Voirie chapitre des Modèles
2. Le salon a conservé le nom de salon des Dames: une partie des tapisseries est venue de la manufacture de Beauvais.
et lumineuse, le dessin est souple; l’exécution est bien dans l’esprit du modèle.
Ceux qui reprochent à cette œuvre séduisante d’appartenir au xvme siècle, oublient que l’art décoratif français n’avait pas alors de caractère particulier — il n’en a pas davantage aujourd’hui — et que pour avoir un style, il ne suffit pas d’en déplorer l’absence et de donner des formules. A défaut d’un style contemporain, l’artiste est forcé de puiser dans le passé et mieux vaut prendre dans les maîtres français si fertiles que de franchir nos frontières.
Peu après, M. Dieterle est chargé de la disposition générale d’une suite pour le salon des Cinq Sens du même palais, Baudry fera les figures, M. Chabal Dussurgey les fleurs, M. Lambert les animaux. C’est encore au xvme siècle que ces artistes ont recours, mais ils remontent plus haut et s’inspirent des Portières des Dieux d’Audran1; les modèles ayant été peints par des hommes qui ont compris les conditions de l’interprétation textile, ont, de même que les panneaux à fond blanc de M. Dieterle, donné des ouvrages excellents, très supérieurs à toutes les tapisseries sorties des Gobelins depuis l’aurore de la Révolution.
Nous approchons de la fabrication actuelle; si les convenances m’interdisent de la juger, je puis dire cependant que les Gobelins sont entrés, autant que les circonstances l’ont permis, dans la voie indiquée il y a une trentaine d’années ; la reproduction des tableaux a disparu insensiblement — elle n’est plus aujourd’hui qu’un souvenir — et le modèle spécial est devenu la règle.
M. Mazerolle, M. Galland, M. Ehrmann, M. L.-O. Merson,
1. Baudry avait eu soin de faire pendre dans son atelier une Portière d’Audran. Les modèles de Baudry et les tapisseries presque en totalité ont péri dans l’incendie de la Manufactue ern 1891.
JO LES GOBELINS
M. Puvis de Chavannes, M. Blanc (J.) sont devenus les collaborateurs de la Manufacture; quoique de caractères très différents, leurs tapisseries sont conçues et exécutées dans le sens décoratif. A côté des ouvrages de nos contemporains, les ateliers travaillent à quelques tentures d’après les maîtres du xvne siècle et du xvme; lorsqu’une maison compte parmi ses ancêtres Le Brun, Audran, les Coypel, il est de son devoir de se retremper dans leurs œuvres et de professer le respect du passé.
Jusque dans ces dernières années, les tapisseries des Gobelins n’étaient pourvues d’aucune marque officielle de fabrication.
Sous le régime de l’entreprise, les chefs d’atelier entrepreneurs tissaient soit dans les lisières, soit dans la bordure, soit dans la tapisserie même, leurs noms ou leurs initiales; les noms des peintres, auteurs des modèles, figurent quelquefois aussi dans les tapisseries. Très rarement on trouve dans les lisières un G et une fleur de lis. En fait, il n’y avait aucune règle et un grand nombre d’ouvrages parfaitement authentiques sont dépourvus de toute indication.
La présence du nom de l’entrepreneur ne prouve pas d’une façon absolue que la tapisserie vienne des Gobelins. On trouve par exemple, dans les collections, des tapisseries avec le nom de Lefebvre, fabriquées à Florence avant l’admission de ce tapissier aux Gobelins. J’ai vu des portraits d’après le peintre Drouais signés Cozette 1763, nom d’une famille de chefs d’atelier des Gobelins, et certainement ces tapisseries n’ont pas été tissées à la Manufacture, officiellement du moins. Il est arrivé aussi que des
bordures ont été enlevées d’une tapisserie et mises sur une autre de la Manufacture ou d’ailleurs.
Depuis la Révolution les noms des entrepreneurs ont naturellement disparu, puisqu’il n’y a plus eu d’entreprise; quelquefois les tapisseries modernes portent le nom du peintre et celui de l’artiste tapissier qui a conduit la pièce, mais l’usage n’a pas été généralisé.
Un assez grand nombre de tapisseries exécutées depuis 1871 ont dans leurs bordures les initiales de la République Française et celle des Gobelins, sous forme de G, traversé ou non par une broche, mais ces lettres ne constituent pas une marque de fabrication, ce sont des éléments décoratifs que chaque peintre dispose à sa guise.
Un arrêté ministériel du 12 janvier 1889 prescrit l’établissement dans la lisière de toutes les tapisseries d’une marque officielle consistant dans les millésimes du commencement et de l’achèvement de la pièce accompagnés des lettres R. F. et G., ou du mot Gobelins en entier; les lettres sont tissées en laine orangée. Ces indications ne suppriment ni les motifs formés des mêmes éléments que les peintres peuvent introduire dans les bordures et les alentours, ni les signatures des artistes.