CHAPITRE CINQUIÈME
LA MARE o'AUTEUIL.
Nous n'avons pas revu Achille depuis qu'il a quitte, à minuit, la chambre d'Augusta pour se soustraire au lavement que la vieille garde-malade voulait absolument lui faire prendre.
Depuis ce moment, blessé dans son amourpropre, déçu dans ses espérances, il n'a pas cherché à revoir la jeune fille, mais il donnerait tout au monde pour prendre une revanche éclatante; car, pour un homme qui a l'habitude de se moquer des autres, c'était une cruelle déception
d'avoir été deux fois force de renoncer h ses espérances.
D'autres intrigues, d'autres amours sont venues distraire et occuper ce monsieur ; cependant, l'image d'Âugusta ne s'efface point entièrement de sa pensée; car les blessures faites à notre amour-propre sont difficiles à cicatriser.
C'est dans cette situation d'esprit que Rocheville a reçu le billet anonyme dont il a fait part à Arthur Durbinot; n'ayant pu parvenir à décider celui-ci à l'accompagner, il s'est dirigé seul vers une place de cabriolets.
Au moment de monter dans le milord, Achille se dit :
— Si j'allais prendre Benjamin, je l'emmènerais avec moi... Mais il me parlerait encore de sa passion pour madame Durbaldc... que j'avais promis de lui faire connaître... Je crois même que l'époque que j'avais fixée pour cela est passée. Ah ! ma foi, tant pis... Il y a tant de choses que l'on compte faire et qu'on ne fait pas... Par exemple, j'aurais bien juré de posséder cette petite Augusta... et je ne suis pas plus avancé... Elle doit bien se moquer de moi, cette jeune fille... Cependant, si elle était vraiment sage!... Allons, me voilà aussi bête que Benjamin à pré-
sent... Et les courses nocturnes rue du Grand- Prieuré?... C'est une petite hypocrite, et pas autre chose... Bah! décidément j'irai seul à Auteuil... Que sait-on! j'y trouverai peut-être réellement une aventure.
Et Achille se décide k monter dans le milord.
— Où allons-nous, mon bourgeois?
— A Auteuil... du côté de la mare...
— C'est contre la porte du bois.
— Vivement, je payerai bien.
Le cocher fouette son cheval, on arrive à Auteuil; Achille dit à son cocher de fattendre contre la grille et il entre seul dans le bois. •
Il n'y a pas cinq minutes qu'il s'y promène lorsqu'il voit venir une américaine tirée par un seul cheval et dans laquelle il y a un monsieur et une dame.
A mesure que la voiture approche, Achille se dit :
— Tiens! mais je connais cette carriole-là... Oh! certainement... et le cheval aussi... il est assez vilain pour qu'on le remarque. Parbleu ! c'est l'équipage de mou voisin Barigoule... et c'est lui qui conduit... Oh! je le reconnais aussi, il est aussi laid que son cheval ! Et cette dame avec lui... Allons , rien ne manque...
C'est Coratie!... c'est la jeune fleuriste... Voilà qui est singulier... Est-ce le hasard qui les amène par ici. . . ou bien serait-ce. . . ? Mais non, ce n'est point possible!
Pendant que Rocheville fait ces réflexions, l'américaine s'est arrêtée à cent pas de lui tout au plus.
La jeune femme qui était dans la voiture saute lestement à terre et se dirige droit vers le jeune homme, tandis que le monsieur qui l'accompagnait reste tranquillement dans la voiture.
— De plus fort en plus fort ! se dit Achille étn vayant Gornlie venir à lui. Est-ce que ce serait elle qui m'aurait donné rendez-vous?... Et elle s'y fait mener par son monsieur... Ce n'est point mal... cette petite va bien.
— Vous êtes exact , monsieur, dit Coralie lorsqu'elle est près d'Achille. C'est très-beau de votre part ; il est vrai que vous ne vous doutiez pas que c'était moi que vous trouveriez dans ce bois.
— ; Oh ! ma foi non, je l'avoue...
— Rassurez-vous... vous en trouverez aussi une autre... Mais enfonçons-nous un peu sous les arbres, voulez-vous?
— Je le veux bien; mais ce monsieur qui vous
attend dans la yoittire en regardant les mouches voler... Vous ne craignez pas... ?
— Moi!... Je ne crains rien... D'ailleurs, il donnera l'avoine à Zéphyr, ça l'occupera.
Et mademoiselle Goralie, sortant du sentier battu, s'enfonce aussitôt sous le feuillage ; ki cidevant fleuriste a maintenant un petit chapeau de crêpe qui n'avance pas jusqu'au bout <de son nez, mais qui en revanche semble, par derrière, reposer sur ses épaules; sa robe est fraîche, son cbâle fané, sa chaussure élégante et ses ganls sales; avec cela, toujours cette petite mine éveillée et décidée que vous connaissez, et Achille, qui la suit en la regardant aller, ne peut s'empêcher de dire :
— Elle est drôle !
Après avoir marché quelque temps dans le fourré, mademoiseUe Goralie s'arrête tout à coup, se retourne vers Achille, le laisse venir oontre elle et lui fait un petit sourire moqueur, en disant :
— Voulez-vous m'embrasser, monsieur?
— Ma foi... Pourquoi pas!... Mais ce monsieur qui attend là-bas près du cheval... ?
— Barigoule? ah ! il est fait pour attendre, et ce n'est pas eda qui doit nous gêner.
— Oh ! alors, embrassoos-nous !
Et Achille embrasse mademoiselle Goralie, et il recommence même, et quand cette demoiselle se trouve su£Bsamment embrassée, elle s'écrie :
— Ce D*est pas que je vous aime encore au moins... pas si béte... mais c'est que ça m'amuse à cause de Barigoule qui est là-bas...
— Parbleu! je l'entends bien ainsi... Vous, m'aimer... fi donc!... Je voudrais bien voir que vous m'aimassiez !... cela vous ferait bien du tort dans mon esprit!...
— Quel gredin d'homme!...
— Ah çà, dites-moi, ma chère amie, est-ce uniquement dans le but de vous faire embrasser que vous m'avez donné rendez-vous dans ce bois?
— C'était peut-être un peu pour ça, mais il y a aussi autre chose.
— Puisque la première affaire est terminée, passons à l'autre chose.
«^ Je ne vous aime plus, mais ça n'empêche pas que j'ai été bien vexée quand vous m'avez quittée... et j'en ai voulu surtout à Augusta... parce que c'est elle qui vous a détourné de moi.
-— Vous croyez?...
- J'en suis sure... Avec son petit air sucré, je savais bien qu'elle ne valait pas mieux qu'une
autre... aussi je ni*ëtais promis de me venger si j'en trouvais loccasion... Je viens de la trouver enfin et je me suis dit : Ne la laisse pas échapper... Et voila pourquoi je vous ai donné ce rendez-vous.
— Je ne vous comprends pas.
— Ça va venir.
— Êtes-vous toujours Famant d'Âugusta ?
— Augusta n'a jamais été ma maîtresse.
— Ta ra ta ta t ceci veut dire que vous l'adorez toujours. Mais en tous cas, mon cher, si elle n'est pas votre maîtresse, elle est celle d'un autre, et si vous êtes son amant, elle vous fait de fameuses queues ! . . .
— Expliquez-vous, répond Achille qui ne peut maîtriser une secrète émotion.
Depuis que j'ai fait la superbe connaissance de M. Barigoule, il me mène souvent promener dans son américaine ; sa voiture étant ce que je prise le plus dans son individu, j'en use, et même j'en abuse à rendre Zéphyr poussif... mais je m'en bats l'œil... Les chevaux ont été inventés pour l'agrément des jolies femmes, et si les hommes étaient des centaures ça n'en vaudrait que mieux...
— Peste ! de la mythologie l
— C'est une petite pointe en passant^ ça ne tire pas à conséquence. Or donc, nous venons assez souvent de ces cdtés... C*eât le rendez-vous du iurf.
« Il y a huit jours, étant descendue du berlingot pour laisser Zéphyr sou£9er, je me promenais sous les arbres... Ce n'est pas par ici, mais je vous montrerai l'endroit.
(c Tout.àcoup, je voisvenir une femme seule... je la reconnais sur-le-champ... je ne suis pas myope, moiL..
« C'était Augusta ; elle ne m'avail pas vue; je me dis :
u Que vient-elle faire seule par ici?... C'est louche, mais je le saurai.
« Je suis cette demoiselle, sans qu'elle s'en doute, et bientôt je la vois s'arrêter devant une fort jolie petite maison... bon style... chiquée... de ces petites maisons où Ton doit veair pour s'amuser.
u Elle sonne & une porte, on lui ouvre, elle en* tre et disparaît.
— Après?
— Attendez donc ! vous concevez bien que ça ne me suffisait pas non plus.
u Je me dis : Il faut que je voie avec qui elle
soTtira de là dedans... ou, si elle sort seule, il faut que je sache le temps qu'elle y sera restée.
« Je m'assieds contre uu arbre etj^attends... Ud quart d'heure, une demi-heure se passe, point d'Augusta ; j'avais fait Je tour de la maison pour m'assurer qu'il n'y avait pas d'autre sortie, je me dis : Il parait que l'on ne s'ennuie pas trop \k dedans... Une heure se passe, personne.
« Barigoule était désolé ; il faisait sans cesse le chemin de moi à sa voiture, et s'écriait : « Mais il faut que je rentre, ma femme va me faire une scène! » Je m'en Gchaîs pas mal ! Je lui répondais : ti Allez-vous-en si vous voulez, mais à pied ; laissezmoi la voiture, je saurai très-bien vous la ramener... » Je conduis mieux que lui, qui accroche les omnibus et monte sur les trottoirs.
K Enfin, tout cela nous prend du temps, deux heures se passent! . . . Comprenez- vous bien ? deux heures! Alors je vois la porte s'entr'ouvrir, je chasse mon grand serin, je regarde et j'écoute ; car mademoiselle Augusta ne sortait pas seule de la maison, elle était avec un monsieur très-élégant... très-bien mis... mais pas tout jeune... de ces ex*beaux qui ont encore quelque chose de lioD... Mon arbre me masquait parfaitement.
Le monsieur marchoît h cAté d'Augusta; celleci avait un air tout contrit, tout bête ; on aurait dit qu'elle n'osait pas lever les yeux.
u Le monsieur ne tarde pas à s'arrêter, puis il dit à la demoiselle d'un air très-cavalier :
« — Je vais vous quitter, car je ne suis pas le même chemin que vous ; mais c'est bien convenu, vous reviendrez ici d'aujourd'hui en huit et a la même heure; n'y manquez pas, car je vous attendrai et je pourrai vous donner ce que je vous ai
promis.
« Augusta reprit avec un petit air pleurard : .( - Oh ! je serai exacte, vous savez bien que
je suis toujours prête à faire tout ce que vous
voulez !
u En achevant ces mots, elle lança au monsieur un regard très-tendre , très-sentimental ; je vis bien qu'elle croyait qu'il allait l'enabrasser, mais au lieu décela, lui, qui avait l'air préoccupé de toute autre chose, s'éloigna vivement, en lui criant : « Adieu ! adieu«.. dans huit jours. »
«( Puis il disparut sous les arbres, et Augusta s'en alla toute seule par le chemin qui mène à Paris.
« Voilà, monsieur, ce que j'ai entendu ; il me semble que c'est assez clair? Qu'eu pensez-vous?
— Oui, c'est (rès-clair, rëpond Achille en se mordant les lèvres pour dissimuler son dépit. Mais je vous prie de croire que tout cela n'a rien qui m'étonne ; je n'ai jamais présumé que mademoiselle Augusta fût une vertu ! Est-ce que je crois à la vertu des griseKes ! . . .
— Oh ! c'est égal , comme celle-là se donnait des airs pinces, cela impose toujours, même aux hommes qui n'y croient pas.
— Dans tout cela, je ne vois pas encore le rapport qu'il y a dans cette rencontre et notre rendez-vous.
— Vous ne devinez pas ?. . . Ah ! mon cher ami ! pour un séducteur de votre façon, vous m'étonnez !... Je n'ai pas douté un moment de l'exactitude d'Augusta h venir à ce rendez-vous.. . D'abord elle avait l'air si bêle près de ce monsieur... Vous comprenez... un lion delà haute... un gentleman très-ridé!... elle est fière de sa conquête! Ensuite ce monsieur avait dit : « Je vous donnerai ce que je vous ai promis... » Donc il doit lui faire un cadeau, sans doute un cachemire ou un bijou : c'est donc une raison de plus pour qu'elle vienne le jour dit; ce jour, c'est aujourd'hui... et voilà pourquoi je vous ai écrit de venir ce matin h Auteuil...
— Oh f ma chère Coralie, vous êtes charmante ... je comprends maintenant. . .
— C*est bien heureux! Moi, j'étais ici avec mon Terre-Neuve... je veux dire Barigoule, un peu avant trois heures ; c'était à trois heures qu'Augusta était arrivée il y a huit jours à la petite maison, et ce monsieur lui avait recommandé de s'y retrouver à la même heure.
>c Nous nous sommes arrêtés avec notre équipage au même endroit.
<( II n'y avait pas deux minutes que nous étions Ihj quand j'ai aperçu Augusta se dirigeant vers la petite maison, où elle est entrée comme la première fois.
« A peine la porte s'était-elle refermée sur elle, que j'ai dit à mon Patagon... c'est toujours Barigoule... on assure que les Patagons sont de grandes asperges comme lui... Je lui ai dit :
« — Vite à la mare d'Auteuil ! que j'y rejoigne M. Rocheville auquel je veux rendre un service d'ami.
u II a fouetté Zéphyr et nous voilà.
— Ainsi, en ce moment Augusta est encore dans cette maison ?
— Elle y est; si elle en était sortie, nous l'aurions vue repasser par ici; c'est son chemin.
Cependant, comme il serait possible qu'elle n'j restât pas deux heures, comme la première fois, vu que les hommes ne sont pas toujours si eau* seurs, vous ferez bien d'aller tout de suite vous mettre en faction, si vous voulez surprendre votre perfide*
— Oh! sur-le-champ... Mais cette maison...
— Je vais vous y conduire... Ce n'est pas loin d'ici; en sept ou huit minutes nous y serons... Voulez-vous monter dans la voiture?. . . Barigoule se mettra sur le banc de derrière ?
— J'aimerais mieux aller à pied, puisque ce n'est pas loin.
— Eh bien, attendez, je vais aller dire à mon Pfaaéton de nous suivre au petit pas.
Mademoiselle Goratie se met à courir du côté delà voiture; elfe revient bientôt trouver Achille, qui est très-impatient de mener à fin cette aventure.
Elle prend son bras en lui disant :
— En avant, Barigoule nous suit tout doucement ; il sait où il doit m'attendre.
Après six minutes d'une marche assez rapide, Achille aperçoit à l'angle d'une route le toit à l'italienne d'une jolie petite villa.
-^ Voilà la maison... et un peu plus adroite
vous verrez la porte, dit Goralie en s'arrétant. Maintenant, monsieur, je vous laisse ; je pense en avoir assez fait pour vous.
— Vous partez, Goralie?
— Il le faut bien; vous allez peut-être attendre là plus d'une heure, et mon despote veut retourner à Paris; d'ailleurs, je devine bien ce que vous pourrez dire à Augusta et ce qu'elle pourra vous répondre.
« Au plaisir donc, cher ami, trompez les femmes! trompez-les beaucoup! c'est fort bien ! maïs soyez persuadé qu'elles vous le rendront toujours et avec les intérêts. »
En achevant ces mots, Goralie adresse un sourire moqueur à Achille et court rejoindre la voiture qui reprend aussitôt le chemin de Paris.
Achille se rapproche de la maison, en ayant soin de se tenir toujours sous les arbres; il va se placer en face de la porte et s'assied sur le gazon en se disant :
— Ah ! mademoiselle Augusta ! je vais donc vous surprendre en flagrant délit! et j'aurai parfaitement le droit de vous dire que, quand on se conduit comme vous... quand on vient mystérieusement à la petite maison d'un monsieur mûr, alors on ne fait pas semblant d'avoir peur
de l'amour d'un jeune homme, et on ne va pas chercher une vieille portière pour passer la nuit auprès de lui.
Après être resté plus de vingt minutes assis sur le gazon, sans voir autre chose que quelques promeneurs qui passent, Achille commence à s'ennuyer de sa position ; il se lève en se disant :
— Promenons-nous ; pourvu que je ne perde pas la porte de vue, je n'ai pas besoin de rester là comme une souche... Ce n'est pas amusant de faire sentinelle... Cependant je ne m'en irai certes pas sans avoir vu la belle Augusta, sans qu'elle sache que je connais ses fredaines!... Ah çà!... si Coralie s'était moquée de moi!... si Augusta n'était pas dans cette maison... le tour ne serait pas mauvais... Mais non... lorsqu'elle m'a conté cette histoire, j'ai lu dans les yeux de ma grisette ce bonheur qu'une femme éprouve lorsqu'elle pense se venger d'une autre... Oh! cette expression-I& n'était pas feinte; Augusta est là.
Et le jeune homme se met à se promener sous le feuillage, puis sur la route; marchant tantôt vite, tantôt doucement, s'arrétant tout à coup pour se retourner lorsqu'il a dépassé la porte, but continuel de ses espérances.
Il y a un quart d'heure qu'il se promène, son
impatience s'accroit à chaque minute, lorsque tout à coup il entend rire derrière lui, puis des voix bien connues s^écrient :
— Ah ! c'est donc ainsi que nous arons affaire à la mare d'Auteuil! le lieu du rendez-vous est donc changé?...
— C'est-à-dire qu'il voulait qu'on allât l'attendre là- bas, afin de pouvoir ensuite se moquer de ceux qu'il faisait poser... Toujours le même.
— Mais c'est }a Providence qui nous a conduits de ce côté...
Achille s'est retourné, et il demeure tout surprisen voyant devant lui Benjamin, Tamboureau, Boucaros et Albert Monbreîlly.
— Gomment, messieurs!... vous ici... dans le bois de Boulogne!... Ah! mais voilà qui est charmant!... et vous ne pouviez arrivez plus à propos «
En disant cola, Rocheville échange des poi> gnées de main avec les jeunes gens ; mais lorsqu'il s'approche d'Albert, celui-ci se contente de le saluer sans lui donner la main.
— Ah! très-bien... en voilà un qui m'en veut encore ! s'écrie Achille, et le diable m'emporte s'il y a de ma faute...
« Mais je me flatte que nous ferons la paix.
— lOi —
41 Âh çà , messieurs , veuillez me dire d'abord par quel hasard je vous vois ici tous réunis?
— La chose est fort simple, dit Benjamin; j'étais à l'atelier de M. Tamboureau...
— Pardieu ! Benjamin ^ quand vous parlez d'un artiste, d'un homme de talent, ne dites donc plus monsieur, c'est épieier*.. c'est portière!...
— Soit!... je le veux bien. J'étais donc i l'atelier de Tamboureau où j'espérais vous rencontrer...
u Car c'est après-demain qu'expire le délai fatal, vous savez...
— Oui, oui... allez toujours. ••
— M. Arthur Durbinot arrive, il nous dit qu'il vient de vous rencontrer, <}ue vous lui avez proposé d'aUer k Auteuil, que vous y avez rendezvous près de la mare...
•( Ma foi, cela nous a donné l'idée de venir tous voufry trouver...
— Pardieu, c'est fort aimable de votre part!...
— Quant & M. Albert, nous l'avons rencontré toat h l'heure dans ce bois, et ce n'est pas sans peine que nous l'avons décidé à être des nôtres.
— Mais je ne vois pas Durbinot?
— Il a vu passer un coupé dans lequel il a cru reconnaître son Éléonore, il s'est mis à courir à
sa poursuite, après, toutefois, nous avoir confié son pistolet...
— Oui, et comme cela nous ennuyait de nous promener inutilement autour de la mare, nous nous sommes dit : « Portons nos pas un peu plus loin... et allons à la redberche d'Arthur quia peut-être un duel avec sou Éléonore. .. » Mais vous ne nous écoutez pas, Achille, vous regardez constamment du côté de cette maison...
— Si, messieurs, je vous écoute... Mais je ne perds pas de vue cette maison... Car vous pensez bien que je suis ici pour quelque chose...
— Le rendez-vous est donc ici ?
— Non pas, j'ai trouvé à la mare la personne qui m'avait écrit, et c'est d'après ce qu'elle m'a appris que je suis ici...
« Je guette une jeune fille qui s'est jouée de moi... et je veux prendre ma revanche...
— Nous sommes de trop alors...
— Au contraire, plus la conduite de cette demoiselle aura de témoins, plus ma vengeance aura d'éclat!...
— Ah ! il s'agit d'une femme... à laquelle vous préparez quelque méchant tour! dit Albert en devenant sérieux.
« Je m'éloigne, alors, car je ne prendrai aucun plaisir k ce genre d'amusement...
— Restez donc, Albert, cela tous intéressera, car vous connaissez la personne dont il s'agit... et je gagerais bien que vous avez aussi été trompé par son maintien décent, par son air réservé. ••
— Je connais cette personne?
— Pardîeul et Benjamin... etTamboureau la connaissent aussi... C'est la jeune fille qu!ils ont secourue un soir, rue du Grand -Prieuré... quand un homme l'attaquait... C'est mademoiselle Augusta.
— Ah bah!...
— Celle qui était avec une de vos maîtresses au Château des Fleurs? dit Albert.
— Justement.
— Et que vous av^ emmenée seule en voiture?
— Oui , et qui dans la voiture m'a fait une scène dramatique , parce que j'avais usé de ruse pour me procurer ce téte-à-téte ; qui a jeté les hauts cris, parce que je voulais l'embrasser... enfin qui a parfaitement joué la vertu... Eh bien , mademoiselle Augusta se rend en secret et seule là... dans cette jolie habitation... et ce n'est pas une dame qu'elle vient y trouver.