‹ La MaratreChapitre 28 sur 93 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

GERTRUDE

Tu pourrais avoir dans le cœur un de ces amours la ! Si un pareil malheur t'arrivait, compte sur moi... Je t'aime, vois-tu ! je fléchirais ton père, il a quelque confiance en moi, je puis même beaucoup sur son esprit, sur son caractère... ainsi, chère enfant, ouvre-moi ton cœur?

PAULINE

Vous y lisez, madame, je ne vous cache rien

Vernon, qu'est-ce que tu fais donc 9 (Légers murmures. Pauline jette un regard vers la table de jeu.) gertrude, à part.

L'interrogation directe n'a pas réussi. (Haut.) Combien tu me rends heureuse ! car ce plaisant de petite ville, Godard, prétend que tu t'es presqu'évanouie quand il a fait dire exprès par Napoléon, que Ferdinand s'était cassé la jambe... Ferdinand est un aimable jeune homme dans notre intimité depuis bientôt quatre ans, quoi de plus naturel que cet attachement pour ce garçon, qui, non seulement a de la naissance, mais encore des talents?

PAULINE

C'est le commis de mou père.

GERTRUDE

Ah! grâce à Dieu, tu ne l'aimes pas; tu m'effrayais, car, ma chère, il est marié.

Pauline.

Tiens, il est marié! pourquoi cache-t-il cela ! (A part.) Marié ! ce serait infâme, je le lui demanderai ce soir, je lui ferai le signal dont nous sommes convenus.

gertrude , à part.

Pas une fibre n'a tressailli dans sa figure ! Godard s'est trompé, ou cette enfant serait aussi forte que moi... (Haut.) Qu'as-tu mon ange?

PAULINE

Oh! rien.

gertrude, Ini mettant la main dans le dos. Tu as chaud! là, vois-tu? (A part.) Elle l'aime, c'est sûr... Mais lui , l'aime-t-il? Oh! je suis dans l'enfer.

Je me serai trop appliquée à l'ouvrage! Et vous, qu'avez-vous?

gertrude.

Rien ! Tu me demandais pourquoi Ferdinand cache son mariage.

PAULINE

Ah! oui!

gertrude, à part.

Voyons si elle sait le secret de son nom. (Haut.) Parce que sa femme est très-indiscrète et qu'elle l'aurait compromis... Je ne puis t'en dire davantage.

PAULINE

Compromis! Et pourquoi compromis?

gertrude, se levant.

Si elle l'aime, elle a un caractère de, fer ! Mais où se seraientils vus? Je ne la quitte pas le jour, Champagne le voit à tout heure à la fabrique... Non , c'est absurde... Si elle l'aime, elle l'aime à elle seule , comme font toutes les jeunes tilles qui commencent à aimer un homme sans qu'il s'en aperçoive ; mais s'ils sont d'intelligence, je l'ai frappée trop droit au cœur JDOur qu'elle ne lui parle pas, ne fût-ce que des yeux. Oh! je ne les perdrai pas de vue.

GODARD

Nous avons gagné, monsieur Ferdinand, a merveille! (Ferdinand quitte le jeu et se dirige vers Gertrude.) Pauline, à part.

Je ne croyais pas qu'on pût souffrir autant, sans mourir.

Ferdinand, à Gertrude.

Madame, c'est à vous à me remplacer.

GERTRUDE. . . ,

Pauline, prends ma place. (A part.) Je ne puis pas lui dire qu'il aime Pauline, ce serait lui en donner l'idée. Que faire? (A Ferdinand.) Elle m'a tout avoué.

FERDINAND

Quoi!

GERTRUDE

Mais tout !

FERDINAND

Je ne comprends pas... Mademoiselle de Grandchamp?...

GERTRUDE

Oui.

FERDINAND

Eh bien ! qu'a-t-elle fait?

GERTRUDE

Vous ne m'avez pas trahie ! Vous n'êtes pas d'intelligence pour me tuer.

FERDINAND

Vous tuer? Elle!... Moi?

# GERTRUDE

Serais-je la victime d'une plaisanterie de Godard?...

FERDINAND

Gertrude... Vous êtes folle.

Page 1