‹ La marchande de plaisirsChapitre 9 sur 35 · UN FICHU DEJEUNER · texte numérisé non relu

UN FICHU DEJEUNER

Il est dix heures du matin.

ün domestique en grande livrée achève de dresser les deux seuls couverts d’un friand repas.

Meinherr Knipp gesticule sur le seuil de l’atelier, et crie de plus fort en plus fort par la porte entr’ouverte :

— Monsieur... le déjeuner est servi... monsieur...

Pas de réponse.

— Le déjeuner... monsieur... le déjeu...

Horace balbutie enfin quelques mots que l’on entend à peine.

— Hein... plaît-il... vous ne déjeunez pas?... Mais, monsieur... Très-bien... Vous voulez rester à votre grand tableau? Très-bien... je déjeunerai tout seul, hélas 1...

Puis, se tournant vers le laquais :

— Qu’avons-nous ce matin, maraud?... jeta-t-il du haut de sa grandeur avec des airs à la don César de Bazan.

Le porte-livrée s’écarta respectueusement, et maître Knipp fit le tour de la table en passant tous les plats en revue dans ces termes à peu près :

— Hors-d’œuvre appétissant... Filet de chamois... Bisque d’écrevisses... Perdreaux truffés... Porc aux pruneaux... Côtelettes à la marmelade... Artichauts à la barigoule... Salade à la chipolata... Dessert varié... etc.,

etc... Pj*s mal, mon cher... je suis content. Pas mal... Vous pouvez me laisser à mes pénibles travaux... Allez!...

Sur ce, le domestique disparut, et maître Knipp s’assit magistralement pour commencer l’attaque.

— En effet, disait-il en se pourléchant de temps à autre les lèvres, en effet, le signor Horace a religieusement tenu sa parole, et voici la principale de mes fonctions auprès de lui !... Mais j’ai tellement pris en affection mon maître, ou plutôt mon ami que, me fallût-il vivre de racines, et même travailler quelque peu plus sérieusement, je me résignerais de grand cœur à toutes les tristesses plutôt que de le quitter désormais !... (Hum ! hum ! quelques anchois ne feraient point mal maintenant pour achever de me mettre en appétit.) A vrai dire, néanmoins, la vie n’est pas céans des plus gaies, etjem’ennuieraisfort sans mes nocturnes maraudages chez Roschen. Sous le fallacieux prétexte de ménager une surprise à son grand-duc, ce vieux cynique de chambellan nous claquemure toute la journée dans cette villa champêtre, où nul n’est admis hors le bonhomme Fabritzius et sa fille... Sa fille... Eh! eh! eh!... (Venez à moi, filets mignons!) Pas de plaintes cependant, maître Knipp... Tu gagnes plus que tu ne perds à cette séquestration monacale... Car ton excellent ami Spadator est bel et bien hors des verrous, et quoiqu’on le prétende de l’autre côté de la frontière, mieux vaudrait encore le savoir pendu. Espérons que cela ne tardera pas!... Et, en attendant, dodus perdreaux, je vous attaque, tout en me réservant pour toi, friande chipolata, que je . garde pour la bonne bouche!...

En ce moment, on frappa tout à coup.

— Entrez!... fit le gourmand sans se déranger.

Puis, avec un saint enthousiasme :

— Le superbe repas que je vais faire!... Oh!... le superbe... le superbe... le superbe déjeuner!...

On frappa une seconde fois.

— Entrez donc ! '

St

La porte s’ouvrit.

C’était une sorte de grand mendiant à la Callot, avec le feutre éploré, la souquenille multicolore, les bas en spirale et la guenille à l’épaule.

— Sans doute un vieux modèle, pensa le rapin ; la belle barbe blanche !

— Pardon!... gémissait déjà l’importun d’une voix traînarde, pardon, mon doux seigneur!...

— Nous n’avons nul besoin de vos services, mon brave homme!... interrompit impertinemment le gastronome. Bien le bonjour...

— Quel malheur ! poursuivit le bohémien en s’avançant au lieu de se retirer. Laissez-moi voir du moins votre maître... On le dit généreux et...

— Plus tard... un autre jour... Allez-vous-en, allezvous-en donc!...

Le mendiant s’avançait toujours, et finit bientôt par se laisser tomber sur un siège voisin de la table.

— Eh bien? disait Knipp... Eh bien, que faites-vous donc?... Qu’avez-vous?

— La fatigue... la soif... la faim!... répondit l’étranger.

— La faim!... se récria l’amoureux de Roschen. Quelle affreuse maladie! Tenez... tenez!... mon brave homme ; prenez-moi cette vaste miche, et couronnez-la de cette croûte de fromage.

Knipp lui tendait en même temps l'assiette de dessert d’une main, le morceau de pain de l’autre.

— Merci... merci!... répliqua le vieillard, mais en attirant un tout autre plat vers lui, car le rapin se prit à ricaner aussitôt avec une sorte d’effroi :

— Pardon... pardon... ce sont mes filets de chamois... Vous vous trompez, mon brave homme!

— C’est juste ! ricana pareillement l’humble vieillard, en lâchant la première assiette pour en saisir inopinément une seconde.

Mais une seconde qui devait horripiler bien davan-

tage encore maître Knipp, car il bondit vers l’étrange convive en se récriant avec terreur :

— Hein... mon perdreau!

Loin de s’excuser le moins du monde, le mendiant au contraire lui tourna le dos, posa le plat sur ses genoux et y piqua outrecuidamment une fourchette.

— Mon perdreau ! poursuivait Knipp exaspéré. C’est un perdreau!...

— Truffé!... répondit l’imperturbable bohémien, mais cette fois avec un organe sonore, et tout en flairant le rôti d’une voluptueuse narine. Truffé!... oui... parfait!... Bien obligé, mon brave ami!...

— Grand Dieu!... cette voix !... frissonna tout à coup le rapin ni plus ni moins pétrifié qu’à l’aspect de la tête de Méduse.

Ce qui permit à l’inconnu de redresser sa haute taille, d’arracher sa fausse barbe, de prendre Knipp par l’oreille, et les yeux dans les yeux, de lui dire avec une infernale ironie :

— Tu ne te souviens donc plus, mon excellent ami, que j’adore les truffes dans la volaille.

— C’est lui!... râlait le rapin en chancelant à reculons vers la table. C’est Spadator... Je m’évanouis...

— Dans une salade à la chipolata ! se récria Spadator à son tour. Non pas, s’il te plait, non pas!

Il le releva toujours par l’oreille, il l’envoya trébucher à quelques pas de la table ; il s’y assit lestement à la place du pauvre diable, et lui jetant une servietteau nez :

— Sers-moi ! commanda-t-il royalement.

— Mais... voulut observer le rapin devenu non moins blanc que la serviette qu’il tenait déjà sous son bras.

— Hein !... gronda le bandit en aiguisant le grand couteau à découper avec un si redoutable regard, que Knipp se radoucit aussitôt et balbutia d’un air gracieux :

~ Avec plaisir... Voilà, voilà, capitaine!

— A la bonne heure ! fit Spadator en se mettant immédiatement en besogne.

— Brigand ! pensait Knipp transformé en garçon restaurateur. Brigand... il profite de ce que j’ai peur de lui... il abuse de son influence. Bandit, val

— A boire ! interrompit l’affamé sacripant. A boire et du meilleur!

Knipp versa.

— A ta santé ! dit Spadator.

Et il but.

Puis après :

— Il est bon... Encore!

Knipp remplit une seconde fois son propre verre, que pour la seconde fois Spadator vida rubis sur l’ongle.

— Très-bon... Toujours!

— Du si fameux vin ! gémissait intérieurement Knipp après avoir de nouveau servi de Ganymède au voleur.

Mais alors, et toujours fidèle à sa philosophique façon de prendre toutes choses, notre rapin se détourna peu à peu, en clignant de l’œil, et se mit friponnement à boire à même la bouteille.

Quelques minutes s’écoulèrent en silence.

Minutes fort bien employées par Spadator... minutes fort tristes, hélas ! pour Knipp.

— C’est qu’il ne m’invite même pas à partager mon déjeuner! grommelait-il entre les dents. C’est qu’il va le dévorer à lui tout seul... ogre!

Le coquin avait, en effet, rabelaisiennement débuté; mais il ne tarda pas à sentir la fantaisie d’une halte, et se tournant à demi vers le rapin :

— Ah ça!... fit-il en s’essuyant la moustache... Ah ça... nous avions donc fait fourrer dedans ce pauvre capitaine Spadator?... Ce qui depuis deux mois a suspendu toutes ses affaires politiques et autres.

— Capitaine... je...

— Je sais tout... et je vois avec plaisir que cela fie nous a pas empêché de faire les nôtres...

— Mais... mais... bêla le pauvre mouton en tâchant de s’éloigner hors de la portée du loup.

Inutile tentative... hélas !

Le loup l’agrippa par la basque de son habit, et de l’autre main frappant sur son gousset :

— Le nid, patelina-t-il, est tout plein d’oisillons?

— Oh! voulut esquiver légèrement le rapin...

— Que dis-je! amplifia goguenardement le bandit. C’est pardieu bien toute une couvée de la poule aux œufs d’or.

En même temps, tous les œufs les uns après les autres changèrent de nid, ou plutôt de gousset.

— Sauvons du moins celui de Nuremberg ! pensa Knipp en cherchant à dissimuler, mais en vain, les malencontreuses breloques qui lui caressaient l'abdomen.

Déjà l’œil alerte dp bandit les avait aperçues, il demandait déjà :

— Quelle heure est-il, mon bon ?

— Elle avance, capitaine!... s’empressa de répondre le dévalisé. Elle avance... et...

— Je la ferai remettre à l'heure, interrompit bonnassement le dévaliseur.

Et il empocha la montre.

Puis, comme si ces quelques hors-d’œuvre eussent renouvelé son appétit, il retourna de plus belle au festin.

A cette vue, Knipp ne put y tenir davantage.

— C’est qu’il ne me laissera rien, s’écria-t-il avec désespoir, absolument rien!...

— Estime-toi fort heureux, répliqua gravement Spadator, que je te laisse les deux oreilles !...

— Capitaine...

— Et je ne m’y décide encore qu’à une condition...

— Laquelle?...

— C’est que tu vas me donner à l’instant... sur ton maître... quelques détails dont j’ai besoin...

— Pourquoi?...

— Ça ne te regarde pas...

EK

— Mais...

— Réponds!...

Depuis quelques secondes, depuis qu’il s’agissait de l’artiste, le rapin se redressait peu à peu, le rapin s’enhardissait jusqu’à fixer l’œil du bandit, le rapin semblait devenir un tout autre homme.

— Oh!... gronda-t-il au lieu de répondre. Oh!... ce ne peut être que dans une mauvaise intention que vous m’interrogez... dans une mauvaise intention contre mon maître !...

— Je te demande des renseignements et non pas des conjectures!... fit Spadator avec sa plus formidable grimace. Répondras-tu?...

— Non!... s’écria Knipp en éclatant à la fin. Non...

Et résolu, fier, presque brave, il poursuivit avec chaleur :

— Cent fois non!... Vous pouvez me prendre mon déjeuner... vous pouvez me prendre mon argent... vous pouvez me prendre ma montre... vous pouvez me couper tout ce qu’il vous plaira... Mais me faire trahir celui qui m’a sauvé... celui qui m’a recueilli... celui qui m’aime et que j’aime!... Jamais... jamais... non... non... jamais!...

D’abord tout étonné de cette soudaine révolte, Spadator avait gardé le silence et froncé le sourcil. Mais la belliqueuse tirade du poltron lui donna tout le loisir de la réflexion, et ce fut d’un ton presque jovial qu’il y répliqua :

— Imbécile!... je ne souhaite rien autre chose que savoir son nom, son pays... surtout voir son visage...

Le rapin se sentait à bout de bravoure, et fut enchanté de cette amicale composition,* qui lui permettait de sortir de la forteresse de son dévouement avec les honneurs de la guerre.

— En ce cas, reprit-il donc, c’est autre chose. Nous sommes un homme d’honneur et de génie qui ne redoutons nullement de briller en plein soleil... Nous sommes Français... nous nous appelons Horace...

Au nom du pays comme au nom de l’homme, un éclair de satisfaction avait passé dans les regards de Spadator.

— Enfin... conclut Knipp... enfin, quant au visage... tenez... justement le voici!...

Horace apparaissait en effet sur le seuil.

Spadator remit aussitôt sa vénérable barbe, balbutia quelques humbles excuses et se retira presque aussitôt, mais en murmurant tout bas avec une féroce cupidité :

— C’est lui... c’est bien lui!...

COMME QUOI L’ON AVOUE SOUVENT A AUTRUI CE QUE L’ON NE S’AVOUE PAS A SOI-MÈME.

— Pourquoi donc avoir mal accueilli ce pauvre homme?... demanda l’artiste sitôt qu’il se retrouva seul avec le rapin.

— Ce pauvre homme!... s’écria Knipp avec une débordante rage. Ce pauvre homme, monsieur, mais c’est mon persécuteur... mais c’est mon bourreau... c’est mon sacripant... c’est Spadator!

— Que venait-il faire ici ?...

— Il venait dévorer mon déjeuner... monsieur...

— Vraiment!...

— Puis, m’adresser sur vous une foule de questions... s’enquérir de votre état, de votre pays, de votre nom...

— Et tu lui as dit...

— Pourquoi point?...

— Malheureux!... fit Horace avec un soudain effroi. Ne sais-tu donc pas qu’à Ve nise, dans cette nuit fatale... en apprenant tout d’un coup que j’aimais la Dogaresse... égaré par la colète et par le désespoir... j’ai frappé le doge d’un coup de poignard!...

— Bah!... répliqua Knipp en essayant un sourire. Bah!... monsieur... les doges ont la vie dure... d’ailleurs, nous ne sommes pas à Venise ici... Nous sommes en Allemagne...

— En Allemagne!... répéta mélancoliquement l’artiste en se laissant tomber sur un siège. En Allemagne...

— Mein Goth!... fit ironiquement le rapin. Mein Gôth, quel soupir en l’honneur de mon pays!... S’adresse-t-il aux Allemands, monsieur... ou n’irait-il pas plutôt à l’adresse des Allemandes?...

— Monsieur Knipp, répondit Horace sur deux tons bien différents, je vous ai défendu ou plutôt je t’ai prié déjà... de ne plus plaisanter à propos de ma sainte affection pour Edwige !...

— Ce n’est donc plus une comédie... vous l’aimez donc réellement?... s’empressa de demander Knipp en se pelotonnant aux pieds de son maître...

— Une comédie !...

— Elle serait en tout cas bien jouée... car maître Fabritzius a pour vous une tendresse... oh!... mais... là... une vraie tendresse allemande!... Et de son côté, mademoiselle Edwige... Eh!... eh!... comme dit monseigneur le chambellan... si vous le vouliez bien... nous pourrions danser à la noce avant huit jours !...

— Moi... l’épouser!... fit douloureusement Horace. Moi... unir à cette âme virginale mon âme dévastée par les plus mauvaises passions !... Moi... placer dans cette main pleine d’innocence ma main teinte d’un sang presque royal!... Moi... et elle!... ce serait infâme!... jamais!... Oh!... si je n’étais le seul rempart possible entre elle et le chambellan... si ma disparition ne devait pas la laisser sans défense à la merci de ce misérable... il y a déjà longtemps que je me serais éloigné sans retour... Souvent je le veux... souvent je me dis :

« Provoquons cet homme... tuons-le... puis fuyons! » Parfois même, je jette le manteau de voyage sur mon épaule... je prends mon épée... je cours jusqu’à la porte de cette villa... je tourne mes regards vers la maison qu’elle habite, afin de lui envoyer à travers l’espace un invisible adieu!... Puis... puis, tout à coup, le corps brisé, le cœur palpitant, les yeux gonflés de larmes... je m’arrête... je tombe agenouillé sur le seuil... et sans

savoir pourquoi, je me mets à pleurer comme un enfant!...

L’artiste disait vrai; en achevant cette confidentielle élégie, il éclata en sanglots.

— Voyons!... câlina vivement le rapin, voyons, ne vous affligez pas comme ça?... Tenez... monsieur... tenez!... voilà que je pleure aussi... Pardon... pardon, monsieur, de vous avoir fait de la peine!...

Knipp ne mentait pas non plus, il avait bien réellement la larme à l’œil.

— Ne me parle plus d’elle!... conclut Horace avec l’accent de la prière... n’en parlons jamais... tu m’entends bien... jamais !...

— Jamais!... promit solennellement le rapin... au grand jamais... C’est bien convenu, monsieur!...

En ce moment, midi sonna.

— O mon Dieu!... reprit Horace en changeant d’accent et de visage. Midi déjà...

Et, montrant la table encore encombrée des débris du festin de Spadator :

— Midi... ajouta-t-il avec une impatience presque - joyeuse... et tout ce désordre encore... midi...

— Eh bien?... fit Knipp étonné, eh bien, monsieur?...

— Eh bien!... se vit contraint d’avouer l’artiste avec un léger embarras, n’esl-ce pas l’heure habituelle où vient... où vient... Eh! mon Dieu... tu le sais aussi bien que moi... où vient tous les jours me voir maître Fabritzius...

— Et sa fille Edwige... ajouta tout bas Knipp aven une malicieuse grimace... C’est convenu... nous n’en parlons plus... mais nous y pensons toujours!...

— Mais range donc un peu!... piétinait durant cet à parte le signor Horace.

— A l’instant, monsieur!...

Et, étendant le bras, mais sans se déranger le moins du monde, il saisit sur la table une sonnette, l’agita vertement, et jura d’un ton superbe.

— Range!... jeta-t-il au laquais qui venait de rentrer en toute hâte. Range donc, maraud !...

Le laquais eut promptement fait disparaître jusqu’aux dernières traces du déjeuner.

Durant tous ces détails domestiques, Horace était allé silencieusement s’accouder sur le marbre de la cheminée, et face à face avec la glace, il avait tristement murmuré :

— L’oeil creux... le visage pâle... déjà des rides au front... déjà des cheveux blancs!...

Puis, se retournant vers Knipp :

— Mon pauvre ami, demanda-t-il avec amertume, je suis déjà bien vieux, n’estrce pas?

— Vieux comme moi, monsieur!... badina le rapin avec fatuité. Comme moi, qui vais profiter d’un instant de repos pour aller rendre présentement visite à ma maîtresse...

— Roschen?...

— Roschen qui délaisse ce matin même la mansarde de ses libres amours pour rentrer en condition... en esclavage...

— Vraiment?...

— Oui... monsieur... Elle redevient femme de chambre... femme de chambre d’une grande signora italienne qu’on dit mystérieusement descendue depuis hier soir à l’Aigle-Noir...

— De sorte que c’est une visite d’adieux?...

— *Hélas !... oui... monsieur... L’ingrate me l’a signifié... au nom du petit, vous savez?... Plus rien...

— Rien...

— Rien de rien... mais c’est la volonté de Roschen... et non la mienne... Jene medéfends pasd’aimer, moi!...

Dans ces derniers mots, perçait une évidente et maligne allusion...

Horace aussitôt redevint sérieux, et portant un doigt à ses lèvres :

— Vous oubliez ce dont nous sommes convenus il n’y a qu’un instant... monsieur Knipp...

— Quoi donc, monsieur?...

— Chut!

— C’est juste... pardon... Nous n’y penserons même plus î...

Mais Horace semblait déjà prêter l’oreille à quelque bruit venant du dehors, mais Horace déjà murmurait avec uu visage rayonnant d’allégresse :

— Écoute !...

— Des pas dans l’escalier?... fit le rapin en devenant attentif à son tour.

— C’est lui !... s’écria joyeusement l’artiste.

— C’est elle!... ricana tout bas M. Knipp en courant ouvrir la porte.

C’était effectivement lp bonhomme Fabritzius et sa fille.

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