‹ La Manufacture nationale des GobelinsChapitre 27 sur 56 · Voir aux Annexes · texte numérisé non relu

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ciers de tête formeront la troisième classe, ils copieront au pastel les parties essentielles des tableaux, le professeur « aura soin de leur faire concevoir le rapport qu’il y a entre cette pratique et celle du tapisser, eu égard à l’échantillage et au choix des teintes et de leur emploi, et il s’appliquera à leur donner pour cette méthode les principes nécessaires du coloris et une théorie suffisante des connaissances qui en dépendent ». Les dessins et les pastels seront classés et récompensés tous les six mois par des médailles d’une valeur de dix à quarante livres; les lauréats seront admis à passer dans une classe immédiatement supérieure.

Le professeur a pour adjoints l’inspecteur de la Manufacture et les entrepreneurs des ateliers de haute et de basse lisse, qui « veilleront chacun en ce qui le concerne à la tenue et aux exercices de ladite école », très sage préoccupation qui empêchait le professeur de faire de ses élèves autre chose que des tapissiers, et l’obligeait à limiter l’instruction aux exercices nécessaires à l’intelligence du modèle et à son interprétation.

Je me suis demandé sous quelle influence le règlement avait été rédigé; la date n’étant pas éloignée de celle de la nomination d’Oudry comme inspecteur des Gobelins, en 1736, j’ai cherché autour du nom de ce peintre qui a tenté d’être à la Manufacture, non seulement un innovateur, mais presque un révolutionnaire. J’ai trouvé un mémoire de 1747 rédigé par Oudry : il se plaint que les promesses qu’on lui a faites n’ont pas été tenues; on lui paye son traitement annuel de 200 livres avec trop de retards; on ne lui rembourse même pas ses frais de voiture, s’élevant à 400 livres environ par an1; il fait cependant de grands sacrifices à la Manufacture, il a négligé son atelier de peintre et a

1 . Le prix d’un carrosse pour venir aux Gobelins était de 3 à 5 livres.

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refusé d’aller organiser des fabriques de tapisseries en Angleterre et au Danemark; il se félicite enfin d'avoir fait rétablir l’école académique.

S’il restait un doute sur l’intervention d’Oudry dans le règlement de 1737, le document suivant dont je vais résumer les principales dispositions, quoiqu’il n’appartienne pas aux Gobelins, ferait la pleine lumière. C’est le règlement de l’école publique et gratuite de dessin ouverte aux jeunes gens de la ville de Beauvais en 1750.

Oudry dirigeait la Manufacture de Beauvais; il proposa d’étendre autant que possible l’utilité de l’école de dessin, entretenue à la Manufacture, en créant une classe spéciale d’élèves externes au nombre de vingt, âgés de huit ans au moins. Le règlement établit la police de l’école : tous ceux qui auront manqué un mois seront renvoyés, « n’étant pas juste que la place qui pourra être occupée par un sujet appliqué, demeurât abandonnée infructueusement à un sujet négligent » ; le renvoi est aussi appliqué aux écoliers qui, par une inaptitude invincible, « se trouveront ne faire aucun progrès et y occuperont de même inutilement une place que d’autres pourraient remplir utilement ». La classe a lieu trois fois par semaine pendant deux heures. Le point culminant de l’enseignement est la copie au pastel des tableaux envoyés de Paris pour être traduits en tapisserie; à l’arrivée de ces tableaux, le professeur expliquera aux élèves « tout ce qui en fera le mérite et la beauté, tant par rapport au dessein que relativement à la composition, la couleur, les effets de la lumière, l’intelligence générale, l’harmonie, et généralement à tout ce qui peut servir à former le vrai goût et la connaissance de l’art ».

En rapprochant le règlement des Gobelins de celui de Beauvais, on retrouve la même précision des détails, le même soin de graduer les exercices et le même but final de

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l’enseignement : « l’étude de la couleur en travaillant au pastel et d’après les tableaux de Sa Majesté ». C’est donc bien Oudry qui a réorganisé l’académie des Gobelins et il l’a fait avec une entente du métier, une intelligence d’artiste et une science de professeur que la clarté du texte démontre à chaque ligne.

Le règlement ne mentionne pas le modèle vivant; en 1755, les professeurs en demandent le rétablissement; en 1760, il y avait sûrement un modèle logé aux Gobelins; on voulut le renvoyer quatorze ans après à cause de sa conduite « libertine et scandaleuse », mais on lui devait 1 100 livres et il fallut le garder, faute d’argent pour payer; il gagnait neuf francs par semaine et travaillait treize semaines par trimestre pendant les six mois d’hiver. Dans une note sur les Gobelins imprimée en 1786, se trouve cette phrase : « le Roi entretient un modèle dans cet Hôtel pour l’étude des ouvriers de cette manufacture et des artistes qui sont dans le voisinage ».

Le fonctionnement des écoles des Gobelins pendant la seconde partie du xvme siècle peut être résumé comme il suit :

L’école enfantine est obligatoire pour tous les enfants de la Maison, elle est sous la surveillance du chapelain, mais les classes sont faites par un professeur laïque.

L’école académique du dessin est ouverte tous les jours, elle est obligatoire pour les apprentis et facultative pour les autres tapissiers.

L’école académique du modèle, quand elle existe, a lieu le soir pendant les six mois d’hiver; il y a modèle tous les jours; l’école reçoit des externes.

Les fournitures scolaires sont données gratuitement aux élèves de la maison.

En principe, il doit y avoir deux professeurs : ce sont des

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artistes qui remplissent à la Manufacture d’autres emplois tels qu’inspecteurs des ateliers, dessinateurs de traits, gardes des modèles, etc. Ils touchent des indemnités supplémentaires de ioo à 200 livres par an, soit pour la correction, soit simplement pour poser le modèle; en 1755, A. Boizot sollicitait cette dernière fonction « ayant exercé cet emploi à l’Académie de Rome ».

En fait, les professeurs sont plus nombreux, sans doute pour donner satisfaction aux sollicitations toujours fortement appuyées; ils étaient en général académiciens, l’un d’eux, Belle (C. L.), qui fit aux Gobelins une très longue carrière, pouvait avoir introduit dans l’enseignement, vers la fin du siècle, l’étude de l’ornement et repris celui de la fleur.

Après avoir parlé des écoles de dessin, j’aborde le chapitre des apprentis. Leur condition a donné lieu à d’interminables débats pendant tout le xviii6 siècle; tantôt les règlements étaient à peu près observés, tantôt ils ne l’étaient pas du tout; puis le nombre des apprentis n’a cessé de varier, de sorte que, dans l’impossibilité de suivre pas à pas, comme je l’aurais voulu, le fonctionnement de l’apprentissage, j’ai dû m’en tenir à des généralités et à quelques traits essentiels.

Aux termes de l’édit de 1667, la Manufacture devait être « remplie de bons peintres, maistres tapissiers de haute lisse, orphèvres, fondeurs, graveurs, lapidaires, menuisiers en ébeine et en bois, teinturiers, et autres bons ouvriers », et l’apprentissage devait porter sur toutes ces professions. Parmi les « autres bons ouvriers », on trouve des rentrayeurs de tapisserie, des serruriers et des tapissiers de basse lisse, mais

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d’un autre côté, je n’ai découvert aucun apprenti graveur ou fondeur, quoiqu’il y eût aux Gobelins une fonderie qui a fourni un grand nombre d’ornements pour Versailles.

La fermeture officielle des ateliers des Gobelins, qui eut lieu, à cause de l’état des finances, du 10 avril 1694 à l’année 1699, ne troubla pas, autant qu’on pourrait le penser, le système d’apprentissage établi par Colbert; les entrepreneurs continuèrent en partie à travailler pour leur compte, et même après que les ateliers du roi furent limités aux travaux de tapisserie, un certain nombre de patrons, d’ouvriers et d’apprentis des autres professions restèrent inscrits aux Gobelins uniquement pour bénéficier des dispositions de l’édit de 1667, qui accordait la maîtrise aux enfants après six ans d’apprentissage et quatre années de service, et aux ouvriers après six ans de travail sans discontinuation.

Ainsi, dans les comptes de 1766, je trouve 35 apprentis logés :

Baslissiers..

Hautlissiers Orfèvres. . .

Menuisiers .

Peintres. . . .

Teinturiers Ébéniste. . .

Serrurier. . .

A côté de ces apprentis protégés, il y avait sans doute des externes; cette année 1766 me paraît être l’une des mieux pourvues.

L’apprentissage se fait exclusivement dans l’atelier de fabrication où quelques officiers de tête recevaient des gratifications pour enseigner leur art aux jeunes gens. En 1739, il fut décidé que les enfants des ouvriers de haute lisse ne pourraient être admis apprentis qu’en passant au service de la basse lisse; les résultats de l’apprentissage étaient assez

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bons dans les ateliers de haute lisse, mais ils laissaient beaucoup à désirer en basse lisse. Dès 1747 on signale la pénurie dans les ateliers de basse lisse d’officiers de tête, de bons ouvriers et d’apprentis. Cette différence dans la situation du personnel des deux genres de fabrication est facile à expliquer. La haute lisse est plus en honneur que la basse lisse, elle n’est l’objet d’aucune concurrence sérieuse en dehors de la Manufacture; la basse lisse, au contraire, se fait à Beauvais, à Aubusson, Felletin et dans les Flandres; on manque généralement de bons ouvriers partout et on se dispute ceux qu’il est possible de se procurer; comme les ouvriers des Gobelins jouissent de la maîtrise après six ans de travail, et qu’ils sont particulièrement recherchés à cause de la grande renommée de la Maison, ils quittent la Manufacture avec leur brevet dès qu’ils subissent quelques contrariétés, ou qu’ils trouvent mieux; sur huit apprentis reçus en 1739, un seul est resté fidèle; sur dix de la promotion de 1743, deux seulement ont fini leur carrière à la Manufacture; en dix-huit ans, trente-huit apprentis sur quarante-cinq ont quitté, causant ainsi à la Maison un préjudice de près de 17 000 livres payées pour les années d’apprentissage. Une telle émigration pouvait avoir un côté utile, celui de renforcer les autres ateliers en bons ouvriers; malheureusement les émigrants étaient généralement d’assez médiocre qualité; d’autre part, les baslissiers ne voulaient plus faire d’élèves afin de ménager l’avenir à leurs propres enfants, de sorte que pour éviter le chômage des métiers, les entrepreneurs racolaient du monde un peu partout, malgré les réclamations de Beauvais et d’Aubusson. Le défaut d’homogénité dans le recrutement, le désordre de l’atelier, la résistance des pères de famille à instruire des externes, l’incapacité des tapissiers, leur débauche très grande, paraît-il, eurent des conséquences si graves que les

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ateliers de basse lisse étaient menacés dans leur existence; heureusement Neilson était là; à peine nommé entrepreneur de la basse lisse il se mit à l’œuvre avec ardeur, et s’attacha à « remettre sur pied » le personnel. Il proposa le « rétablissement du séminaire » créé par l’édit de 1667; je crois qu’il employait ces mots rétablissement du séminaire uniquement pour se mettre sous l’égide du grand nom de Colbert, car ce qu'il demandait était très sensiblement différent de la fondation de Louis XIV. Rendons d’abord au mot séminaire le sens qu’il avait à l’époque; ce n’était pas alors un établissement ecclésiastique, mais bien une pépinière, une réunion destinée à former des apprentis à l’exercice d’une profession. Dans le séminaire de Colbert, les enfants étaient protégés, c’est-à-dire logés, entretenus, instruits aux frais du roi et confiés individuellement pour l’apprentissage aux soins d’un officier de tête; or cette institution n’ayant cessé de fonctionner, Neilson n’avait pas à en réclamer le rétablissement. Ce qu’il demandait avec insistance, c’était une chose tout à fait nouvelle : la réunion des apprentis protégés dans un local spécial, isolé des ateliers de fabrication. Le projet fit grand bruit et rencontra la plus vive opposition; les tapissiers travaillant aux pièces, l’apprenti, après quelques mois, pouvait leur être d’une certaine utilité, dans les lisières et les fonds par exemple; l’apprenti devait six ans de son temps et certes, bien avant l’expiration de ce délai, il était de force à remplacer un ouvrier de moyenne qualité; l’apprenti était donc un auxiliaire et peut-être même y avait-il quelque bénéfice à faire sur la pension payée par le roi. On cria à l’exploitation, on invoqua les droits du père de famille, mais M. de Marigny ne se laissa pas émouvoir et, en 17 67, il fit prendre au Conseil d’Etat un arrêt dont voici les principales dispositions :

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Il faut réprimer les abus qui se sont introduits dans la Manufacture à l’égard des élèves qu’il convient de faire pour renouveler et perpétuer des ouvriers habiles. Les élèves, faute de subordination à des supérieurs commis par le roi, se trouvent livrés et abandonnés aux caprices de simples employés dont la négligence et l’absence fréquente des ateliers rendent inutiles les soins que les professeurs de dessin et les entrepreneurs se donnent pour le progrès de ces jeunes gens. A cet effet, les élèves sont nommés par le directeur général des bâtiments et soutenus aux dépens du roi pendant six années; ils seront mis à part dans un atelier spécial tous les jours, de cinq heures du matin à huit heures du soir ; deux heures seront accordées pour les repas et autant pour l’école de dessin; les élèves seront choisis parmi les enfants des tapissiers et, à défaut, dans les familles du voisinage; ils apprendront la tapisserie de basse lisse, feront le montage des pièces, le dévidage des laines et soies et balayages des salles. Neilson est nommé supérieur du séminaire.

Cet arrêt de principe ne donna pas complète satisfaction à Neilson; il réclama et après pourparlers avec M. de Marigny, il signa à la fin de 1767 une soumission qui se résume comme il suit : le nombre des apprentis en basse lisse est fixé à douze, au choix de l’entrepreneur qui aura toujours un certain nombre de surnuméraires pour remplacer les apprentis congédiés; l’entrepreneur entretiendra à ses frais, dans l’atelier du séminaire, deux tapissiers capables d’enseigner le métier aux élèves. Il recevra par chaque apprenti la somme de 25o livres, plus la valeur d’un lit qui est de 180 livres. Il payera aux apprentis pour les trois dernières années de l’apprentissage une somme de 65o livres et fournira le matériel nécessaire au travail. A l’effet de compenser les sommes reçues et les sommes déboursées, il sera loisible

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à l’entrepreneur d’employer les apprentis aux ouvrages destinés au roi ou aux particuliers.

M. de Marigny, en acceptant cette soumission, renonça au droit que lui donnait l’arrêt du Conseil de nommer les apprentis et autorisa l’entrepreneur à tirer profit du travail des apprentis, ce qui était d’usage, du reste, dans tous les ateliers de la Manufacture. Malgré la clarté des règlements et des conventions, malgré la protection visible du directeur général, Neilson eut beaucoup de peine à soutenir le séminaire; une cabale s’était organisée contre lui et les tapissiers lui refusèrent leurs enfants; en six ans, il ne put en réunir que sept ; pour compléter le nombre réglementaire de douze, il dut en prendre dans le voisinage, et ce ne furent pas les plus mauvais.

Dès lors Neilson eut à supporter une lutte permanente; en 1773 déjà on demanda la fermeture du séminaire; M. de Marigny repoussa énergiquement cette prétention; plus tard, non seulement tous les tapissiers furent contre l’institution, mais l’état-major aussi. Avant 1776, Pierre, inspecteur à la Manufacture, ne cessait de réclamer la suppression du séminaire; on donnait pour argument que jamais les apprentis de haute lisse n’avaient été ainsi traités; que les tapissiers de basse lisse étaient aussi capables que leurs camarades de former des élèves; qu’il n’était pas juste de voir Neilson profiter seul des bénéfices du travail des élèves; on insinuait que l’entrepreneur, abusant de son autorité, renvoyait de ses ateliers les bons ouvriers pour les remplacer par des apprentis payés beaucoup moins cher. Neilson, toujours sur la brèche, répondait par des faits et des chiffres. J’ai essayé de trouver la vérité dans ces contradictions et ces évidentes exagérations de part et d’autre.

En général, et aussi bien en haute lisse qu’en basse lisse,

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la moitié au plus des apprentis étaient fils de tapissiers des Gobelins, et Neilson avait peine à retenir même ceux-là ; les causes de désertions étaient nombreuses : on était très irrégulièrement payé, le Trésor étant toujours en retard et la caisse des ouvriers souvent à sec; on était embauché pour les autres ateliers de basse lisse; les apprentis se sauvaient dans des moments de mécontentement ou d’ivresse et contractaient des engagements dans l’armée. En vingt ans plus de vingt apprentis entrèrent dans les régiments; quelques-uns, naturellement les meilleurs, furent rachetés par la Manufacture, mais l’autorité militaire dut faire défense aux officiers recruteurs de contracter avec le personnel des Gobelins, sous peine de nullité de l’acte, à moins d’un congé régulier délivré par le directeur de la Manufacture. Neilson n’avait donc pas besoin de renvoyer du monde, il en perdait déjà trop pour toutes ces causes; l’état d’incertitude qui régnait dans le personnel de la basse lisse motivait la présence de douze apprentis en 1782 pour une quarantaine de tapissiers, tandis que dans les ateliers de haute lisse, beaucoup plus calmes, il n’y avait que huit apprentis pour soixante à soixante-dix ouvriers.

Il n’y a aucun doute qu’un élève bien dirigé peut rendre des services après un an d’étude tout en continuant à se perfectionner; on peut le faire passer d’une façon utile à la production de l’atelier, des fonds unis aux fonds damassés, puis aux bordures simples et successivement à l’ornement, à la fleur, aux armes, etc., etc. L’intérêt de Neilson était donc de pousser les apprentis le plus possible et il n’y manqua point; vers la fin de sa carrière, il était arrivé à faire produire par an aux douze apprentis de basse lisse environ dix aunes carrées, non seulement en bordures, mais en tapisseries, telles que le Chameau et le Roi porté par des Maures , de la tenture des Indes, le Jugement de la canne et

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Don Quichotte guidé par la Folie , de la célèbre suite de Goypel.

L’entrepreneur soutenait qu’il était en perte sur ces travaux; je n’en crois absolument rien. Sans doute le travail de l’apprenti est plus lent que celui de l’ouvrier et il faut le défaire plus fréquemment, mais tout compte fait et à similitude de modèle, la main-d’œuvre dans le séminaire revenait en moyenne à moitié moins que dans les ateliers; il ne faut pas oublier que les apprentis restaient six ans au séminaire; aujourd’hui, après deux années de stage à l’école de tapisserie, nos élèves montent à l’atelier et travaillent d’une façon suivie sur une tapisserie. En somme le séminaire était une bonne affaire pour Neilson et pour la Manufacture, car, sans cette institution, la tbasse lisse aurait très probablement été supprimée.

Pierre, premier peintre du roi, fut nommé directeur des Gobelins en 1781, en remplacement de Soufflot; comme inspecteur, il avait été très opposé au séminaire; il changea d’idée quand il fut le chef, car le séminaire fut confirmé par M. d’Angiviller en 1783 et maintenu jusqu’à la mort de Neilson, qui succomba à la peine et au chagrin le 3 mars 1788.

Dès le lendemain de son décès, les baslissiers réclamèrent et obtinrent la suppression de l’institution et les apprentis furent confiés aux ouvriers pendant six ans.

Un règlement conçu dans un esprit absolument nouveau, en ce sens qu’il donne une prédominance aux ouvriers, fut élaboré dans les derniers mois de 1790. L’école enfantine est maintenue; la limite inférieure de l’âge d’admission des apprentis est fixée à douze ans au lieu de dix, cependant les fils de tapissiers peuvent entrer dans les ateliers dès l’âge de neuf ans; le temps de l’apprentissage est de six années; de la seconde à la sixième, l’apprenti touchera de

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deux à six francs par semaine, mais cette indemnité sera partagée avec l’ouvrier chargé de l’apprentissage. A l’âge de dix-huit ans, les apprentis seront jugés par les ouvriers de l’atelier qui prononceront sur leur admission ou leur ajournement. Les apprentis sont tenus comme par le passé de balayer les ateliers, d’allumer les poêles, de dévider les laines, etc. ; cette obligation cependant n’est imposée que pendant les trois premières années. Les apprentis sont obligés de suivre chaque jour pendant deux heures les cours de l’Académie; les inspecteurs de la Manufacture enseigneront l’étude de l’ornement, de la fleur, de la draperie, des animaux, de la figure et de la bosse.

Ce règlement, communiqué à la Manufacture en septembre 1791, n’a pas été appliqué bien longtemps, si tant est qu’il ait été mis à exécution, car vers la fin de 1792, le ministre de l’intérieur Rolland signa un arrêté portant suppression des apprentis qui n’avaient pas encore fini leur quatrième année; les autres furent conservés « pourvu toutefois qu’ils soient jugés par leurs maîtres et chefs d’atelier avoir des dispositions et qu’ils continuent à se perfectionner dans le dessin ». C’était en réalité décider la suppression complète du recrutement. Les quelques apprentis qui restèrent furent tenus de travailler pour leurs maîtres, libre à ceux-ci de faire à l’élève telle remise qui leur plairait; l’école de dessin n’eut plus lieu. En fructidor an II, le Jury des arts demanda le rétablissement de l'école en recommandant l’étude de la nature. Au mois de nivôse an IX, l’apprentissage fut réorganisé : les élèves travaillent sous la direction des chefs d’atelier et d’un artiste tapissier, ils reçoivent vingt francs par mois dont dix pour leur maître; ils font les corvées de l’atelier. L’enseignement du dessin comprend l’ornement, la fleur, les draperies, les animaux et la bosse; le modèle vivant est regardé comme inutile et en 1812, on

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achète V Ecorché de Houdon pour tenir lieu utilement de la nature; l’école est fréquentée par une quarantaine d’élèves. Après deux années de stage, les élèves tapissiers sont congédiés s’ils ne montrent pas d’aptitudes suffisantes; au bout de six ans ils peuvent être admis, comme artistes tapissiers,

L’Histoire d’Esther, par de Troy. Evanouissement d’Esther.

le délai peut être abrégé. Le nombre des élèves est de six pour la haute lisse et de deux pour la basse lisse.

Pendant la Restauration, on travaille à l’école de dessin d’après les modèles graphiques pour aborder ensuite l’ornement, les masques et les bustes en plâtre et finir par le Gennanicus , la Vénus de Milo et les autres grands antiques du Louvre; YEcorché de Houdon est toujours le modèle préféré. En 1828 seulement, le modèle vivant est rétabli; il me paraît qu’on a toujours eu jadis à la Manufac-

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tare quelques craintes du modèle vivant; chaque fois qu’on l’a rétabli, on invoque beaucoup plus l’intérêt de l’art en général que celui de la Maison; le vicomte de Sosthène de Larochefoucauld, chargé du département des beaux-arts, se laisse convaincre, mais il exige des précautions : la salle du modèle sera interdite aux élèves âgés de moins de seize ans ; elle ne sera accessible qu’à la suite d’un concours; l’admission sera regardée comme une récompense. Il est certain que le modèle vivant est un grand attrait pour les élèves et qu’il leur fait négliger l’étude d’après l’antique qui est au moins aussi nécessaire; partout où les deux cours existent simultanément, il faut des moyens de rigueur pour empêcher la désertion de l’antique.

En 1825, Charles Dupin eut le désir de faire aux Gobelins un cours de géométrie et de mécanique appliquées aux arts et métiers; malgré la haute situation du professeur, le projet ne fut pas mis à exécution; l’utilité du cours était contestable et les élèves étaient déjà chargés de travaux; le dessin avait lieu l’été avant six heures du matin et l’hiver après la clôture des ateliers; il était suivi par une cinquantaine de tapissiers et d’élèves, dont dix externes environ. Pour stimuler le zèle , on avait institué des concours de médailles.

Après la révolution de Juillet, un nouveau règlement réorganisa l’enseignement et l’apprentissage. Voici les traits principaux de ce règlement : l’école primaire est maintenue; les enfants exclus de cette école ne pourront être reçus ni au dessin ni à l’apprentissage; c’était donc une sorte de stage. L’école de dessin a pour professeur l’inspecteur des travaux ; elle est ouverte, l’été, de six à neuf heures, l’hiver, depuis le jour jusqu’à neuf heures et le soir de cinq à huit heures. C’était excessif, car le reste du temps, sauf le moment des repas, était employé à la tapisserie. Les

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élèves, divisés en trois classes, travaillaient d’après le dessin graphique, la bosse et la nature.

Le règlement institue une école de tapisserie ; c’est l’ancien séminaire sauf le logement; « la disposition des métiers, le choix des modèles et l’enseignement seront appropriés dans cette école à toutes les études, depuis l’assortissement des nuances et l’imitation des ornements et des fleurs jusqu’à celle des carnations et à la reproduction des tableaux d’histoire». Cette dernière mention caractérise bien l’esprit qui depuis trop longtemps déjà régnait à la Manufacture. L’école de tapisserie n’était pas obligatoire, et ne devaient y passer que les élèves qui, en sortant de l’école de dessin, n’étaient pas capables d’entrer dans les ateliers. Les apprentis sont choisis parmi les élèves des écoles de dessin et de tapisserie; après deux ans d’essai, ils sont renvoyés ou admis définitivement; ils touchent alors 120 francs par an, pour arriver à 400 francs, et ensuite passer ouvriers.

Que l’on soit Louis XIV ou Louis-Philippe, Colbert ou Montalivet, on n’est pas toujours obéi. Je crois que l’école de tapisserie n’a jamais fonctionné, et la preuve, c’est qu’un arrêté ministériel du 24 septembre 1849 en ordonne le rétablissement et l’installation dans un atelier spécial.

Il y a encore à la Manufacture un assez grand nombre de tapissiers qui ont fait leur éducation technique, non dans une école de tapisserie, mais à l’atelier de fabrication; les choses se passaient fort simplement : l’élève était confié à un tapissier, il commençait par faire des lisières simples, puis des fonds hachés et des draperies d’après des modèles peints exprès, ensuite il passait sur des ornements et des fleurs provenant d’anciens modèles de tapisserie; lorsqu’il était jugé de force, on le mettait sur une tapisserie en exécution oü son maître lui donnait des travaux progressifs; de cette façon, le jeune homme était réellement l’élève par-

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ticulier d’un tapissier qui lui transmettait sa manière et son goût personnel. L’élève n’avait plus comme jadis les corvées des ateliers; il cousait les relais, faisait les broches et aidait au montage des chaînes.

Je n’ai pu connaître les motifs qui ont fait abandonner en 1849 une pratique dont les résultats avaient été excellents; pour la première fois depuis la fondation de la Manufacture, les élèves en haute lisse furent réunis dans un atelier d’apprentissage; les jeunes gens commençaient leurs études techniques par des exercices faciles, ils les finissaient en copiant des fragments d’après les maîtres judicieusement choisis; j’en cite quelques-uns : une étude de jambes d’après la Flagellation du Titien; une tête de femme d’après la Transfiguration de Raphaël; une tête de saint Jean d’après Y Assomption du Titien; Y Enfant jardinier d’après la tapisserie de Le Brun.

Je dois appeler l’attention sur Y Enfant jardinier : ce modèle constitue une tapisserie complète avec personnages, attributs, fond de paysage et bordure; sa traduction était une œuvre collective où chaque élève donnait selon son degré d’instruction. L’exercice était excellent; il donnait aux jeunes gens l’idée d’un ensemble et flattait leur amourpropre. On est toujours plus satisfait de travailler sur un morceau de quelque importance qui restera que sur des petites pièces qui disparaissent. Je regrette que le modèle de Le Brun ait été abandonné.

l’enseignement et l’apprentissage

J’arrive maintenant à la situation actuelle.

L’enseignement est donné dans quatre cours :

L’école de dessin élémentaire;

Le cours supérieur;

L’académie;

L’école de tapisserie.

Les jeunes gens âgés de douze ans au moins et pourvus d’un certificat d’instruction primaire, sont admis à l’école élémentaire sans examen; lorsqu’il n’y a pas assez de places pour tous, les enfants de la Maison passent avant les autres. L’enseignement est donné le matin pendant deux heures, d’après les modèles plastiques. Les jeunes gens qui veulent faire leur carrière à la Manufacture sont admis à concourir pour les places disponibles à l’école de tapisserie. Il y a quelques années, le nombre des concurrents était très restreint; maintenant il augmente à chaque concours; en 1890, il y a eu vingt inscrits pour quatre places.

Le cours supérieur a lieu tous les matins pendant deux heures; il comprend : la figure et l’ornement d’après la bosse; l’architecture et la perspective; la plante, les fruits et les fleurs à l’aquarelle d’après la nature; la copie à l’aquarelle de fragments d’anciennes tapisseries (cette leçon a lieu dans le musée pendant l’été); le modèle vivant.

Les élèves de la Manufacture pourvus d’un diplôme de professeur de dessin et ceux qui ont donné des preuves de capacité, peuvent être dispensés d’une partie des cours; les autres les suivent jusqu’à l’âge de vingt ans révolus.

L’académie a lieu pendant quatre mois d’hiver, le soir durant deux heures; tous les jeunes gens, âgés de quinze

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à vingt ans, sont tenus de suivre les cours qui comprennent alternativement le modèle vivant et l’antique. Les tapissiers âgés de plus de vingt ans peuvent assister aux leçons.

Tous les trimestres, les travaux des écoles sont examinés et classés par un jury composé de l’administrateur de la Manufacture, du directeur des travaux d’art, des professeurs de dessin et de tapisserie , des chefs et des sous-chefs des ateliers de fabrication.

Ce jury propose également l’admission des jeunes gens à l’école de tapisserie; les candidats sont admis à cette école à titre d’essai; au bout d’une année, les travaux de dessin et de tapisserie sont jugés et les élèves sont rayés, ajournés ou admis comme élèves appointés; ils reçoivent une indemnité de stage de ioo francs pour l’année écoulée et, à partir de la seconde année, un traitement de 600 francs; les cas de radiation et d’ajournement sont très rares.

Ainsi tous les élèves et apprentis des Gobelins, jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de vingt ans, dessinent au moins deux heures par jour et les plus avancés suivent en plus l’académie du soir, ce qui leur fait quatre heures de dessin par jour pendant l’hiver. L’enseignement poussé à un tel degré a eu des conséquences imprévues favorables, si l’on veut, au point de vue général, mais certainement contraires à l’intérêt de la Manufacture et au but de notre institution. Par suite de l’important développement donné dans toute la France aux écoles de dessin, la carrière de professeur a été très ouverte dans ces dernières années; nos élèves attirés par le titre et par des appointements élevés se sont présentés aux concours ; vingt ont été brevetés et ont quitté la Manufacture; la production en a souffert sérieusement, car on a dû remplacer les tapissiers et les apprentis déjà formés par des élèves, si bien qu’aujourd’hui le nombre des artistes tapissiers est inférieur à celui des apprentis et

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des élèves; cette situation anormale ne s’était jamais vue aux Gobelins, où l’on comptait jadis un apprenti pour huit ou dix maîtres. De plus, la Manufacture a perdu tout le bénéfice de l’argent dépensé pour l’apprentissage technique. En ce moment, le mouvement de sortie s’arrête très sensiblement, car il y a plus de professeurs de dessin brevetés que d’emplois vacants, mais l’effet moral subsiste et bon nombre de nos apprentis se sont habitués à ne plus regarder la Maison que comme un lieu d'attente, où l’on reçoit une excellente éducation d’art en même temps que des appointements, tandis qu’ailleurs il faut payer les leçons.

A l’école de tapisserie, les enfants débutent par le maniement des outils, puis ils passent à une suite d’exercices progressifs : bandes unies, fonds hachés, ornements simples, ornements et inscriptions, coins et rinceaux, branches de verdure, fleurs, fruits, instruments de musique, draperies et combinaisons de ces divers éléments; ils commencent les carnations par des mains et des pieds détachés, et finissent par des têtes.

Les résultats de cet enseignement sont tels qu’après deux ans d’école, les élèves sont en état de passer l’examen qui les fait entrer dans les ateliers de fabrication, où ils sont aussitôt mis sur une tapisserie en cours d’exécution; ils ont alors le titre d’apprentis avec des appointements qui vont de 900 à 1 600 francs; à partir de ce chiffre ils deviennent artistes tapissiers.

J’ai insisté sur l’apprentissage, la question étant partout à l’étude; j’appelle l’attention sur un point très important : dans aucun des programmes officiels de la Manufacture ne figure l’enseignement de la composition, et cette omission est voulue. A plusieurs reprises cet enseignement a été réclamé, il a même été toléré dans une mesure restreinte, mais à aucune époque il n’a été jugé nécessaire, la Manu-

LES GOBELINS

facture ayant le devoir de former des artistes tapissiers et non des artistes capables de composer des modèles de tapisserie.

En résumé, notre système a pour base : l’enseignement du dessin précédant les manipulations techniques; rapprend payé ; l’école d’apprentissage voisine des ateliers de fabrication; le musée à la portée immédiate des élèves.

Il est évident que le fabricant isolé ne peut réunir ces moyens d’action, mais il semble que les associations professionnelles pourraient, avec le concours de l’État et des municipalités, adopter dans une certaine mesure une organisation consacrée par une expérience de plus de deux siècles.

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