‹ La Manufacture nationale des GobelinsChapitre 7 sur 56 · Voir aux Annexes · texte numérisé non relu

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ne sont pas la propriété de la couronne d’Angleterre, ils appartiennent par héritage à la reine Victoria. La Manufacture ne songea pas à les utiliser, d’autant que nous avons en France des copies de la tenture envoyées de Rome sous Louis XIV. Ces copies ont été aux Gobelins même attribuées quelquefois au père Luc, de l’ordre des Récollets, élève de Simon Vouet, mais il résulte de la correspondance de Colbert avec le duc de Chaulnes, ambassadeur de France auprès du pape, et avec Charles Errard, premier directeur de notre Académie à Rome, que dès 1670 les pensionnaires du roi travaillaient à cet ouvrage. Dans la pensée de Colbert, l’Académie de France devait presque s’identifier avec l’Académie de Saint-Luc fondée à Rome au xvie siècle par Muziano de Brescia; il est probable qu’une similitude de noms a été cause de l’attribution erronée.

Les cartons après avoir servi aux ateliers des Gobelins furent en 1752 donnés à la cathédrale de Meaux sur la demande de l’évêque de la Roche-Fontenilles, premier aumônier de Madame Adélaïde, fille de Louis XV. De cette série la Mort d'Ananie , Saint Paul à V Aréopage, Jésus- Christ donnant les clefs à saint Pierre , la Pêche miraculeuse, le Sacrifice de Lystre furent prêtés à la Manufacture et mis sur métier de i832 à 1 85 5 . Les cartons ne paraissent pas avoir été choisis à cause des sujets, mais en raison de leur état de conservation; sans doute ce sont des copies de tapisseries elles-mêmes déjà un peu éloignées des modèles, cependant elles sont empreintes du caractère propre aux cartons originaux. Mais à la Manufacture on se souciait fort peu de rendre les tapisseries dans l’esprit de Raphaël, et on n’eut même pas l’idée d’emprunter au Garde-Meuble, comme documents à consulter, une suite des Actes des Apôtres fabriquée à Mortlake au xviic siècle sur les cartons mêmes du maître et donnés en cadeau à Louis XIV ; il

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eût été facile également de se rendre en Angleterre pour de plus précises informations.

J’ai eu récemment l’occasion de me livrer à une semblable enquête, en voici le résultat sommaire.

Raphaël n’a que quatre colorations pour les carnations : elles correspondent aux enfants, aux adultes, aux vieillards et aux femmes; les malades sont traités comme les vieillards, les femmes sont très voisines des enfants, de sorte qu’on pourrait limiter à trois les gammes des chairs toujours peintes d’après le naturel; j’estime qu’avec quatre ou cinq tons au plus on doit rendre les effets du modèle. Dans les draperies, même lorsque la couleur de la lumière est différente de celle de l’ombre, on ne trouve que trois ou quatre passages ; la hauteur des tons est à peu près pareille partout, cette égalité vient du parti visiblement adopté par Raphaël de rester dans les valeurs moyennes de la gamme. Je puis m’expliquer par des chiffres : en admettant que du grand clair côté n° i à l’obscur d’une couleur côté n° 10, il y ait 8 passages gradués à distances égales, les lumières correspondent au n° 3 et les ombres au n° 8 sans que les numéros intermédiaires soient tous employés. Les noirs qu’on observe dans quelques cartons proviennent certainement d’additions postérieures, car ils détonnent inutilement. Sans avoir peut-être beaucoup étudié la fabrication, Raphaël, avec sa merveilleuse intelligence des arts, en a compris du premier coup les nécessités. Les cartons, absolument dans le sens de la tapisserie, sont d’une traduction facile à la simple condition d’être interprétés dans leur esprit; aux Gobelins on les mit sur le même rang que les tableaux de Meynieret de Steuben, on les traita de la même façon; au lieu de s’en tenir presque à des teintes plates, les tapissiers pignochèrent dans les demi-teintes et les clairs obscurs; ils mirent en jeu toutes les ressources du magasin

des laines et se donnèrent une peine réelle pour arriver à très grands frais à dénaturer Raphaël.

Cette reprise des Actes des Apôtres prouve qu’avec de bons modèles on peut faire de médiocres tapisseries. La formule proclamant qu’aux Gobelins tout est dans les modèles, est peut-être commode pour la critique, mais elle n’est pas exacte. Evidemment nous ne ferons jamais une bonne tapisserie avec un mauvais modèle, mais d’habiles praticiens peuvent arriver à des résultats insuffisants avec d’excellents modèles; que l’on compare la Tenture des Indes ancienne avec les pièces faites sous la Restauration sur les mêmes types et la conviction sera complète. Aux Gobelins comme ailleurs, pour faire de bons ouvrages, il faut de bons modèles et une exécution raisonnée; c’est précisément parce que ces deux conditions essentielles n’ont pas toujours été suivies qu’à toutes les époques la Manufacture a eu des mécomptes et des faiblesses.

Sous Louis XVI, les Gobelins envoient comme modèles, à la Manufacture de Sèvres, les cartons des Chasses de Louis XV par Oudry; sous Louis-Philippe, Sèvres envoie comme modèles, aux Gobelins, les cartons de vitraux de la chapelle de Saint-Ferdinand de M. Ingres. Certes un carton de vitrail bien composé vaut mieux pour la tapisserie que bien des tableaux de musée, mais M. Ingres avait travaillé non pour des vitraux à la manière du moyen âge ou même de la Renaissance, mais pour la peinture vitrifiée pratiquée à Sèvres, en vue de la reproduction des tableaux sur le verre, ce qui est bien différent; aussi Sainte Batkilde , Saint Germain , Saint Denis et Saint Remjr n’ont-ils pas donné de meilleures tapisseries que n’importe quel autre ouvrage du maître.

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La République de 1848 continue les ouvrages commencés sous le régime tombé, mais grâce à une libre discussion résultant de l’annexion des Manufactures aux administrations publiques, les symptômes de raffranchissement dont le Grand Décor a donné le signal, prennent corps : la reproduction des tableaux ne sera pas abandonnée, mais elle ne sera plus considérée comme un dogme 1 .

La liste que je donne plus loin des tapisseries exécutées de 1848 à 1891, me dispense d’entrer dans les détails, je me bornerai donc à faire ressortir les points saillants de cette période qui marque un progrès incontestable dans le sens de la décoration.

C’est aux amis et aux élèves de l’atelier de décoration de Ciceri que revient l’honneur de cette Renaissance qui n’a pas été suffisamment reconnue. En 1862, M. Dieterle reçoit la commande de modèles de tapisseries pour un salon du palais de l’Elysée 2. L’artiste était un esprit juste, fin et délicat; il compose dans le style du xvme siècle des panneaux à fond blanc adouci : la Musique et les Sciences d’après F. Boucher forment le centre; au-dessus un écusson bleu se détache sur une coquille bordée de fleurs en camaïeu rouge tendre, la coquille est appuyée contre une draperie à revers bleus; au-dessous pendent des trophées d’instruments et des bouquets de fleurs à colorations conventionnelles; des rinceaux et des culots traités en camaïeu garnissent légèrement le fond uni. La couleur est douce, franche

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