‹ La mare d'AuteuilChapitre 14 sur 35 · LA MARE |I*ADTKU1L.—ÉD. H · texte numérisé non relu

LA MARE |I*ADTKU1L.—ÉD. H

— Dans cette maison ? dît Albert en se retournant pour examiner le pavillon -qiii est ^rla route; mbis je reconnais cette maison... Oui... je sais à qui elle appartient , car j*y suis venu une fois avec quelques peM^nnfes voir te proprië-

taire...

— Vous savez à qui appartient cette VîUa, Albert? Oh! bravo! cela devient de plus en plus piquant; et voulez-^ous nous nomtner'le propriétaire de ce joli séjour?

— Je ne pense pas que ce soît ^tm mystère; c'est M. Valdener.

— M. Valdener! s'écrient les jeunes gens.

— Oh ! c'est cela, dit Achille, c'eét1)ien l^homme élégant dont Goràlie m'a fait te portrait.

— C'est le monsieur... de madame Diirbalde! murmurie Benjamin d'un aîr*pétrîfië.

— Oui, jeune Godichon, dit Boutarbs, ce qui vous prouve que ce vieux lion a pluscTuHe cordîe à son arc... Ceci est une métapho^f Et il a raison, plus on vieillît, plus il faut avoir des cordes de rechange, car elles cassent très-souvent alolrs.

— Ce que vous venez de m'apprcndre m'étonne beaucoup, reprend Albert; j'ai entendu dire dernièrement que M. Valdener devait bientôt épouser madame Durbalde.

— lO» —

— L'épouser! s'ëcria Benjamin, l'ëpouser!... Ah!... j'ai envie de me cogner la tête contre un aii)re...

— Par exemple ! enfant ! ne faites pas de ces choses-là. •• on s'écorche le front, et voilà tout, dit Boucaros. Demandez auparavant à Tamboureau si les Grecs se cognaient la tête pour les Jspasie et les Mitto.

— Eh! que voyez-vous de singulier, Albert, à .ce que M. Valdener ait pour maîtresse cachée

une jolie grisetta, tandis qu'il est ostensiblement rainant d'une femme à la mode? Ces choses-là se voient tous les jours! Et un homme à aventures est encore très-rangé quand il s'en tient là.

— Daignez m'excuser, messieurs, c'est que je ne suis pas à votre hauteur.

— Mais ce M. Valdener ne refuse rien à madame Durbalde, dit Benjamin ; il vient d'acheter à Ta^iboureau ce joli tableau... un petit Souper régence dont vous aviez tant envie...

— Ah bah!... comment! cette dame m'a

soufflé ce tableau ?. . .

— Attention, attention, messieurs , vous allez voir la preuve de ce que j'avance, car on ouvre la po^te de la petite maison... Oh! c'est bien elle... c'est Augusta... et maintenant voilà bien

M. Valdener.*. Pardieu ! Coralie ne m'a pas trompé.

Augusta venait, en effet, de sortir du pavillon, accompagnée par M. Valdener; elle marchait h côté de ce monsieur, mais sans lui donner le bras, et paraissait écouter attentivement ce qu'il lui disait; une mise simple mais de bon goût, un joli chapeau de paille, un mantelet de soie composaient la toilette de la jeune fille, dont la tenue était irréprochable.

Après les avoir laissés marcher quelques minutes du côté de la mare d'Àuteuil, Achille s'empresse d'aller se placer devant eux, en s'écrîant :

— Ehl quel heureux hasard!... C'est bien M. Valdener que j'ai l'avantage de rencontrer !...

M. Valdener s'arrête et semble un peu embarrassé en apercevant Rocheville.

Quant à Augusta, ses traits expriment simplement la surprise et comme un secret ressentiment contre celui dont elle a pu apprécier la conduite par ce qui est arrivé dans la nuit d'orage avec madame Fourniment.

— Ah ! c'est M. Rocheville ! répond M. Valdener en saluant avec sa grâce habituelle. Il y a un siècle que je n'ai eu le plaisir de vous voir...

Vous venez donc vous promener au bois de Boulogne?

— Comnie vous voyez ; mais je n'y viens pas seul; tenez... voilà encore une de vos connaissances.

— En effet ! quelle nombreuse société... Quoi! M. Monbreilly est des vôtres?

Pendant que M. Valdener échange une poignée de main avec Albert, salue les jeunes gens qui se sont approchés» Augusta commence à se sentir embarrassée en voyant tant de regards attachés sur elle.

— l'ignorais que vous possédiez une campagne par ici, reprend Achille; c'est Albert qui vient de me l'apprendre... L'endroit est, du reste, parfaitement choisi... Ce doit être un lieu délicieux...

— Messieurs, je me serais fait un plaisir de vous y recevoir, répond M. Valdener, si je n'étais pas en ce moment... avec quelqu'un et occupé d'affaires...

Achille part d'un éclat de rire et s'écrie ;

— Ah! pardieu ! nous devinons bien les affaires que vous pouvez avoir à terminer avec mademoiselle... Ah! M. Valdener!... vous êtes toujours le même!... et vous méritez bien votre

réputation d'homme à 'bonnes fortunes... Mais recevez nos compliments, vous êtes uq heureux mortel !

Le ci-devant jeune homme sourit comnoe quelqu'un qui n'est pas fâché d'inspirer de telles pensées ; il répond cependant :

—-Ah! messieurs! par exemple... quelle idée avez-vous là !... Ah! je vous certifie que vous êtes bien dans Terreur.

Pendant que M. Valdener dit cela du ton d'uu homme qui ne tient pas absolument à ce qu'on le '

croie, Augusta, dont le visage s'est couvert d'une rougeur subite^ porte le regard sur ce monsieur comme pour lui demander s'il est vrai qu'on la soupçonne d'être sa maîtresse.

— Au reste, s'écrie Achille d'un air moqueur i et en jetant sur la jeune fille des regards imper- | tinents, mademoiselle Augusta mérite bien les hommages d'un homme à la mode. . . Elle a tourné

la tête à bien d'autres. i

— Quoi... vous connaissez mademoiselle? dit M . Valdener, don t le front vient de se rembrunir.

— Si je la connais!... Oh ! assurément ! j'ai ce bonheur... pas aussi intimement que vous peutêtre... mais assez pour en conserver un éternel souvenir... '

— l'ignore, moDsieur, si vous conservez un éternel souvenir des légères relations qui ont eu lieu entre nous, répond Augusta d'un ton froid et sévère ; mais alors vous devez vous rappeler qu'elles ne vous donnent pas le droit de me parler comme vous le faites en ce moment.

Achille fait une légère grimaee; Albert sourit et semble ressentir une vive satisfaction; mais Bocheville, qui n'entend pas être battu, répond aussitôt :

— Vous avez raison, mademoiselle... et tout le monde n'est pas aussi heureux que M. Valdener, je m'empresse de le déclarer... Après tout, je ne suis pas le seul ici qui ait l'extrême bonheur de vous connaître, mademoiselle!

£t Achille fait à la jeune fille un salut tellement respectueux qu'il en est insolent.

•^ Voilà encore Tamboureau... et de plus Benjamin, qui ont eu, je crois, la gloire de sauver mademoiselle d'un grand péril... Car mademoiselle a souvent été en péril... C'était un soir... assez tard... et mademoiselle était allée... probablement pour affaires... comme aujourd'hui, dans la rue du Grand-Prieuré... Ah! il fallait un grand courage!...

Augusta, après avoir jeté sur Achille un regard

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dans lequel il y a presque du mépris, salue Tamboureau et Benjamin en disant :

— En efifet, je reconnais ces messieurs... et je les prie de recevoir dç nouveau l'expression de ma gratitude pour le service qu'ils m'ont rendu le soir où j'étais allée rue du Grand-Prieuré pour affaires... comme aujourd'hui, cela est vrai.... N'est-ce pas, monsieur, que cela est vrai? Car. .. vous le savez bien, vous!...

En disant ces mots, Augusta attache sur M. Valdener des regards suppliants ; ses yeux sont humides, de grosses larmes s'y montrent, elle tend presque ses bras vers celui dont elle implore avec anxiété un mot... une parole.

Mais M. Valdener répond en reprenant son air insouciant et léger :

— Mon Dieu, mademoiselle, n'allez-vous pas prendre au sérieux les plaisanteries de monsieur ! Puisque... vous le connaissez, vous devez savoir que son habitude n'est jamais de parler sérieusement.

— Comment! s'écrie Achille un peu piqué. Qu'ai-je donc dit, s'il vous plaît, qui ne soit de l'histoire?

— Pardon, messieurs, de ne pouvoir jouir plus longtemps de votre aimable société, mais le

temps me presse... Nous ne pouvons nous arrêter davantage... Venez... mademoiselle. Enchanté, messieurs, d'avoir eu l'avantage de vous voir... Une autre fois je vous ferai les honneurs de ma petite maison.

En achevant ces mots, M. Valdener salue les jeunes gens, et, faisant un signe à Augusta, s'éloigne avec elle en marchant à pas précipités.

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