L’ENSEIGNEMENT ET L’APPRENTISSAGE
Lorsqu’il soumit à la signature de Louis XIV l’acte constitutif de la Manufacture royale des meubles de la Couronne, Colbert fit plus que de réunir aux Gobelins une élite d’artistes et d’ouvriers, il fonda une école de dessin gratuite, la première en date de toutes les écoles semblables créées par l’Etat, et il organisa l’apprentissage protégé dont Henri IV avait reconnu le principe.
En confiant à Marc de Comans et à François de la Planche la direction de sa manufacture de tapisserie façon de Flandres, Henri IV leur délivra des lettres patentes dans lesquelles il est dit « que les maîtres après trois ans, les apprentis après six ans, pourront avoir boutique, sans faire chef-d’œuvre, et ce, durant les vingt-cinq années; que le roy leur donnera, la première année, vingt-cinq enfants, la seconde vingt, et autant la troisième, tous Français, dont il payera la pension et les parents l’entretien, pour apprendre le mestier ». L’édit est de 1607, mais les engage-
LES GOBELINS
ments remontaient aux premières années du siècle et il ne semble pas qu’ils aient été tenus avec beaucoup de rigueur, car le i5 mars 1607 Henri IV donna l’ordre formel de payer aux Flamands cent mille livres qui leur étaient dues pour fourniture de tapisseries et sans doute aussi pour la pension des apprentis. Sully s’exécuta, mais comme il voyait d’un mauvais œil « l’établissement de ces rares et riches étoffes », il est à supposer que Colbert eut de bonnes raisons pour insister d’une façon très spéciale sur le sort et l’éducation des apprentis.
L’édit de Henri IV déterminait le nombre des apprentis et établissait le principe de l’apprentissage payé; celui de Louis XIV va beaucoup plus loin : il exige, et c’est là un point capital, qu’avant d’entrer à l’atelier, les enfants sachent dessiner, et, pour les tenir plus sûrement, il les réunit en séminaire, c’est-à-dire en internat.
Mais les ordres ne sont pas toujours exécutés à la lettre. Nous allons voir comment les choses se passèrent aux Gobelins.
Le Brun, très chargé de travaux de décoration dans les palais, ne paraît avoir porté qu’une médiocre attention aux élèves; on trouve cependant de son temps que Bonnemer, peintre d’histoire et dessinateur de broderies, a touché pendant plusieurs années une indemnité « pour le soin qu’il prend de la conduite et instruction des enfants étudians dans la maison des Gobelins ». Les enfants n’étaient pas au nombre de soixante, chiffre de l’édit, mais de vingt environ, du moins dans la période de 1 66 3 à 1680. Ils recevaient l’instruction primaire et apprenaient l’art de la tapisserie, non pas dans un local spécial, mais dans l’atelier, à côté d’un entrepreneur qui travaillait lui-même sur le métier, ou d’un chef de pièce qu’on nommait sous l’ancien régime un officier de tête. Les apprentis n’étaient pas, à vrai dire,
Les Indes, par Desportes. Le chameau
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réunis dans le séminaire du directeur, ils logeaient à la Manufacture, chez leurs parents, ou chez les tapissiers i.
C’est sous la direction de Mignard qu’on trouve pour la première fois dans les comptes, à la date du 3o décembre 1691, mention de l’Académie des Gobelins :
« Aux ouvriers et autres cy-devant nommez pour leurs appointements des six premiers mois de 1691, y compris CL livres aux sieurs Tuby, Coisevox et Le Clerc pour le soin et conduite qu’ils ont de l’Académie des Gobelins, poser le modèle et instruire les élèves de ladite académie à raison de 3oo livres par an, ci 1 3^5 livres. »
L’Académie royale de peinture et de sculpture s’intéressait à l’enseignement des Gobelins, comme le prouve une délibération du Ier juin 1697 :
« Estudians des Gobelins. Il a esté résolu que les Estudians des Gobelins qui sont à la pension du roi seront tenus de dessiner, au moins pendant la valeur d’un mois en chaque quartier, en cette Académie, d’après le modèle et d’après une académie de celle qu’ils auront faicte d’après le modèle des Gobelins, pendant chaque semaine pendant laquelle ils dessineront, laquelle académie sera paraphée par M. le Professeur des Gobelins. »
La présence de Noël Coypel à la séance laisse supposer que c’est sur son initiative que la résolution fut votée.
Ce fut également sous la direction de Mignard que parut le règlement de l’école primaire qui paraît avoir existé dès la fondation de la Manufacture. Conformément à l’usage, l’école fut confiée au chapelain. Le service religieux était fait à la Manufacture par un vicaire de la paroisse Saint- Hippolyte et par un religieux de Picpus, chargé de prêcher en flamand une fois par mois; il semble du reste que les