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pourrait-on risquer de le perdre en tous trompant^ vous, si séduisante... si jolie...
— Vraiment... Âh! si je pouvais te o^oire, Benjamin!... Dieu! que je suis faible... Non, je dois vous résister... ce sont encore des peines que je me prépare !...
Cependant madame Saint-Lambert ne semble pas du tout se disposer à résister ; enflammé par son amour, enhardi par des yeux qui le provoquent au lieu de le gronder, le jeune Benjamin devient téméraire... lorsque la terrible sonnette se fait entendre de nouveau.
La belle Espagnole se relève en repoussant Benjamin par un mouvement si prompt qu'elle envoie le jeune homme rouler sur le parquet non frotté du salon. Elle court coller son oreille à la porte en balbutiant :
— Mon Dieu!... il sera revenu... il aura eu des soupçons... cette Marie aura répondu de travers...
— C'est donc quelqu'un dont vous craignez les...
— Taisez-vous !
On entend ouvrir ; puis parler très-fort. Benjamin est resté assis par terre devant le divan, car Berthe lui fait signe de ne point bouger; elle
— Si —
ëeoote toujours avec anxiété; eniin la porte d'entrée est relèrmée de mamère à faire trem* l^er toutes les vitres de la maison. Alors Berthe sort du salon.
— Sapristi ! yoilà une bonnette bien désagréable! se dit Benjamin en sa relevant. i*allais triompher de sa résistance... Cette femme charmante se donnait à moi... Mais j'espàre que ce n'est que partie remise, car du moment qu'une femme le veut bien... Qui, diable, peut donc sonner ainsi chez elle et lui causer une si vive émotion?
Madame Saint-Lambert revient , mais elle est troublée, son front est soucieux et elle s'empresse de dire au jeune homme qui l'attendait :
— C'est mon oncle qui vient de venir... c'est lui qui était déjà venu tout à l'heure*. • je crains qu'il n'ait des soupçons.. . il ne vous connaît pas, et s'il vous trouvait chez moi... ce seraient des questions à n'en plus finir... Nous ne serions pas tranquilles ici aujourd'hui... il faut vous en aller...
— Comment, madame... vous me renvoyez...
— Mais attemdez donc ! Descendez la rue, il y a une [dace de voitures derrière Notre>*Dame de Lorette... Prenez-en une, montez dedans, restez
sur place et attendez-moi, dans (rois minutes j'irai vous rejoindre... et nous irons dtner ensemble.
— Ah ! c'est charmant ! vous consentez à venir diner avec moi?...
— Il le faut bien... je suis trop bonne... mais mon cœur m'entraine... Partez vite...
— Ah! suis-je heureux... je passerai la journée avec vous... je... '
— Oui... oui... mais filez bien vite... Vous me direz tout cela tantôt... Ne vous arrêtez pas chez le portier, surtout I
— Chez le perroquet? Oh ! il n'y a pas de danger... Vous allez venir?
— Oui... oui... mais allez donc...
Berthe pousse Benjamin hors du salon, elle le pousse hors de la salie à manger, elle le pousse jusque sur le carré, elle le pousserait peut-être ailleurs encore, mais sur le carré on trouve mademoiselle Marinette qui était mise en vedette pour regarder s'il ne montait personne , et qui s'écrie en voyant sortir le jeune homme :
— Je ne vois pas un chat sur l'escalier... Ah! si...
— Quelqu'un monte? s'écrie Berthe.
— Non... je veux dire que je vois le chat du premier.
Madame Saint-Lambert, qui ne trouve pas sans doute cette plaisanterie de son goût, applique un soufflet à la petite fille, qui rentre en grommelant, tandis que Benjamin descend rapidement les quatre étages et sort de cette maison, dans laquelle, en si peu de temps, il lui est déjà arrivé tant de choses.