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rive. L'iiomnie d'alVaires officiel de la famille était l'avucat Grangeret.
Dans la correspondance échangée à propos de leurs atïaires d'intérêt, on trouve à chaque pas des appréciations flatteuses pour la mémoire de la grande modiste. En I8I/1, Charlemagne Bertin écrit au juge de paix d'Âbbeville, M. Lefebvre, au sujet du baron Duplouy : « Je n'ai pas besoin de vous répéter ici les services que Mlle Bertin a rendus à cette famille et le noble dévouement qu'elle a toujours mis dans toutes les circonstances où elle a pu leur être utile. » Allusion aux complaisances, pour ne pas dire plus, que Rose avait eues pour eux au temps où ils étaient émigrés en Angleterre et vivaient fort gênés à Canterbury.
Une pièce datée de 1816 donne sur Rose et sa famille les renseignements les plus élogieux :
« La Loi
<. Paris, le 26 juillet an ISK».
« Le juge de paix du 10" arrondissement de Paris à M. le comte de Lieautaud.
(( Monsieur le Comte,
« La demoiselle Bertin, sur laquelle vous m'avez fait demander, et sur sa famille, des instructions, excite mon intérêt.
« La demoiselle Bertin était marchande de modes de la Reine et de toute la famille royale; elle avait su mériter leur estime et même Tamitié par son esprit et l'existence qu'elle tenait dans le monde. A l'instant de la Révolution, il lui était dû, tant à Paris et à la Cour et
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dans les Puissances plus de 1.500.000 francs. Elle avait plusieurs belles maisons à Paris et à la campagne. 11 lui était dû en Russie plus de 300.000 IVaiics et je Tai vue souvent à diner avec le {)rince Kourakin, ambassadeur de Russie, et les[)rincesses de celte nation qui l'aimaient et venaient diner avec elle à sa campagne, où j'ai la mienne.
« Mlle Bertin était douée d'un esprit rare et d'un talent en tout au-dessus du vulgaire ; on la regardait comme une femme extraordinaire : elle aimait et idolâtrait la famille royale et toute la Cour, et ses magasins leur étaient journellement ouverts.
« Mlle Bertin fut la bienfaitrice de toute sa famille composée de deux neveux et nièces qui ont formé quatre tètes à son décès et qui ont recueilli' sa succession, étant décédée en J81Zi sans tester.
« La première de ses deux nièces est décédée en laissant, de son mariage avec un négociant, une fille qui a épousé M. Petit d'Aulrive, avocat, et un fils capitaine et chevalier de l'ordre royal de la Légion d'honneur, qui forment une tête.
« La seconde nièce, mariée h M. Chasseriaux, propriétaire de terres, dont le château est près de Sézanne-en-Brie. Elle est décédée ne laissant qu'un fils mineur, lieutenant et chevalier d'honneur, comme son cousin ; a dix-neuf ans. Deuxième tète.
« Le premier des neveux s'est marié ; il est propriétaire et demeure à Épinay. Il a deux garçons ; l'un se présente pour être garde du corps : a di.x-huit à dix-neuf ans, doux, bien élevé et d'une conduite exemplaire; il a un frère qui promet aussi. Troisième tète.
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« Le second neveu est aussi propriétaire, marié avec quatre filles. Quatrième têle.
c< Cette famille s'est toujours bien conduite.
« Le père de l'aspirant au corps des gardes du corps est infirme et ne peut qu'aller en voiture ; il est doué d'un esprit naturel et d'un bon esprit naturel {sic), et surtout un fort honnête homme. Sa fortune lui permet de soutenir son fils au service.
« Enfin, Mlle Berlin étant émigrée a rendu les plus grands services aux émigrés avec son argent, son esprit, son amabilité et le crédit qu'elle s'était acquis chez l'étranger, notamment en Angleterre, où elle avait placé des fonds.
« Louis XVIII, en arrivant en I8t/i, ainsi que la famille royale, ont demandé de ses nouvelles et, ayant appris qu'elle était morte depuis six mois, lui ont donné publiquement des regrets.
« Je vous donne. Monsieur le comte, avec plaisir ces détails en faveur de cette femme célèbre dans son genre, qui fut mon amie jusqu'à sa mort, et dont j'honorais l'esprit, les talents et surtout une loyauté que justifiait sa belle âme et sa bienfaisance.
« J'ai l'honneur d'être, avec un respectueux attachement,
« Monsieur le comte, (' Votre très humble et très dévoué serviteur.
« Godard.
<- Rue de l'Université, nM 1 , « Hôtel de Luynes. »
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D'après ce qu'ont raconté des contemporains de Mlle Bcrtin, ses héritiers n'auraient pu exercer aucune rc'pétition contre la liste civile, parce que Rose, par dévouement pour Marie-Antoinette, aurait anéanti ses livres, afin de ne pas laisser de traces des sommes qui lui étaient dues par la reine, et dont le chitïre élevé aurait pu constituer une charge de plus contre elle.
Or, les mémoires étaient produits et aux mains du citoyen Henry. Il n'y avait donc rien à cacher. Quant aux héritiers, ils poursuivirent par tous les moyens possibles le recouvrement des sommes dues par la succession de la Reine, et s'adressèrent pour cela à la duchesse d'Angoulème.
Grangeret, leur avocat, transmettait ainsi à Guillaume, chef au ministère de la maison du Roi, la lettre reçue, à ce propos, par Charlemagne Berlin :
« La dernière réponse de Madame la Dauphine à la dernière demande qui lui a été faite, est du 6 décembre 1824 et est ainsi conçue :
« Le secrétaire des commandements et trésorier général de Son Altesse Royale Madame la Dauphine à M. Berlin.
« Monsieur,
« Son Altesse Royale Madame la Dauphine a pris connaissance du placel que vous lui avez adressé le 25 du mois dernier. J'ai l'honneur de vous informer que, d'après ses ordres, je viens d'en faire le renvoyé à Mgr le Ministre de la maison du Roi.
(( C'est maintenant dans les bureaux de Son Excel-
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lence que vous devez, Monsiour, vous adresser pour connaître le résultat de votre demande.
« Signé : Th. Cliarlet. »
Le 11 septembre 1828 les héritiers Berlin adressèrent une pétition au Ministre de la Maison du Roi, et le premier octobre 1829 en firent parvenir une autre entre les mains du baron de la Bouillerie, Intendant général de la Maison du Roi.
Ils stipulaient notamment que, dans les sommes dues par la famille royale, se trouvait, à l'origine 3.01(3 livres, prix do fournitures livrées au comte d'Artois, devenu depuis roi de France.
Les événements de 1830 interrompirent les démarches de Grangeret. Le Ministre de la Maison du Roi n'avait pas mis, il est vrai, beaucoup de diligence à répondre aux demandes des héritiers de Mlle Berlin. Le gouvernement de la Restauration était assailli de requêtes, autrement pressantes, de la part des ci-devant émigrés, dont la Révolution avait vendu les biens, pour attacher une grande importance à des dettes contractées vis-à-vis d'une personne, décédée sans postérité. Et, bien que Grangeret allât, disant partout que les héritiers Berlin étaient « dans une malheureuse situation, » on savait bien, par les rapports qui avaient été produits, qu'au contraire ils étaient, pour la plupart, dans une position sinon brillante, du moins fort convenable.
A rétranger, Grangeret obtenait un peu plus de succès, et, comme il l'écrivait en 1818 au comte de Sau- Martin, grand maître de la maison de Charles IV, ancien roi d'Espagne, en réclamant A. 500 francs qui étaient
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dus par la reine d'Espagne depuis son passage à Compiègne en 1808, rimpératrice de Russie venait de faire payer 20.000 francs dus dopiiis 30 ans. f/Impératrice lie Russie ne faisait point, à son profit, l'application de la prescription des dettes par dix ans, admise par la législation russe. Elle avait loyalement reconnu sa dette et payait. En même temps elle réglait le prix d'un <* scliall de dentelle » qui lui avait été fourni en 1799 par Rose Bertin et qui était de 960 livres.
Ce renseignement, pris dans les dossiers même de Grangeret, infirme ce qu'il avance lorsqu'il écrit au marquis de Boisgelin : « La demoiselle Bertin fut obligée de quitter la T'rance en 1792, et ne revint qu'en 1813, » et, au capitaine adjudant-major de Caradeus, qu'elle avait passé vingt-cinq ans à l'étranger.
Il est certain également qu'il y avait un certain désordre dans les écritures, et il nous semble que nous devons admettre pour exacte l'affirmation de la comtesse de Laage, ancienne dame de la princesse de Lamballe, lorsqu'elle écrit le 9 juillet 1820 : « J'ai payé toutes mes dettes huit jours avant mon émigration, et notamment Mlle Bertin. » Elle avait, en eftet, reçu une réclamation de Grangeret relative à des commandes eifectuées du 10 août 1787 au 25 juillet 1791 ; et elle ajoutait : « Je trouvais cette demande si extraordinaire que j'attendais à y répondre plus notoirement et publiquement, n'entendant parler de tous côtés, que des demandes non fondées des héritiers de Mlle Bertin, 'que j'ai beaucoup revue depuis sa rentrée en France, et qui me remerciait chaque fois de l'avoir payée. »
Il est possible qu'en la période de fièvre, d'inquié-
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tildes, de troubles qui précéda son départ pour TAngleterre, Rose Berlin ait encaissé certaines sommes sans apurer ses livres de caisse. Martincourt, reprenant ces livres pour produire à la liquidation des biens des émigrés, fit naturellement un relevé intégral de toutes les créances, et son relevé devint pourGrangeret, plusieurs années après, un titre sur lequel il appuyait ses l'éclamations.
Ce ne fut que plusieurs années après sa mort que parurent les Mémoires de Mlle Bertin. L'édition de 182/i est annoncée, l'année même, par le Journal de r Imprimerie et de la Librairie, numéro du 30 octobre, sous ce titre : Mémoires de Mlle Bertin sur la Reine Marie- Antoinette, avec des notes et éclaircissements. Cet ouvrage était publié chez Bossange frères et déjà, dans le susdit journal, mentionné sur les tables comme Taux. Le but principal de cet écrit paraît être d'avoir tenté de justifier Marie-Antoinette des torts qui lui avaient été imputés, surtout à propos de l'affaire du collier. En tous cas, il nous semble évident que toutes les anecdotes concernant la modiste de la Reine ont été recueillies par l'auteur dans les gazettes et les mémoires du temps et peut-être même de la bouche même de Mlle Bertin. Leur authenticité seule pouvait permettre à l'auteur de faire passer, sans réplique et sans réclamations, ce qu'il avance au sujet de la cause qu'il défend.
Or, l'auteur anonyme qui avait pris pour déguisement le cotillon de Mlle Bertin, fut obligé de se démasquer.
En eftet, les Mémoires avaient à peine été lancés dans
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lo public, quola famille de Mlle Hortin l'éclamait contre leur authenticité par une lettre adressée à la Semaine, journal littéraire qui la publia. Certains journaux, en effet, notamment la Gazette de France du 29 novembre 1824 sous la signature de Colnet, avaient donne l'analyse et la critique de Touvi'age et fait à ces mémoires, qu'ils présentaient comme authentiques, une réclame relenlissante. Dans le Globe du 11 novembre avait paru celle de Sainte-Beuve, qui a été réimprimée depuis par M. Jules Troubat dans le tome 1 dos Premiers lundis (l87/i) : elle n'était pas trop bienveillante; point faite pour activer la vente de Bossange frères, éditeurs. On en jugera :
« Que les hommes qui vivent dans une révolution, et qui en sont ou spectateurs éclairés ou acteurs principaux, lèguent à la postérité le dépôt fidèle de leurs souvenirs, c'est un devoir que nous réclamons d'eux ; que ceux même qui, dans une situation secondaire, n'ont vu qu'un coin du vaste tableau et n'en ont observé que quelques scènes, nous apportent leur petit tribut de révélations, il sera encore reçu avec bienveillance; et si surtout l'auteur nous peint l'intérieur d'une cour dans un temps où les alTaires publiques n'étaient guère que des affaires privées, s'il nous montre au naturel d'augustes personnages dans cette transition cruelle de l'extrême fortune à l'extrême misère, notre curiosité avide pardonnera, agrandira les moindres détails; impunément l'auteur nous entretiendra de lui, pourvu qu'il nous parle des autres ; à la faveur d'un mot heureux, on passera cà Mme Cami)an tous les riens de l'antichambre et du boudoir; mais que s'en vienne à nous
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d'un pas délibéré, force rubans et papiers à la main Mlle Rose Bertin, modiste de la Reine, enseigne du Trait galant, adressant ses Mémoires aux siècles à venir, la gravité du lecteur n'y tiendra pas; et pour mon compte je suis tenté d'abord de demander le montant du mémoire.
<( Ce livre est pauvre de faits : malgré son assiduité à la toilette, T auteur n'y paraît que peu instruite des affaires de la cour; elle nous transmet çà et là des mots échappés à sa maîtresse; elle la justifie d'avoir surnommé la duchesse de Noailles Madame de r Etiquette, -et d'avoir appelé des médailles, les femmes qui avaient atteint leur cinquième lustre. Une fois seulement Mlle Rose nous apprend que l'espèce de brouillerie qui divisait la Reine et les tantes du Roi se rattachait à la politique; Mme Adélaïde tenait pour M. de Maurepas, et la Reine pour M. de Choiseul, inde irx; on sent qu'un pared temps est déjà loin de nous. LWftaire du collier fait la principale partie du livre; Tauteur était instruite de quelques particularités qui peuvent donner du poids à son témoignage : aussi par moment le ton y devient comme solennel, et c'est là que se trouve l'invocation aux siècles à venir. On doit pourtant y louer un attachement au malheur et le soin d'y venger la mémoire d'une Reine calomniée...
« ... Mlle Bertin ... n'est pas toujours heureuse dans ses justifications. Par exemple, le comte de Charolais s'amusait, comme on sait, par manière de passe-temps, à tirer sur les couvreurs pour les précipiter des toits : ce n'était là, selon elle, qu'un effet du sang qui fermentait avec violence; ces moments passés, personne
n'était d'une probité plus intacte. Elle est plus sévère contre le duc de Chartres, depuis le monstre Égalité; aussi elle lui refuse ses faveurs, bien que cette contidence n'importe guère à l'histoire du dix-huitième siècle. Il y a aussi peu d'importance, quoique plus de grtâce, dans son récit de la Bohémienne. Cette femme lui avait prédit à Amiens, dans son enfance, qu'elle deviendrait une grande dame, et qu'on lui porterait la robe à la Cour...
« Une autre fois qu'elle allait aussi chez la Reine, c'était dans des jours moins heureux, la princesse lui dit : « J'ai rêvé de vous cette nuit, ma chère Rose; il me semblait que vous m'apportiez une quantité de rubans de toutes couleurs, et que j'en choisissais plusieurs; mais dès qu'ils se trouvaient dans mes mains, ils devenaient noirs. »
« L'éditeur a compris qu'il n'y avait pas là de quoi faire un volume : il a donc grossi le sien de notes sur le comte de Charolais, le duc d'Orléans, MM. de Choiseul et de Maurepas, qui ne se rattachent aucunement au texte; ils sont à peine nommés dans l'ouvrage, et voilà qu'on nous donne en notes toute leur vie privée et publique... On a trouvé moyen d'y insérer un écrit de M. Garât sur la prétendue conspiration d'Orléans, tout loin qu'il y ait de là au livre de Mlle Rose... »
C'est entendu. Il y avait là-dessous une afl'aire de librairie organisée entre les éditeurs et le sieur Peuchet, mais ce fut une affaire manquée.
Quant à l'opinion émise par Sainte-Beuve, elle est discutable. S'il n'attache que peu d'importance à Mlle Bertin, c'est qu'il oublie que de petites causes ont souvent