ACTE I, SCE>E III
LE GÉNÉRAL
Pour ne pas mourir comme un assassin sur l'échafaud.
Ah ! bon Dieu !
LE GÉNÉRAL
Si j'avais rencontré un de ces traîtres , je lui aurais fait son affaire. Encore aujourd'hui , après bientôt quinze ans, tout mon sang bout dans mes veines si, par hasard, je lis leurs noms dans le journal ou si quelqu'un les prononce devant moi. Enfin, si je me trouvais avec l'un d'eux, rien ne m'empêcherait de lui sauter à la gorge, de le déchirer, de l'étouffer...
GODARD
Vous auriez raison. [A part.) Faut dire comme lui.
LE GÉNÉRAL
Oui, monsieur, jel'étoufferais!... Et si mon gendre tourmentait ma chère enfant, ce serait de même.
GODARD
Ah!
LE GÉNÉRAL
Oh ! je ne veux pas qu'il se laisse mener par elle. Un homme doit être le roi dans son ménage, comme moi ici. godard, à part.
Pauvre homme! comme il s'abuse !
LE GÉNÉRAL
Vous dites ?
GODARD
Je dis, général, que votre menace ne m'effraye pas! Quand on ne se donne qu'une femme a aimer, elle est joliment aimée.
LE GÉNÉRAL
Très-bien, mon cher Godard. Quant à la dot...
Oh!
LE GÉNÉRAL
Quant à la dot de ma fille, elle se compose...
GODARD
Elle se compose...
LE GÉNÉRAL
De la fortune de sa mère et de la succession de son oncle Boncœur... C'est intact, et je renonce à tous mes droits. Cela fait alors 350,000 fraucs et uu an d'intérêts , car Pauline a vingt-deux ans.
GODARD
367,500 francs.
LE GÉNÉRAL
Non.
Comment, non?
Plus!
Plus?...
GODARD
LE GÉNÉRAL
GODARD
400,000 francs. (Mouvement de Godard.) Je donne la différence ! Mais après moi, vous ne trouverez plus rien vous
comprenez?
GODARD
Je ne comprends pas.
LE GÉNÉRAL
J'adore le petit Napoléon.
GODARD
Le petit duc de Reichstadt?
LE GÉNÉRAL
Non, mon fils, qu'ils n'oni. voulu baptiser que sous le nom de Léon; mais j'ai écrit là (il se frappe sur le cœur) Napoléon!... Donc, j'amasse le plus que je peux pour lui, pour sa mère. godard, à part.
Surtout pour sa mère, qui est une fine mouche,
LE GÉNÉRAL
Dites donc ?... si ça ne vous convient pas, il faut le dire.
godard, à part.
Ça fera des procès. (Haut.) Au contraire , je vous y aiderai , général.
LE GÉNÉRAL
A la bonne heure! voilà pourquoi , mon cher Godard...
GODARD
De Rimonville.
Godard, j'aime mieux Godard. Voilà pourquoi, après avoir commandé les grenadiers de la jeune garde, moi, général, comte de Grandchamp, j'habille leurs pousse-cailloux.
GODARD
C'est très-naturel ! Economisez, général , votre veuve ne doit pas rester sans fortune.
LE GÉNÉRAL
Un ange, Godard.
GODARD
De Rimonville.
LE GÉNÉRAL
Godard, un ange à qui vous devez l'éducation de votre future; elle l'a faite à son image. Pauline est une perle, un bijou; ça n'a pas quitté la maison, c'est pur, innocent, comme dans le berceau.