‹ La mare d'Auteuil (volume 2)Chapitre 24 sur 28 · LE CHATEAU DES FLEURS · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DES FLEURS

Les jardins publics manquent à Paris. Tous ces beaux établissements où se donnaient de somptueuses fêtes , où se tiraient de superbes feux d'artifice, ont ëté détruits, vendus par portions, et des maisons se sont élevées \k où de beaux arbres prêtaient leur ombrage à des couples joyeux, à de nouvelles amours.

Heureusement le Château des Fleurs et le Jardin d'Hiver ont ouvert aux Parisiens leurs belles allées, leurs charmants bosquets, leurs

sentiers sinueux et odorants, leur serre magique, où les fêtes ont l'éclat et le merveilleux qui nous ont séduits dans les contes des Mille et une Nuits,

Ces établissements sont loin du centre de Paris et presque extra muros; mais pour chercher le plaisir on ne calcule pas la distance, et la foule se porte dans ces beaux jardins, trop heureuse de retrouver à Paris du gazon, du feuillage et des fleurs indigènes et exotiques.

Albert ne connaissait pas le Château des Fleurs; en entrant dans ce jardin, il éprouve la douce influence des fleurs et de la musique, deux des plus doux présents que nous aient lait la nature et les hommes; il y a beaucoup de monde, mais la foule se porte de préférence vers la danse, et dans les autres parties du jardin il est facile de circuler, de se promener à l'aise; il y a même encore quelques bosquets sombres, quelques allées peu fréquentées que les couples amoureux connaissent bien , et où ils iront échanger de doux propos d'amour... car vous savez que l'amour se glisse partout, qu'il est de toutes les réunions, de tous les bals, de toutes les fêtes, mais que c'est surtout sous le feuillage qu'il marche plus rapidement à son but.

Après avoir pris connaissance du jardin, Albert se dirige vers la danse, il se rappelle que c'esl à la gauche de l'orchestre que doivent être les deux jeunes filles près desquelles Achille l'envoie ; et quoique persuadé qu'il ne les trouvera pas, ses yeux passent en revue ces minois plus ou moins agaçants que le dësir d'être invités pour la danse fait stationner en cet endroit.

Bientôt ses regards se fixent sur une jeune personne qui est mise ^'mplement, mais dont la figure a un charme qui attire, une expression qui séduit. Cette jeune fille est seule, mais une chaise vacante est près d'elle; on est en ce moment en train de polker^ la jolie personne semble peu occupée de regarder les danseurs, quoique ceux-ci méritent bien qu'on les remarque, la plupart ne se doutant pas de ce que c'est que de polker ; mais s'étant bravement lancés dans l'arène, ils vont à tort et à travers, presque jamais en mesure, poussant les uns, poussés par les autres, et arrivent ainsi à la fin de la polka sans avoir pu une seule fois réussir h en faire le pas.

Depuis que dans les bals publics la scotisch, la redowa, la mazurka, la polka, la valse en deux ou trois temps sont venues faire diversion h l'ancien quadrille, on ne se figure pas quel tohu-

bohu a lieu dans l'enceinte réservée aux danseurs ; à peine Torcliestre a-t-il donné le signal que tout le inonde s'élance, chaque cavalier va prendre sa dame, ils ne savent pas ce qu*on va danser 9 peu leur importe, ils iront toujours. C'est une scotisch que Ton joue, les uns croient que c'est une valse, les autres une polka, ceux-ci un galop, et chacun se met à sauter suivant sa croyance : vous voyez d'ici le tableau que cela doit offrir ; lorsque parmi deux cents couples qui passent sous vos yeux, vous en avez vu quatre qui savaient vraiment danser ce que l'orchestre exécute, vous avez été très-heureux.

Mais lorsque la polka est achevée, un cavalier tout en sueur, les cheveux trempés comme s*il sortait de l'eau, ramène une danseuse qui est passablement rouge aussi, et dans cette jeune fille, qui vient se placer à côté de celle qu'il regardait, Albert ne doute pas qu'il ne voie mademoiselle Coralie; c'est bien le costume et le signalement qu'on lui a donnés.

Augusta avait consenti à accompagner la petite fleuriste, qui était venue lui proposer d'aller au Château des Fleurs, en lui annonçant que M. Achille viendrait les y retrouver. Car mademoiselle Coralie, tout en donnant à entendre à

son amie que le beau jeune homme était fort amoureux d'elle, ne lui avait pas avoué que ce monsieur n'avait déjii plus rien à lui demander; un reste de pudeur avait retenu sur ses lèvres cette confidence ; en effet, cet amant avait été heureux si vite, qu'il était permis de douter qu'il eût eu le temps de parler d'amour ; et puis, Gorelie savait que son amie plaignait Gotonnet, que par conséquent elle blâmerait sa conduite, et elle voulait laisser s'écouler quelque temps avant ôe lui avouer que ce pauvre Gotonnet était entièrement remplacé.

Âugusta, tout en blâmant la conduite de Goralie, ne la croyait pas capable de tant de légèreté ; elle s'était éloignée toute chagrine la veille, en la laissant avec ce jeune homme, qui lui avait aussi fait la cour à elle, et lui avait écrit pour lui demander un rendez-vous. Une femme ne renonce pas facilement au plaisir d'être aimée, de l'emporter sur une rivale; nous en voyons qui, pour se donner cette satisfaction, accorderaient leurs faveurs à un singe qu'elles détesteraient; jugez donc s'il est facile d'y renoncer quand il s'agit d'un joli garçon qu'on ne déteste pas.

G'est pourquoi, après avoir hésité quelque 3. 10

teflips, Augusta s'était laissé entraîner au Château des Fleurs où elle ne dansait pas, mais où elle savait que M. Achille viendrait ; et pendant que sa compagne se livrait avec ardeur à toutes les danses en vogue, un petit jeune homme s'était upproehë d'un air craintif de la chaise occupée par Augusta, et, se glissant derrière elle, lui avait dit à i'orcille :

— Mam'selle!... si je Finvitais à danser... croyez-vous qu'elle me refuserait?..

Augusta avait tourné la tête en reconnaissant la voix de Cotonnet et lui avait répondu : -^ Gomment! vous êtes ici, M. Cotonnet!...

— Sans doute, mam'selle... puisqu'elle y est... vous concevez... je vous ai suivies de loin... je ne peux pas m'en empêcher... et comme j'ai vu que vous n'aviez pas d'hommes avec vous... ça m'a redonné de l'espoir... Me conseillez-vous de l'inviter à danser...

— Comme vous voudrez, M. Cotonnet, mais... tenez... je doute qu'elle vous accueille bien, et... à votre place...

— Je ne l'inviterais pas... au fait vous avez raison, il faut avoir du cœur... je vais me contenter de la regarder... sans qu'elle me voie... car je l'aime totgours autant, moi... j'ai

beau faire, ça ne peut pas se passer... Mirci, mam'selie, au plaisir.

— Au revoir, M. Gotonnet.

Quelques instants après, Coraiie, ainsi que nous l'avons dit, revenait s'asseoir à sa place.

— Ouf!... je n'en puis plus !... ce n'ëtait pas un fameux polkeur celui-là... il se cognait tou*jours dans les autres... mais c'est égal, nous ne nous sommes pas arrêtés, et c'est le principal ! il ne faut jamais s'arrêter !

— Comme tu as chaud !

— Ah ! si tu crois que c'est facile de gigoter au milieu de tout ce monde-là... on vous marche sur les pieds, on reçoit à tout instant des coups de coude.

— Et tu trouves cela amusant?

— C'est un travail, mais c'est ce qui en fait le charme«.. tu n'as pas aperçu M. Rocheville...

— Non, il ne viendra pas, va !

— Par exemple! je voudrais bien voir cela, il me l'a promis, et s'il ne venait pas...

— Eh bien, que ferais- tu?

— Je lui défendrais de se représenter chez moi .

— Cela lui serait peut-être bien égal...

— Tu crois?... ce n'est pourtant pas ce qu'il me disait hier au soir. . .

— Que te disait-il?

— Que j'étais à croquer et qu'il était trèsamoureux de moi.

— Il en dit autant à toutes les femmes.

— Qu'en sais-tu?

— Toi-même en convenais il y a quelques jours.

— Oh !... on dit tant de choses... je ne connaissais pas encore ce monsieur si à fond... Dieu ! qu'il est aimable ! Ah ! ma chère, il a bien de l'esprit, va!

— Tu t'en es aperçue?...

— Ah çà! mais elle est étonnante... estrce que tu me prends pour une imbécile?... tu crois qu'il n'y a que toi qui saches causer...

— Je n'ai jamais eu cette idée-là, maisplusieurs fois je t'ai entendue dire : « Les gens d'esprit sont prétentieux, bavards, j'aime mieux une bête, on en fait ce qu'on veut. »

— Fichtre ! il me parait que tu fais attention à ce qu'on dit, toi, et que tu retiens tout ça... Si j'ai dit cela, je ne pense plus de même depuis que M. Achille me fait la cour.

— Tu crois donc que c'est pour de bon ?

— Oh ! qu'elle est drôle cette Augusta ! C'est peut-être pour madame Barigoule qu'il vieot

chez moi... Âh ! mais attends... attends, ce monsieur, oui, c'est son ami... celui qui leur donnait d dîner aujourd'hui, il s'appelle M. Monbreilly celui-là.

Albert venait de s'approcher des deux jeunes filles.

Goralie lui laisse à peine le temps de saluer, elle s'écrie :

— Bonsoir, monsieur, est-ce que votre ami M. Rocheville n'est pas avec vous?

— Non, mademoiselle, Achille avait une visite à rendre, mais il va venir, et il m'avait chargé de l'excuser près de vous de ce qu'il était en retard.

— Ah! vous êtes bien honnête, monsieur; mais comment nous avez-vous trouvées ? vous ne nous connaissiez pas.

— Achille m'avait fait un portrait trop exact pour que je puisse me tromper.

En ce moment l'orchestre joue le début d'une scotisch.

— Dansez- vous, monsieur? iiit Goralie à Albert.

— Rarement, mademoiselle, d'ailleurs je ne sais pas cette danse-là.

— Ah ! ça ne fait rien, on n'a pas besoin de

savoir, on va toujours, on finit qvelquelois pair attraper le pas.

— Je crois que cela va mieux quand on le sait tout de suite.

Un jeune homme s'avance et invite Augusta qui refuse, alors il s'adresse à Goralie qui accepte et se lance avec lui dans le tourbillon.

— Vous n'aimez pas la danse, mademoiseUe? dit Albert en s'asseyant près d'Augusta.

— Pardonnez-moi, monsieur, mais je ne sais pas cette danse-li, et je trouve, comme vous, que cela Ta mieux quand on la sait ; ensuite, je ne suis pas folle de la danse comme Goralie, qui est infatigable... et puis c'est bien plus agréable de danser avec quelqu'un que l'on connaît qu'ayec le premier venu...

— C'est vrai, mais quand on vient sans cavalier...

— M. Rocheville avait dit à CSeralie qu'il serait le sien ici, mais il ne viendra peut-être pas.

— Pardonnez-moi, mademoiselle, il vi^idra, j'en suis certain.

— Il aime beaucoup à se moquer, ce moo> sieur-là, et il a peut-être voulu s'amuser aux dépens de... c'est-à-dire, vous envoyer ici, sans avoir l'intention de nous y rejoindre.

— Ce jardin est fort joli.

— Vous ne le connaissiez pas, monskui*?

— Non, madeiBoiselie.

— Je pense que M. Rochevillele connaît bien, lui; il est de toutes les fêtes, il aime les plaisirs... il est si gai.. •

— Elle s'occupe plus d'AchiUe que mademoiselle Coralie, se dit Albert en détournanl la tête, est-ce qu'elle l'aimerait?.. .Pauvre fille... il a donc raison, il a trouvé le moyen de se faire aimer en faisant la cour k l'autre. Décidément, les mauvais sujets connaissent mieux les feounes que nous, c'est triste !

Après la danse, Goralie revient encore rouge, haletante et en nage, et elle se jette sur sa chaise en disant :

— Oh t cette fois, j'avais un bien bon choti^ cheur, il m'enlevait et me faisait tourner comme un tonton ; nous en avons jeté deux par terre, ils ne savaient pas se tenir, c'est leur faute. Ah ! monsieur, vous devriez bien ehotkher! si vous saviez comme c'est gentil !

— Je vous avoue, mademoiselle, que cdia ne me tente pas du tout.

— Dis donc! Augusta, il m'a seinblé, loul en dansant, reoonnatire une figure de ounnaisMince,

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qui ne me perdait pas de vue... Tu sais biea qui je veui dire, ce petit Coton...

— Oui, il est ici, il vient de me dire bonsoir, il avait bien envie de Tinviter à danser.

— Qu'il ne s'en avise pas, il verra comme je le recevrai... Est-ce qu'il compte me poursuivre partout, ce monsieur? je trouve cela fort malhonnête.

— Cet endroit est public, tout le monde a le droit d'y venir.

— Oui, mais je suis bien sûre qu'il n'y serait pas, lui, s'il ne nous y avait pas vues entrer... Quel imbécile ! qu'il y a des hommes qui ont peu de cœur !

— Pauvre garçon! c'est qu'il en a trop au contraire.

— Alors, il devrait bien l'employer ailleurs...

— Ah ! Coralie, que tu es tlure pour ce jeune homme !

— C'est que cela m'impatiente de le voir, cela m'agace, il a toujours l'air d'avoir envie de pleurer en me regardant, comme c'est séduisant ! Ab ! voilà la musique, c'est une valse cette fois... Monsieur ! monsieur !

Albert, qui s'était éloigné un moment pour

laisser librement causer les deui amies, se rapproche de Goralie.

— Valsez-vous, monsieur?

— Non, mademoiselle.

— Âh! que c'est dommage! mais vous ne faites donc rien?

— Je fais comme votre amie, je regarde.

— Augusta ne se contente pas toujours de regarder, c'est un genre qu'elle se donne aujourd'hui, mais je l'ai vue danser beaucoup ; et, tenez, mon danseur vient de me dire, tout en se tenant sur une jambe : « Je reconnais votre amie, mademoiselle, j'ai eu le plaisir de la rencontrer jeudi dernier à Auteuil, près de la mare. » Décidément, tu vas donc pécher des grenouilles par-là si tu ne vas pas au bal?

— Ton danseur me prend pour une autre.

— Comme tu voudras, mais pourquoi donc as-tu refusé ce jeune homme qui vient de t'engager, Augusta, toi qui aimes la valse ?

— Parce qu'il m'a dit : En deux temps, mademoiselle, et moi je ne valse pas comme cela, et je ne comprends pas qu'on marque une autre mesure que celle que nous joue l'orchestre.

Un cavalier vient à Coralie et l'invite en lui disant aussi :

— iU —

— En deux temps, mademoiselle?

Mais la petite fleuriste accepte vivement la main de son cavalier eu lui disant :

— Deui, trois, quatre ! tous les temps que vous voudrez, monsieur.

Albert ne peut s'empêcher de rire et Augusta en fait autant.

La valse est en train lorsque Rocheville se trouve à côté de son ami .

— Me voici ! J'espère qu'on ne se plaindra pas de mon exactitude. Ah ! je savais bien que ^ous trouveriez ces demoiselles... Je vous avais fait des portraits si ressemblants.

Augusta rougit beaucoup tout en rendant à Achille le salut qu'il lui fait.

— N'est-ce pas, Albert, que cette jeune personne est ravissante ? dit Achille en se penchant vers son ami, mais en ayant soin de parler assez haut pour être entendu d'Augusta, qui pourtant détourne la tête pour ne pas avoir l'air d'écouter.

— Oui, cette demoiselle est très-bien.

— Oh! comme vous dites cela froidement! Trouvez-en donc une autre dans ce jardin qui puisse lui être comparée...

— Je n'ai pas cherché, sou amie est en train de valser.

— Je m'en daule bien.

— Tenez, la voilà qui passe devant nous...

— Ah ! sapristi ! dans qud ^tat !

En effet, la valse, la chaleur , rendaient Coralie écarlate; de plus, ses ehereux, d'abord boucles à la neige, étaient devenus des mèches et s'envolaient au gré du vent.

Toute sa toilette se ressentait du mouvement qu'elle se donnait pour aller aussi vite que son partenaire.

Le résultat de ce travail n'était pas avantageux h la danseuse.

Achille a fait, en voyant tout cela, une légère grimace qui n'a point échappé à Aogusta.

— C'est une valseuse intrépide, dit Albert.

— Oui, et bien humide en ce moment.

— Avez-voos vu votre dame blonde, ce soir?

— Oui, elle était h la réunion de madame Ducbampion.

— Comment ! c'est de chez madame Duchampion que vous venez?

— Sans doute^ est-ce que vous connaissez cette maison-la?

— Oui, j'y allais autrefois.

— Si qudque chose ne m'y attirait pas, je me priverais de cette société... Ah! sont-ils en-

— lie —

nuyeux, prétentieux, cérémonieux!... C'est à pouffer de rire. Au reste, vous concevez bien que je ne vais là que pour me moquer de tous ces originaux.

— Je vous en crois bien capable.

— Pourquoi n'y allez-vous plus ?

— Pour ne pas rencontrer quelqu'un que je ne veux plus revoir... vous savez bien... cette personne qui s'est mariée.

— Oui, et que vous aviez aimée avant... Elle va donc cbez les Ducbampion cette dame?

— Ah f oui, du moins elle y allait autrefois avec son mari.

— Alors, je dois l'y avoir rencontrée... Comment se nomme-t-il ce mari ?

— Vous êtes bien curieux, Achille.

• — Vous ne voulez pas me le nommer, et si je devinais... Tenez, mon cher, votre ancienne passion... ne serait-ce pas madame ClairviUier, par hasard?...

Albert se trouble et murmure :

— Vous connaissez madame ClairviUier?

— Ah! mon pauvre ami! mais c'est justement ma blonde ! Voilà ce que c'est que d'être trop discret avec ses amis. .. Après tout, vous ne pouvez pas m'en vouloir, au contraire, je vous venge.

— ii7 —

Albert ne répond rien, il est demeuré pâle et interdit.

Mais en ce moment Arthur Durbinot vient avec son air effaré et ses yeux vagues saisir le bras d'Achille, eu s'écriant :

— Éléonore n'était pas au Château-Rouge, alors je me suis dit : On s*est peut-être trompé de château, allons à celui des Fleurs. Je Vy crois d'autant plus, que j'ai vu des coupés à la porte.

— Ah! vous voilà!... Pardieu! vous avez eu là une heureuse idée, puisque cela nous réunit.

— Est-ce que vous êtes avec des dames?...

— Oui, mais je vous présenterai.

Et Achille, se penchant vers Albert, lui dit tout bas :

— Si je pouvais lâcher Durbinot sur Coralie,. comme ça m'irait !...

Mais Albert ne répond rien, il conserve son air sérieux et glacé.

La valse est achevée, Coralie revient dans un désordre extrême, ce qui ne l'empêche pas de courir à Achille.

— Ah! vous voilà, monsieur... C'est bien heureux. Vous vous faites bien désirer.

— Heureusement, vous m'avez désiré en val-

— us —

sant , ce qui' <t dû \chis seMfifcï' moins loïig.

— Oh ! j*ai bien valse, je suis toute décbifféé, ri'eôt-ce pttisr?

~ Vous avez nn faui air de VéùuKôoï^tantrfc Tonde.

— due vous êtes méchant ! c'est que mes cBeveul étaient crépéd, iûsls tant (^is, je vais me faire des bandeaux... Aagtrsta, afdte'-itf^i Ht peu.

Pendant que la sérieuse Âugusta tâche dé l'émettre' lin peu- d'ordre dans ta coiiFùre de son aiÉiie, AHJkàf dit à RbcteVilie :

— Élte est très-jolie cette datiie...

— De laquelle padei^-votiS ?

— De celle qui a si chaud, est-ce uûè d'àméou une demoiselle?

-^ e*eët uiié demoiâelïe d'une très -grande famille, qui aura cent mille francs de rente q\!k^ild tôuis ses ottciés seiroUl morts... elle en a si^... elle vous a sur-le-champ reconnu.

— Moi?

— Vous, il pai^aît que vous pblke^ t'rte-bîéh.

— Mais pas mal... avec Nonore.

— Ellfe vient de me dire à l'oreille : Voilà le premier polkeui* de Paris... je donnerais urt' dé mes ortdés pour qu'if mîrtvitât.

ArtJ^ur s'épapQqit (ie p}j^\r^ il hif. rp^lef ses prunelles comme des billes, et s'écrie :

— Oh ! je T^iç riffviier..^ ç? ne lui coûtera rien, $eulem|ent..f j'pi j^epr en polkantqiie mon pistolet ii,e pi^^te.,.

— Donnez-le-moi, ce sera plus prudent, je vous le rendrai }o^sqiii^ vous aurez dansé.

Le pistolet passe incognito de la poche d'Arthur dans celje 4'AchiUe. Celuirci^ en regardant autouir 4e luj, s'aperçoit qu'Albert a disparu.

Mademoi$el)pCoralie, ayante grâce à son amie, une toilette plus convenable, fait sjgne i Achille fie vepir s'asseoir à côté d'elle, ce qup cejuî-ci ne fait pas avec beaucoup d'^n^pressiBnijent»

— Venez donc là, monsieur, il me semble f)i|l^ you9 poqvez bieii causer ui) peu ^vec moi...

-rr Noi]is poqvons même causer jbç&upoup,

— Avez-vous pensé à moi depuis hier?,..

— Je n'ai pas fait autre chose!

— Hom! menteur... vous nous avez envoyé un ami qui n'est pas très-aimable... iln(S dit presque rien... je crois qu'il est parti, tant mieux... et quel est celui-ci qui a les yeux si étonnés?

— C'est un Danois... millionnaire, mais il fait semblant de n'ayoir pas le sou, parce qu'il

veut trouver une femme qui Taime pour luimême.

— Voilà bien une idée de Danois!

— Il est fou de la polka et m'a demandé si je croyais que vous consentiriez à la danser avec lui.

— Pourquoi pas?... Ah! ily a vn feu d'artifice ce soir ici?

— Oui, il se tire là-bas au bout.

— Il faudra bien nous placer pour le voir... j'adore les feux d'artifice.

— Et mademoiselle? dit Achille en s'adressant à Augusta, aime-t-elle les feux d'artifice?

— Moi, monsieur, cela me fait très-peur... et loin de m'en approcher... je m'éloignerais plutôt.. •

.. — Avancez donc, M. Durbinot... pourquoi vous tenez- vous ainsi en arrière?... ces demoiselles seront charmées de faire votre connaissance.

Arthur s'incline et s'approche en braquant ses prunelles sur Coralie, qui dit bas à Augusta :

— C'est un Danois millionnaire !

— Qu'est-ce que cela me fait?... il n'est pas plus beau pour cela.

— Voyons, mon cher, dit Achille, faites donc

— in —

votre invitation, vous en grillez d'envie, et vous attendez qu*un autre vous devance.

— C'est juste... Mademoiselle veut-elle bien m*accepter pour la première polka?

— Avec plaisir, monsieur.

— Parfait, s'écrie Achille, la demande et la réponse ont été irréprochables... mais écoutez... l'orchestre part.

— Oui, mais c'est un quadrille, dit Coralie. Achille voudrait déjà entendre la polka parce

qu'il espère alors rester seul avec Augusta, qui détourne la tète chaque fois qu'il la regarde, mais qui le regarde dès qu'elle croit qu'il ne la voit pas.

On vient engager Coralie pour la contredanse, mais elle refuse, à la grande surprise d'Augusta qui s'écrie :

— Tu es donc bien fatiguée?...

— Non... mais je ne veux pas toujours vous quitter...

Ces derniers mots sont adressés à Achille, qui aimerait tout autant que Coralie eût accepté, parce qu'alors il aurait envoyé Arthur à la recherche de Nonore.

— Comment saurons-nous lorsqu'on sera prêt

à tirer le feu?

— Dnp c)étppaMoQ vo^s en ^yerfip^...

— Il paraît (^ç M. ]!^oi^br!(:iI|y ^\ ^^^ém^ui pa^ti, dit Arttiur.

— Oui... c'est uq être si siogi^lier! yoqç oe cherchez pas votre É)éoaorç?« ••

-- Jç r^arde... mais je ^e la vois p^Gus... pendant le quadrille je vais faire ua tour daqs. les allées.

— Qiielle e§| cp^ç É|ço;Qore (^^•il c||çrchc? deni^indç Coralje lorsque D^rbî^ot ^'est éloigné.

— C'est une fpmme qui a yoiture, cqmp.^9 «fllèche... et qui s'est déjà de^ Ibis etuppiisq^néç pour lui!...

— Âh! mon Dieu! quelle passion l... il ne raime dope pas, lui?

— Non, parce qu'elle prend du tabiotc.

, — Elle prise ?... ah! ifi l'horreur?... et avec quoi s'est-elle emppisonn.ée?

— Avec d(ss champignons... dans un vol-auvent ; à la vérité elle ne savait pas que les cl^^mpignon^ étaient mauvais...

— Tenez, M. Achille, vous qous contez un tas d'histoires... Je gage que ce sont epcore des blagues...

— Ah! mademoiselle... c'est bien mal de douter de ma bonne foi... au reste vous n'a\urez qu*à

joteirjroger Hurbinot, vous verrez ce qu'il voqs répondra.

Arthur revient à |a fin du quadrille en disant :

— Iç ne l'ai point aperçue... elle est peut-être au château d'Âsnières...

-T- Vous avez eiiviç d'y ^Jlpr ?,.»

— Qh! non» il est trop tard.

E^i^n l'orchestre dQiine)e signal que RocheviUe attendait avec impatience, cette fqjs c'est une pollf^a. ^rthur offresion bras àCoralie et tous deux vont se mêler aux danseurs* Achille est resté près d'Auguiyta, il se hâte de mettre ce temps à profit :

— Je trouve donc un moment pour vous parlet*! ms^demoifielle ; ce n'esit p^s sj»nâ peinfi... car vous n'avez pas daigné l'autre fois vous readre oq je yojus attendais...

— Je ne vous avais pas donné de rendezr^vous, moi, mQ09i/9UiL*** pourquoi peni^iezrvous que j'accepterais le vôtre?

— Ah! sans douite j'ai eu bien tort de l'espérer... Je m'étais flatté que vous auriez quel? que piti^ de mop amour, de inos tourn^eats...

-r- Votre anijOur... mais pFe9ez garde, linon^ siçur, voMiS vous trompez en ce moment... vou9 croyez sans doute parler à Goralie ?

— Non, mademoisellei c^est vous seule que

j'aime, et si j'ai fait la cour à votre amie... c'était par dépit, par colère...

— Gomme c'est aimable pour elle!

— Est-ce de ma faute si je n'ai jamais aimé que vous?...

— Ah ! taisez-vous, monsieur, ne me tenez pas un tel langage... Coralie vous aime maintenant, elle croit à votre tendresse, et je serais bien désolée de lui causer le moindre chagrin. ..

— Vous êtes beaucoup trop bonne, à votre place elle n'en ferait pas autant...

— C'est possible... mais ce n'est pas une raison pour que je me conduise mal avec elle...

— Permettez-moi d'aller vous voir... elle n'en saura rien.

— Venir chez moi!... je ne veux pas... je ne rjeçois pas de messieurs.

— Pourtant vous avez reçu M. Gotonnet...

— Vous savez cela?

— Je sais tout ce que vous faites... aucune de vos actions ne m'est indifférente...

— Vous devez savoir alors que Gotonnet était l'amant de Goralie... celui qu'elle a oublié pour vous... et ce pauvre garçon l'aimait bien pourtant!...

— Permettez-moi alors de lui rendre sa Gora-

lie... et de ne plus m'occuper que de vous...

— C'est à Coralie qu'il faut dire cela ; mais heureusement la polka va bientôt finir... et elle va revenir...

— Vous croyez ? . . . diable ! mais ça ne ferait pas mon compte... Ah! une idée !...

Achille quitte vivement Augusta et la danse, il se dirige vers une allée sombre et solitaire, puis, tirant de sa poche le pistolet d'Arthur, il le décharge en l'air.

Au bruit de cette détonation, on croit que c'est le feu d'artifice qui va se tirer, et tout le monde se précipite du côté où il est dressé ; les polkeurs suivent la foule, ils abandonnent la danse, c'est un péle-méle, un mouvement général.

Augusta se trouve bientôt seule à la place* qu'elle occupait, indécise, inquiète, ne sachant ce qu'elle doit faire. Achille, qui la guettait, caché derrière des arbres, court alors à elle en affectant un air ému.

— Ah! mademoiselle... je vous cherchais... cette pauvre Coralie...

— Quoi donc, monsieur? lui serait-il arrivé quelque chose?...

— Tout h l'heure... dans la foule... en vou-

— iae —

lanjt fpoxj^er jsur ui|e cl^i^... spo j^ic^ a i^urné^ elle s\e$t^Qnné ijupie entpr,se...

— 0 mon D|pu !

— Nous rayons emportée avec Xt^fffip... J/b les ai l9f$isë$ h h po^^tc fi^ps un fi/uave... e^ je suis accouru vous cberc^...

— Me vofl^, moi^si^fi^... u^e y^lk-" JP yp"s suis.

Et AMgVsta accepte le bras qiiie Li^ presse Achille qui remmène en courant ^ la f^t sornr du jar^ii).

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