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— Ohi c'est mieux... c'est beaucoup mieux. •. Quoique la personne n*ait pas yoiture , c'est encore quelqu'un de la maison. Tu sais bien, ce joli gapçon qui loge au troisième et que nous avons rencontré plusieurs fois en descendant l'escalier.
— M. Achille Rocheville?...
— Justement.
— Mais tu m'ayais dit que tu ne pouvais pas le souffrir, ce monsieur-là... qu'il avait un air moqueur qui te déplaisait, qu'il était connu d'ailleurs pour aimer à tourner en ridicule les choses les plus sérieuses, les sentiments les plus vrais; enfin tu m'en avais fait un portrait... on aurait cru que tu avais peur que je n'en devinsse amoureuse!...
— Oui ! oui , je m'en souviens , je t'ai dit tout cela, parce qu'on me l'avait dit aussi à moi... Tu sais bien qu'il ne faut pas croire tous ces proposlà... Après cela... qu'est-ce que cela me fait? Je n'ai pas envie d'écouter ce M. Achille... Il est toujours très-bien mis, ce monsieur-là, il a une bien jolie tournure ! . . .
— Il t'a donc fait une déclaration , ce monsieur?
— Non, c'est-à-dire à peu près... L'autre soir je rentrais seule, je l'ai rencontré dans l'escalier.
— II parait que tons tes voisins te guettent dans l'escalier.
— Pourquoi pas!... Il a absolument voulu m'éclairer, et chemin faisant, il m'a dit que celui que >'aimais était bien heureux... que j'avais des yeux qui disaient une foule de choses. .. qu'il était enchanté d'être mon voisin.. ». et puis ci, et puis ça. . . £h bien ! qu'est-ce que tu fais donc?. . . tu te lèves... tu plies ton ouvrage?
— Oui, il doit être fort tard, et il est bien temps que je rentre chez moi.
— Tu m'avais dit que tu coucherais ici cette nuit.
— Oui , mais j'ai réfléchi , cela donne une mauvaise renommée de ne point rentrer coucher... on ne croirait pas que c'est chez une amie que je suis restée...
— Il me semble que ce n'est guère plus raisonnable de rentrer seule à onze heures et demie... Avec cela que la rue de Latour-d'Auvergne est si déserte... tu peux faire quelque mauvaise rencontre.
— Songe donc que c'est & deux pas d'ici ; je demeure tout à l'entrée de la rue.
— Allons, puisque tu le veux. Cela m'ennuie de rester seule. Dife que le mois dernier nous
logions quatre ici, et que toutes mes amies m'ont quittée : l'une est allée en Angleterre, l'autre est retournée chez ses parents, celle-ci s'est fait enlever, celle-là s'est mariée au treizième arrondissement ! et puis à présent, voilà que- tu m'abandonnes aussi toi !...
— Mais moi, je n'ai jamais demeuré ici avec toi.
— C'est égal, c'est ridicule de ne point vouloir coucher ici... nous aurions causé de nos conquêtes pour nous endormir.
— Oh ! moi, je ne fais point de conquêtes !... Bonsoir, Goralie, tu rêveras à M. Achille Rocheville, cela vaudra mieux...
— Tu me dis cela drôlement !...
— C'est que je pense à ce pauvre Gotonnet, que tu avais promis d'aimer toujours !
— Ah! si tu veux me reparler de Cotonnet, j'aime mieux me coucher! Bonsoir, Augusta.
— Bonsoir, Coralie.
Les deux amies se quittent assez froidement.
Cependant Coralie reste longtemps penchée sur le haut de l'escalier, pour voir descendre Augusta, et peut-être aussi pour regarder s'il y a quelque voisin sur les carrés.
Mais Augusta est descendue sans rencontrer
personne. A peine a<i-elle referme la porte de la rue, qu'un jeune homme qui se tenait en faction en face accourt à elle si vivement qu'elle s'arrête effrayée.
— Ne craignez rien, mam'selle Augusta, c'est moi, Gotonnet, murmure le jeune homme d'une voix émue.
— Ah! c'est vous, M. Gotonnet! vous m'avez fait un peu peur... Que faites- vous donc là... dans la rue?
— Mon Dieu ! j'attends, je guette, je voudrais absolument voir Goralie... mais le portier m'a dit qu'elle était sortie, j'attendais qu'elle rentrât.
— Vous attendriez bien inutilement, elle n'est pas sortie, puisque je viens de chez elle.
— Ah! que c'est méchant ! faire dire qu'elle n'y est pas ; elle ne veut donc plus absolument me revoir... Mon Dieu ! que je suis malheureux ! moi qui l'aime tant, car vous savez si je l'aime, vous, mam'selle Augusta?
— C'est ce que je lui répétais tout à l'heure, M. Gotonnet!
— Ah ! vous êtes bonne, vous, mam'selle Augusta, vous êtes sensible, vous ne feriez pas ainsi de la peine à quelqu'un dont vous sauriez être
sincèrement aimée!...
— Qu'est-ce que vous tenez donc là, sous rott^ brai, M. Gotonnet. Cela a l'air bien Volumi^ neux?
— Ça ! mam'selle, c'est une petite bourriche dltuitres, que je me suis procurée partie que Coraiie avait envie d'en manger.
— Ah ! que vous êtes bon, et combien elle a tort de ne point vous apprécier! Croye»-moi, motateifc, parlez-lui k travers la porte, dites-lui ce que vous lui apportez, elle vous recevra, elle est si gourmatide!...
— C'est-à-dire... elle recevra peut-être le$ huitres... Enfin, n'importe... je vais essayer... Mais vous êtes seule, je vais d'abord vous reconduire chez vous.
— Non, nouy c'est inutile ; c'est si près... au revoir, M. Cotonnet.
— Non, mademoiselle, je ne vous laisserai pas aller seule aussi tard.
Et sans écouter Augusta, qui a pris sa course, le jeune homme se met à en faire autant ; quoique gêné par la bourriche qu'il tient sous un bras, il parvient à rattraper l'amie de Coraiie et Et met h marcher à côté d'elle.
— Ah! M. Cotonnet, vous êtes vraiment trop bon... ce n'était pas la peine de m'accompagner,
il ne m'amve jamais rien à moi ; il y a des femmes auxquelles il arrive toujours des aventures dans la rue ; on Ie$ suit, on leur parle, on veut leur prendre le bras malgré elles... mais moi, j'ai du bonheur, jamais on ne m*a rien dit; il est vrai que je marche très-vite...
— Oh ! oui, vous allez vite.
— Pardon, je ne pensais plus que vous portiez quelque chose de lourd, vous devez avoir bien chaud?
— Non, mademoiselle, pas trop... Et Coralie, qu'est-ce qu'elle vous disait de moi ?... Qu'elle ne peut plus me souffrir, n'est-ce pas ?
— Eh ! quand on est fâchée, M. Cotonnet, vous savez bien que l'on dit une foule de choses par dépit, mais on ne le pense pas.
— Si vous pouviez dire vrai ! Je ne sais pas pourquoi je crains que Goralîe n'en aime un autre... Vous a-t-^ette parlé d'un autre?
— Non, tencK, vous feriez bien mieux d'aller faire votre paix avec elle.
— Et si elle ne veut pas m'ouvrir, malgré mes huîtres?...
— Justement, me voici arrivée, j'aperçois ma porte... Bonsoir, M. Cotonnet.
— Mademoiselle, je ne m'en irai que quand je
vous aurai vuerefcrmer sur vous la porte de votre maison.
— Décidément, vous croyez que l'on veut m'enlever.
— Non, mais^^ tenez, mademoiselle, regardez donc cet homme qui se tient dans Tombre à quelques pas de votre porte.
— Vous croyez qu'il y a un homme ? Je n'en vois pas, moi.
— Comment, vous ne voyez pas? dans ce renfoncement! C'est, ma foi, un beau monsieur. •• un élégant en gants paille.
Augusta regarda de nouveau, et cette fois elle répond d'une voix altérée :
— Ah ! oui, en effet... Je crois qu'il y a quelqu'un... Mais, qu'est-ce que cela me fait?... Certainement, ce n'est pas pour moi que ce monsieur est là...
— Ça ne fait rien, je veux vous voir chez vous. .. bien rentrée dans votre maison.
— Et puis le portier de Coralie ne voudra plus vous ouvrir.
— Oh ! que si ! il y a toujours des moyens pour attendrir les portiers.
Augusta ne dit plus rien, mais elle pousse un léger soupir, puis se met à reprendre sa volée,
et en une minute elle est devant sa porte.
Le monsieur qui était dans Tombre, i quelques pas 9 a fait un mouvement comme pour s'avancer vers elle, mais en apercevant Cotonnet et sa bourriche, il rétrograde bien vite.
Quant à la jeune fille, elle a sonné, puis elle est entrée et a vivement refermé la porte en criant :
— Bonsoir, M. Cotonnet!