SCÈNE V
Lu Wiu. RAYMOND.
batbo.o , à Eugénie. Ma jolie marchande au chapeau bleu.
eugénie, avec une révérence. Oui, monsieur.
Raymond, désignant M mt Gérard. Madame ro Ire mère ?
scciste. Oui, monsieur. {A part.] Dire que ms pauvre maman a peur do cet homme-la I..
■itTmtii, à pari. Tout pour elle encore 1 Rien pour moi.
raymond. Je regrette beaucoup, madame, de ne pat avoir su plut lût ce que je viens d’ apprêt»
rer et qu'a bénir, ear vous me montra aujourd'hui le deuil dans ce qu’il a de plus oob e, la famille dan« ce qu elle a de plus haut ! Traite* moi donc micui que vous ne voulies le faire et ne m'humiliez pat, je vous ro prie... Mes filles et ma soeur, debout! (K les référé.)
tihothrs , à Raymond. SI vous savie* le contentement que vous me faite* de parler rom me cela à cette chère femme! (4 Jf** Défont .) Hein!
marne Laruel en voila un homme? Quel dommage qu'il soit si millionnaire!
«-• Dtuact. Tiens, Il n*ea a que plus de mérite.
Gérard. Monsieur, si la confession écrite par la mort sur ces murailles et dans nos âmes d«i|il s’effarer un jour ; si le fardeau de l'opprobre, notre héri'agc unique, n’eût point comprimé jusqu'à I étouffement ce qui pouvait encore tressaillir en moi ; croyei, je le désire, que vos bonnes paroles m'enlèveraient presque le sentiment qui "•‘avait tant fait redouter voue présence! Os enfants jouiront mieux que moi de votre noble traitement. Leur âge ne connaît rien à nos sévérités fatales ; le temps ne leur a pas imposé mon irréparable courburel Poureui et pour moi. soyez remercié et glorifié... Votre entrée dans cette maison du malheur sera une date douce et précieuse en nos souvenirs. Maintenant, monsieur, suunrez
dre!.. Vous avez* une fête aujourd’hui, une chose touchante et trop rare t un hommage public rendu a un honnête homme, m'a-l-on dit- Je •’* me pardonnerais pas de vous causer le moindre trouble en celle bonne circonstance ; et si vous l'avez pour agréable, nous remettrons à demain l'entrevue que j'ai eu l'bonneur de vous demander. Ma visite de ce soir aura été pour vous apporter mm eseuses.
timotuée, à 11— Delarue. C’est joliment comme il faut!
n»< r.tsiRD. Mon Dieu, monsieur, a mon tour, je vous ferai une prière : c’est de lie point ajourner U triste conversation que nous devions avoir ensemble. L'excellent ami que voici, tenez, et qui est l’homme que l'on fête, vous dira avec quelle anxiété mortelle j’ntrndaD votre venue. Il y aura de votre part une grande pitié, je vous jure, à ue pas prolonger les rigueurs de ma situation.
Raymond. Je m'explique douloureusement ce que je vous inspire, madame; mais vu» désirs sont des ordres, cl mon heure est la vôtre, {d Ti* moitié* j Vous plali-il de me donoer la main, monsieur Timothée ?
TittOTHit*. Oh I monsieur!
Raymond. Mon cher Hernandez, et voire fils apres lui, in 'avaient parlé de vous moins bien sans doute qu'aujourd'hul la 'Qix publique, et i'avai* tout a fait hèle de vous connaître. I.e malmur n’a guère de courtisans, et la trempe en est bonne de ceux qui lui demeurent fidèles.— ou» avez été deceut-la; soyez mon ami! [.H** Gérard est allée prendre te t deux /Ules, et quand Raymond, aprêi avoir terré la main à Timothée, se retourne , if Ut trouve toutes U* trou agenouillée*.) Grand Dieu ’ madame, que faites-vous donc?... Monsieur Timothée: {Il veut les référer.)
a" géaard. Laissez, monsieur! laissez-nous, pauvres femmes que nous sommes, dans la pus' lure qui convient à des suppliantes. Vous éic» souverain ici des choses et des personnes; vous avez droit d'ôter et de donner le pain, droit de prendre et de retenir l'espoir. Cette rhambre est celle ou mourut il y a trois ans l'homme dont nous portons le deuil... S«* derniers mots furent pour nous ordonner dp vous entendre et de vous craindre comme le Dieu vivant ; son dernier geste fut une imploration a votre figure, devenue visi ble pour lui en ce passage terrible 1 Dites, monsieur, « la veuve et aux lille» de cet infortuné, en présence des deux affectueux témoins de son repentir et de ses souffrances ; dites, vous qui fûtes si grand, si vous avez pardonné le crime, après avoir sauvé l'honneur.
Raymond Madame Gérard, mon malheureux ami aurait par sa faute causé ma ruine sans lendemain, et ma honte sans refuge ; il aurait fait de moi le plus méprisé des mendiants, que devant U majesté de votre douleur, je oe roc trouverais pas, je crois, la force d'ercuser sa mémoire... Mais quel tort m'a clé causé? quel mal m'a été rail?... Je n'ai, en vérité, rien à pardonner ni rien a juger, madame 1 Je n'ai qu’a admi-
. nsrird a einié *a maison. Un père n’turail pas eu plus de soins
que vous. J'ti continué, monsieur, et j'ai fait cou tinurr par me* enfaols l'œuvre lente et pénible de la réparation en ce qui vous louchait. Gérard avait laissé peu de chose en mourant, le remords épuise, comme la honte écrase; pendant trois ans, ainsi que c'était leur devoir, la femme et les filles de Gérard ont travaillé nuit et jour, moites, l’une i sa maternité, les autres a leur jeunesse, afin de gagner ce qui manquait à la somme dérobée.
Hz Y mord. Madame! eh quoi? t J port.) Ce que m'écrivait Hernandez était donc vrai !
u- Gérard. filles n’y étaient point parvenues, malgré leurs efforts, et votre vi»tic les fût lurpricomnie la mort avant le pardon, si ces deux », spectateurs de la lèche, n eu eussent faitaus*i
juge, mais un frère; non pas h» créancier , mais le débiteur de votre mari.
Gérard. Vous, le débiteur de Gérard?
iayiavs. Il ne vous a donc jamais dit mon histoire? Je suis fil* d'un pauvre employé, et mon père est mort jeune, me laissant tout petit à ma mère sans ressources. Je ne fus pas longtemps A comprendre que je ne servais arien comme onm élev ait. et uu’a moins d'être infirme ou d'être un misérable, l'homme doit nourrir la f-mm-, le fils doit soutenir sa mère Un étranger me conduisit chex monsieur Gérard . votre aïeul, mesdemoiselles. . . une grande renommée, on vous l’aura dit, n’est- ce pas? l’orgueil du commerce, la honte du trafic.. J’avais quinte ans : monsieur Gérard me dit avec bonté, c’étzit à son ebâteau de S i«t-0«en i — Moa enfant, si von* aviez mille francs, qu’en feriezvous? — Je regardai en l’air d'abord, tout interdit naturellement et le feu dans les joua, puis è la fenêtre, par hasard, dan* le jardin où si* hommes travaillaient a tirer de l'eau d’un pulls. — Si j’êia»* chez vous, lui dis-je, jVheteraiS avec ces mille francs un cheval et une pompe, et à moi seul, j’arroserai* votre jardin. - C était déjà ma pensée, jeune rêveur que m’avait lait ma mère, d’affranchir l'homme de la matière, l’rsprit du limon. On commence à y venir. Ma réponse plut à monsieur Gérard et il me prit dan*
leur part dans un accord tacite et sublime, peut bien souffrir, allez, monsieur, quand on sait avo r inspiré de ces chosea-là.. Voici la somme complète, eufin. Elle prend U portefeuille, le ti tret, f inscription. etc ) Il y a là cent mille francs. L’est le capital... Puisseut les torture* muettes de j celui qui e»t mort cl 1rs privation* de celle* qui ont survécu, être acceptées par vous comme inlérêu! .. Prenez, monsieur, ceci vous appartient... Q ue sur le» registres de votre maison, au compte de votie ancien associé, celle horrible lacune auparaisse I
as t mord. Et vous avez pu croire un moment que j'accepterais cet argent-la, madime?
cèaAiiD. Oh! monsieur, est-ce que tous auriez la cruauté...
r kvunvn. Madame, c’est Impossible... De l argent ne «offre p»s a moi, voyonsl songez-y... Vous roc fanes rougir devant vous?... devant vos filles? devant vos amis?... De l'argent! obi II donc !
m** gérard, avec angoisse. Ainsi tout cela était inutile, mon Dieu! mon Dieu I
Raymond, arec douceur. Mais d’abord, votre mari me devalt-tl de l'argent? Dieu m’est témoin, madame, que surtout en préienre de ces chères demoiselles, je n aurais jamais voulu même d'une allusion à un passé qui ne nous appartient plus. Le seul personnage qui pût vraiment se plaindre a disparu et ne rericudrn jamais, je l'espèr*. Cependant j’avais su par Hernandez l’aelp héroïque qui a marqué le* dernier» moment» de Gérard, et j'ai souffert que tout a l'heure ces mots tristes d’opprobre et de somme dérobée vinssent s'infliger a nos souvenirs. Hernandez m avait appri aussi que vous persistiez dan* cette folie de tous croire liée... comment dirai je?,., commercislement envers mol... Moi» si j'avais pu seulement soupçonner ou réver ce que vous venez de me dire, ce n’est pas après trois ans, ô mon Dieul c'est le lendemain même d'une mort grande à purifier mille vies que je fusse venu vous «uppher de voir en moi ce que je vous demande aujourd'hui d’accepter et d’aimer, madame, non pas un
m'a appris la science sarrée de* transactions laborieuses et honnêtes, qu'on ne connaît plus guère aujourd'hui, où l’art consiste a négocier des mensonge» sur un tapis vert, ayant en main un rAteau englué, au point que je m'y ruinerai* moi, si Jn n étais riche à faire sauter toutes leurs banque*! Avec lut, sous lui. par lui, j’ai su devenir fort en restant lion, aller loin en marchant droit, monter haut sans prendre mes semblable» pour échelle, non pas à vendre des supposition* ni à livrer des chimères comme eux, les malheureux qu'ils sont!... Et si mon nom rayonne aujourd'hui d'un éclat terni peut-être et vieilli dan* I ancien monde, mai* pur et vif dans le nouveau, et qui n'a fait au moins la nuit ni la mort pour per sonne, je o'ai jamais oublié d'où lui vient sa lumière. Or, madame, le culte do reconnaissance cl d'affection que j’avais pour monsieur Gérard, je l'ai gardé pour tout ce qui vient de lui i c'est ma religion à moi, et votre famille est ma dynastie, que je dois soutenir quand elle ptm-he. sauver à tout risque quand elle se perd. Ce que j'ai fait pour votre mari était iout simple, vous le voyez bien; et dire que vous me devez quelque chose, vous, se* enfant*, vous, sa veuve, c’est me dire que je suis un malhonnête homme et que je n'avais pas le droit d aimer le Gis de mon bienfaiteur! i Mouvement de Jl" Gérard.) Oh! si vous sa via, madame, ce que nous rêvions, lui et moi, aux heures de celle fraternelle confiance dont il a manqué une foi* ; lorsqu'il navait pas encore |eté sa bonne nature au méchant hasard des entreprises qui l'ont ruiné... Mais c’éuient des rêves !
Nathalie, A part. O mon père !
u** Gérard. Monsieur, vous êtes un noble cœur, et vos paroles sont pour moi comme un so"ffle de l’autre vie dans ce monde mauvais, libertin et joueur... Msis, que voulez-vous? C’e*t plus fort que moi. Nous avons pour le nom do Gérard 1a mémo vénération peut-être; seulement, voue respect s'attache aux morts : le mien, plus juste, va chercher les vivants... Me* enfants ont une tache au front : le monde ne la voit pas. c’est possible ; mais moi, leur mère, je la vois et je travaillerai jusqu’à ce que je ne la voie plus! C’est mi volonté et c’est mon droit, monsieur; ne me frappez pas d’impuissance en me .efusanl!.,. [À M** Delarue.) Fais-je bien, Marguerite?
u*' dklarce. Oui. madame.
M sv cérsRD, à Timothée. Timothée?
TIMOTHÉE, pardi ! que trop 1 n“» oérard, d set filles- Mes filles?... ( Elles s'inclinent.— A Raymond . i Vous voyez, monsieur ! Mon Dieu, quaud cct argvnl sera dan* vos mains, il me semble qu uue montagne s'écroulera de mon cœur et me rendra la liberté de vivre, cl que je serai redressée !... et que je serai fit-re 1 Je suis étonnée que vous ne compreniez pas cela, monsieur.