UN DÉFENSEUR
Pendant toute la scène précédente^ Albert n'a pas dit un mot, il s'est contenté d'examiner Augusta.
— En toilà une petite madrée ! s'écrie Achille en regardant Augusta s'éloigner avec M. Valdener.
— Elle n'en a pas l'air, dit Tamboureau.
— C'est justement pour cela qu'elle n'en est
que plus dangereuse... Messieurs, suivons-les
donc un peu de loin... Je youdrais bien savoir
si Valdener rentre avec elle à Paris...
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— Est-ce que nous n'allons pas dîner? dit Boucaros.
— Eh ! mon Dieu, messieurs, nous avons le temps, il n'est pas cinq heures... Tenez... tenez... les voilà qui s'arrêtent là-bas derrière la mare... Notre vieux lion lui remet quelque chose dans la main... et il la quitte... Le voilà qui se sauve par un autre sentier... Oh ! j'étais bien sûr qu'il ne rentrerait pas avec cette petite dans Paris... On ne veut pas être surpris par madame Durbalde...
— C'est un vieux renard...
— Avec tout cela, nous ne retrouvons pas Arthur Durbinot, dit Tamboureau ; est-ce qu'il suit toujours le coupé?
— Il est capable de le suivre jusqu'à Saint- Germain... D'autant plus qu'il s'est débarrasse de son pistolet.
Achille suit des yeux Augusta et bientôt il s'écrie :
— Messieurs, prenons donc par ce sentier^ nous couperons la route. •• et nous rejoindrons mademoiselle Augusta qui marche droitsiir Paris.
— A quoi bon rejoindre cette jeune fille? dit Albert ; est-ce que vous voulez encore la tourmenter?...
— Ii7 —
-^ Qh ! la tourmenter! Il est charmant cet Albert ! D'ailleurs je vous répète que j'ai bien le droit de me Tenger un peu de la comédie qu'elle a jouée avec moi... C'est très-humiliant de voir que l'on est distancé par un M. Valdener... Au reste, si vous ne voulez pas me suivre, libre à vous, messieurs; je saurai bien, sans vous, régler mes comptes avec la superbe Augusta.
Et, sans attendre de réponse, Achille se met à courir i travers le bois pour rejoindre la jeune fille.
Augusta marchait assez lentement, les yeux baissés vers la terre; il était facile de voir que, toute à ses pensées, elle ne s'occupait pas de ce qui l'entourait ; et ses pensées devaient être tristes^ car les regards de la jeune fille étaient sombres, son front soucieux ; chacun de ses traits annonçait les souffi*ances de son âme. Elle côtoyait les bords de la mare d'Auteuil lorsque tout d'un coup elle se sent retenue par le bras, et on lui dit :
— Comment! vous vous en allez seule?... Votre cavalier vous a abandonnée ?... Ah! ce n'est pas galant de sa part!...
En voyant Rocheville près d'elle, Augusta se sent rougir de nouveau, mais cette fois ce n'est
pas de la honte qui vient colorer ses joues , elle relève fièrement la tête, en répondant :
— Je croyais, monsieur, que vous ne deviez plus rien avoir à me dire... Je croyais que tout était fini entre nous... que je ne serais plus obligée d'entendre des paroles... comme celles que vous n'avez pas craint de m'adresser tout à rheure...
— Vous aviez tort de penser cela, belle Augusta, car j'ai encore une foule de choses à vous dire... Est-ce qu'on en a jamais fini avec une jolie femme?...
— Eh bien, monsieur, voyons, parlez et finissons*en, car je me flatte que cette entrevue sera la dernière entre nous deux.
En disant cela, Augusta dégage son bras que Rocheville tenait toujours.
— Mon Dieu!... comme nous sommes méchante ! ... Est-ce de crainte de déplaire à ce cher petit Valdener que vous me traitez ainsi... que vous craignez que je ne vous prenne le bras?... Est-ce qu'il est jaloux, ce tendre ami ? Ah! dame, cela n'aurait rien de surprenant.
— Monsieur... c'est bien mal ce que vous me dites là... c'est affreux d'outrager ainsi une pauvre fille... de la traiter comme vous le faites...
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— Mais en quoi donc toos ai-je ootngce, mademoiselle ? Quel mai Toyez-voos dans mn discours ?. • . Parce que je vous demande n M. Valdener est jaloox ?. . . Qaoî de plus natord qae cette question?
— Parce qoe, monsieur, toos arez Fair de penser que je sois la maîtresse de M. Valdener: Toilà ce qui est odieux... ce qui esl indigne!...
Achille part d'un éclat de rire, en disant :
— Moi, je trouve que cela derient trô-driUe au contraire!... Oh! bissczHDOî rire vn pen. je TOUS en prie!.. . je ne peux pas ni*en enipéd^.«. Savez-Tous que tous joueriez fort Lî^n b c^MBédie... les premiers rAûes .. arec de beî>» tlntks et le coup de takm à la fin !.^ Si t4(«» TfAjtz, f: vous ferai débuter aux bovlerffds... Alk ! ««hm n'êtes pas la mahrcsK de M« Ta!deaer! — Ihm exemple, YoUà qui àenoA troip Iwt... V<mk rt^z parfaitement joué la Tcrtu arcit btX dernière fois, tots stiex... fa^"^* ^•
Oh! e'éfait trc»4wen tcz^jt fr ri ir**rte é?-»
pris moi-4Béae... Xa» ^^miwt dMtMKT « rile... quand usas v«v» rrtcA «n«( «ir^7 iit j» petite maison de ce Tarif it^., 4Â y4«i ^hw rendei nmtéricnneaKnl iMofie f^iie... ^ 4k n'est pash prcaicve fas fie «eia
vous y étiez venue il y a huit jours, vous y aviez passé deux heures... Ah! vous voyez quie je suis bien renseigné... Et toutes ces personnes qui vous rencontraient près de cette mare... elles s'étaient toujours trompées... soi-disant... et ces courses nocturnes rue du Grand-Prieuré... Apparemment que ce monsieur a un petit pied-àterre par là, puisque cette aventure ne Ta pas surpris... Et ces petits cadeaux qu'il vous donne... encore tout à Theure... quelque chose qu'il vous a remis dans la main et que vous avez serré précieusement... cela ne peut pas être un cachemire, il ne tiendrait pas dans votre poche, mais il y a une foule d'autres présents à faire à une jeune fille... et qui ne tiennent pas de place, comme des bijoux, par exemple... Et vous n'êtes pas la ïnaitrese de cet homme?... Mais en vérité, ma chère amie, il faut que vous ayez une bien triste opinion de notre intelligence pour essayer encore de nous faire croire cela !
— Eh quoi ! monsieur, il est donc impossible qu'une jeune fille aille chez un monsieur sans être sa maîtresse?
— Oui, cela est impossible, quand le monsieur chez qui va cette jeune fille est un vieux polisson comme ceValdener!...
Les derniers mots qu'elle vient d'entendre semblent avoir bouleversé Augusta; ses traits s*aDiment, ses yeux lancent des flammes, c^est elle qui saisit le bras d'Achille et le secoue avec force en s'écriant :
— Taisez- vous, monsieur! taisez -vous!... Je vous défends de parler ainsi de M. Valdener... S'il m'a laissé outrager sans me défendre... je ne souffrirai pas qu'on l'insulte devant moi !
Achille est demeuré un moment tout saisi par le mouvement impétueux de la jeune fille, mais bientôt il se remet à rire.
. — Ah! nous l'aimons à ce point-là! Ah çà^ mais nous en sommes donc folle!... c'est vraiment incroyable!... £t ce sont toujours ces cidevant Jocondes... ces messieurs qui ont bien gagné leur retraite, qui tournent la tête à de jeunes filles... Du reste, ça me fait plaisir, ça ihe donne l'espoir d'aller Ion temps!... Que sait-on !... en vieillissant j'augmenterai peut-être bien plus facilement le nombre de mes conquêtes... J'ai dans l'idée que quand j'aurai soixante ans on se jettera à l'eau pour moi... C'est flatteur cela !... Pauvre Augusta!... c'est égal, vous me faites de la peine !
; Le mauvement nerveux qui avait animé la
jeune fille a bien vite fait place à un profond abattement ; elle baisse de nouveau ses regards vers la terre, en murmurant :
— Je savais, monsieur, que vous aimiez à vous moquer des gens... mais je ne pensais pas que votre plaisir allait jusqu'à les désoler...
— Les désoler? ah! le mot est fort... Je vous désole? moi!... Eh! bon Dieu, que serait-ce donc si je vous avais dit que votre cher Valdener va bientôt se marier... avec une fort jolie femme, à ce qu'il paraît?...
— Se marier!... M. Valdener se marier!..» murmura Augusta qui pâlit et demeure comme accablée par celte nouvelle. Ah! monsieur, est-ce que cela est vrai?... n'est-ce point encore une... fausseté ? .
— Non, mademoiselle, ce n'est poiot une blague... car voilà le mot que vous aviez sur les lèvres et vous n'avez pas osé le risquer. Diable! ceci vous contrarie beaucoup, à ce qu'il paraît... Ah ! je conçois... cela peut déranger une foule de petits projets... mais cela est authentique... Les mauvais sujets finissent toujours par le mariage, ils veulent trouver chez eux des pantoufles et des égards... Ah! ah! ah!... Mais ceci ne doit pas vous inquiéter : quand on a d'aussi beaux
yeux... un amant de perdu, dix de retrouvés!...
— Que vous ai'je donc fait, monsieur, pour que vous preniez plaisir à me traiter ainsi ? Est-ce donc parce que je n'ai personne pour prendre ma défense?
— Vous vous trompez, mademoiselle! dit une voix forte qui fait tressaillir Augusta.
Et en même temps elle aperçoit Albert Monbreilly qui vient à elle, en lui disant :
— J'hésitais à suivre monsieur, lorsque je l'ai vu courir sur vos pas ; je ne voulais pas être de nouveau témoin d'une scène comme celle de tout à l'heure ; mais bientôt j'ai réfléchi que ma présence pourrait peut-être vous être utile et mettre un frein aux charmantes plaisanteries de monsieur; cela m'a décidé à venir jusqu'ici... Je m'en félicite, mademoiselle, car vos dernières paroles m'ont prouvé que vous aviez, en effet, besoin d'un protecteur... et si vous voulez bien mêle permettre, jem'estimerai heureux d'être le vôtre.
— Ah! monsieur... je vous remercie, balbutie Augusta d'une voix entrecoupée par des larmes, vous ne me croyez donc pas méprisable, vous!...
— Vous êtes femme... vous souffrez, je vous dois avant tout secours et protection.
— Ah ! que c'est beau ! ... ah ! que c'est beau ! s'ëcrie Achille en allant s'asseoir sur un tertre de gazon et tirant son mouchoir de sa poche, puis feignant de s'essuyer les yeux. Ah! laissezmoi vous contempler tout à mon aise, couple intéressant! S'il y avait un peu de musique avec cela, pendant votre pantomime, ce serait digne de l'Opéra!... Voyons, Albert^ est-ce sérieux ce que vous venez de dire?,.. Est-ce que vous allez me proposer un duel à cause de mademoiselle?
— Je ne vous propose point un duel, parce que j'espère que vous sentirez l'inconvenance de votre conduite, et que vous cesserez de poursuivre mademoiselle de vos sarcasmes...
— Mes sarcasmes!... l'inconvenance de ma conduite!... Ah ça! mais où en sommes-nous?... Voyons, Albert, est-ce que vous n'avez pas vu, comme moi, cette fière Augusta sortir de chez ce don Juan de Valdener?... Depuis quand un homme n'a-t-il pas le droit de se plaindre d'une coquette qui s'est jouée de lui?...
— Moi... une coquette! murmura Augusta; moi j'ai cherché à me jouer de vous?... Ah! monsieur, vous m'avez bien mal jugée... et rien dans ma conduite ne devait m'attirer ces reproches!...
— Venez, mademoiselle, dit Albert en offrant son bras à Augusta, laissons monsieur rire tout à son aise des choses charmantes qu'il dit et qu'il fait ; il serait capable de rire aussi de vos larmes, et vous ne devez pas lui donner ce plaisir-là.
Augusta prend le bras que Monbreilly lui présente, et s'éloigne avec lui en tournant le dos à Aocheville ; celui-ci crie alors aux jeunes gens qui sont un peu plus loin sur la route :
— Place!... place! messieurs! laissez passer Pyrrhus et Àndromaque.