un aperçu rapide de ces ateliers d’ameublement trop vite disparus; il est à désirer que d’heureuses recherches permettent bientôt de spécifier leurs travaux et de reconstituer leur histoire, car ils ont largement contribué à la gloire de la Manufacture.