‹ La mare d'AuteuilChapitre 27 sur 35 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

l'amitié a l'épreuve.

Albert a repris la douce habitude de venir tous les jours passer quelques heures près d'Augusta ; il s'y trouve quelquefois avec Cotonnet, mais il n'y a pas à se méprendre sur les sentiments que celui-ci éprouve pour cette jeune fille.

C'est l'amitié la plus pure, c'est le dévouement le plus sincère ; d'ailleurs Cotonnet ne va jamais chez elle sans y parler de Coralie, qu'il aîa>e et cherche toujours ; et la constance de ce pauvre garçon, la crainte qu'il ressent que celle qui Ta

trompé ne soit malheureuse, lui ont déjà acquis l'estime d'Albert.

Quant h lui, jamais il ne parle d'amour à Âugusta, et il cherche à se persuader qu'il n'est point amoureux de cette jeune personne; il veut se faire illusion sur ses sentiments et se dit que ce n'est que l'amitié d'un frère qu'il éprouve pour elle.

De son côté, Augusta croit-elle ne ressentir pour Albert que l'amitié franche et pure d'une sœur ; peut-être se fait-elle aussi illusion, peutêtre^ heureuse d'avoir retrouvé un ami qui lui est si cher, ne cherche-t-elle pas à interroger son cœur, de crainte de voir des peines dans l'avenir.

Quelquefois cependant, plus franc avec luimême, Albert se dit :

— C'est plus que de l'amitié que je ressens pour cette jeune fille... Je ne puis plus être un jour sans la voir... je ne suis heureux que près d'elle... et je sens que je mourrai de chagrin si elle en aime un autre!... Un autre... mais elle ne m'a jamais dit qu'elle m'aimait d'amour... et elle m'a avoué que son cœur avait été sensible aux sentiments que Rochevilie lui témoignait. •• Elle ne veut plus entendre parler de lui, parce

qu'il a pense qu'elle se conduisait mal.«. Elle veut que Ton croie à sa vertu... Et cependant ses visites à la campagne de M. Valdener... cet argent qu'elle possède... somme considérable pour une ouvrière... toutes les apparences l'accusent... mais en Técoutant, en la connaissant mieux... en la voyant chaque jour comme je le fais & présent, les soupçons s'évanouissent. •• Je ne vois en elle que des qualités, je ne découvre dans son âme que des sentiments honorables.

Plus d*une fois Albert a eu l'idée d'aller trouver M. Valdener, qu'il connaît assez pour que sa visite ne puisse le surprendre, et de tâcher de découvrir quelles relations existent entre lui et Augusta.

Mais ensuite il repousse cette pensée, dans laquelle il voit comme un acte d'espionnage qui répugne à son caractère.

— J'ai promis à Augusta d'avoir confiance en elle, se dit-il, ce serait mal la lui témoigner que d'aller demander à M. Valdener des renseignements sur elle.

Mais sans aller chez M. Valdener, Albert fré^ quente assez le monde pour avoir appris que madame Glairvillier a quitté son mari et que l'on

ignore ce qu'elle est devenue.

Achille ayant disparu de Paris à peu près à la même époque, Albert ne doute pas que cette dame ne se soit fait enlever par lui.

Il plaint le sort d'une femme qu*îl a tendrement aimée autrefois, car il connaît assez Rocheville pour être certain que son amour pour Amélie durera peu ; et quoique Albert n*ait point à se louer de la façon dont Amélie étant jeune fille a répondu à sa fidélité, il regrette vivement de n'avoir pu Fempécher de commettre une faute qui peut avoir pour elle de si graves résultats.

En se rendant un matin chez Augusta, Albert demeure donc fort surpris de rencontrer Achille sur son chemin ; il va passer sans lui parler, mais Rochevillc Ta vu et il vient à lui.

— Oh! vous ne m'éviterez pas, mon cher Albert, vous aviez beau détourner la tète... justetement parce que vous m'avez vu... 11 faut absolument que je vous parle... j'ai une foule de choses à vous dire; mais d'abord, voyons, êtesvous toujours fâché contre moi?... Voulez -vous me donner votre main ?

— Non, répond sèchement Albert, il y a entre nous deux une trop grande différence dans la manière de voir et d'agir, pour que nous puis* sions encore être amis.

— Oh ! mon cher Albert, votre raisonnement n'est pas bien juste, puisqu'on dît au contraire que les extrêmes se touchent ; je pourrais encore combattre vos motifs de me fuir en vous disant qu'il n'y a pas entre nous autant de différences que vous voulez bien l'affirmer, qu'il y a plutôt similitude dans les goûts, puisque nous aimons tous les deux les mêmes femmes... Mais il ne s'agit point de tout cela... Je viens à vous franchement, sans détour, parce que nous avons été longtemps bons amis, parce que je vous aimais, parce que cela me chagrine de vous voir fâché contre moi... Voulez-vous que j'avoue que j'ai eu des torts?.. Jene demandepas mieux !... Eh, mon Dieu ! je sais très-bien que je suis un assez mauvais sujet... je ne peux pas me changer... c'est dans ma nature!... Grondez-moi bien fort... Traitez-moi comme je le mérite... Donnez>moi toutes les épithètes que vous voudrez... mais ne détournez plus la tête quand vous me rencontrez... ne retirez plus votre main quand j'avance la mienne... ne soyez plus un étranger pour celui qui est toujours votre ami.

Albert se sent ému par la franchise avec laquelle Achille avoue ses torts, et il laisse celui-ci lui prendre et lui serrer la main.

— Par quel hasard vous rencontré-je k Paris?... Je vous croyais bien loin avec madame Glairvillier, car c'est vous qui l'avez enlevée?

— C'est-à-dire que c'est bien plutôt die qui m'a enlevé.

«c Écoutez, Albert, j'ai eu tort de chercher à séduire cette dame. . . C'est vrai . . .j'ai eu très-tort surtout de faire le romantique^ l'extatique, le dramatique... pour flatter ses goûts, ses idées.. .mais je ne me doutais pas que cela irait si loin... Je disais toutes ces choses-là comme j'aurais récité un rôle!... Et voilà qu'un matin... non, c'était un soir, cette dame tombe chez moi comme un obus ; elle avait abandonné le domicile conjugal... Je vous jure que j'en ai été plus désolé que qui que ce soit et surtout que son mari, je le parierais bien ! J'ai fait mon possible pour l'y réintégrer... pour la faire changer d'idée... mais bah! je parlais à une femme qui est toujours dans les nuages... dans la lune... au sommet des monts.

« Bref, il a bien fallu prendre un parti; elle ne voulait plus bouger de chez moi et elle ne voulait pas que je sortisse. II n'y avait plus moyen d'y tenir. Nous sommes partis, je l'ai emmenée en Suisse... à Zoug,.., Zug, Zig... Zurich je

croîs!... Je Taî installée dans une espèce de chalet, avec des chèvres... des chiens, des cygnes, des vaches... un cornet à pistons, tous les agréments possibles, et puis, bien le bonjour ! je suis revenu.

— Gomment!... vous l'avez abandonnée là?

— Ah ! mon ami, moi je ne suis pas fou de la Suisse ;j'y suis resté dix jours, c'est déjà biengentil. Il fallait, malgré le froid et la neige, gravir tous les matins les montagnes; cela charmait Amélie, moi ça me donnait l'onglée ; il fallait lui jouer le ranz des vaches sur mon cornet à pistons ; ... il fallait attendre dans ses bras qu'une avalanche vînt nous frapper tous deux... elle aurait aimé ce genre de mort, moi je n'ai pas le moindre goût pour les avalanches... et, ma foi, comme j'en avais assez, je suis parti un matin, eu lui disant que j'avais oublié à Paris une pipe turque à laquelle je tiens beaucoup ; que je ne ferais qu'aller et venir... Quand elle verra que je ne reviens pas, elle devinera la vérité!...

— Mais, Achille, c'est affreux ce que vous avez fait là... Cette jeune femme quitte son mari... sa maison pour vous... et vous l'abandonnez au bout de dix jours dans un coin de la Suisse !

— Au bout de dix jours ou de dix mois !

qu'est-ce que ceh fait? J'aurais toujours fini par la quitter, autant la laisser tout de suite. Après cela, elle n'est pas dans un vilain coin de la Suisse, elle est dans un fort joli endroit; son chalet est très-confortable... j'ai payé la pension pour six mois d'avance, je lui ai laissé de l'argent, elle ne manquera de rien ! . . .

— Mais lorsqu'elle verra que vous ne revenez pas près d'elle^ elle se désolera. •• Avec une tête exaltée comme la sienne, elle est capable de prendre quelque résolution funeste. •• Si cette jeune femme allait mettre fin à ses jours, vous en seriez la cause, n'en serlez-vous pas désolé ?

— Si fait ! j'en serais désolé... mais que diable voulez-vous?... Je ne puis cependant pas me momifier, me changer en fromage de Gruyère, en vieux sapin et prendre racine dans ce pays-là.

— Vous pouviez conduire Amélie en Italie, en Espagne...

— Je ne m'y serais pas plu davantage. Décidément, je n'aime que la France.

— Et y a-t-il longtemps que vous êtes de retour à Paris ?

— D'hier seulement. Hais il y a trois semaines environ que j'ai quitté Zurich. J'ai un peu flénd en route en revenant*

— Trois semaines !... Ainsi cette pauvre Amélie est depuis longtemps déjà plongée (fans la douleur, dans l'inquiétude... Vous dites qu'elle est à Zurich ?

— Oui, sous le nom de madame Glarenda... c'est le pseudonyme que nous avions pris... Son chalet est près du Kirschberg ; il appartient à maître Flurmz, marchand de bois ; c'est |trèsfacile à trouver, et si vous avez envie de rendre une petite visite à Amélie...

— Peut-être!...

— Ce bon Albert ! il est capable de chercher à réparer mes folies!... Mais ce n'est pas tout, nous avons encore à causer d'une autre personne... et ceJle-là!... ah celle-là m'intéresse bien davantage !

— De qui est-ce donc?

— Gomment, vous ne devinez pas? Albert, cela m'étonne... Je veux parler d'Augusta.

Albert a tressailli, mais il cache son émotion et répond :

— Augusta... cette jeune fiiie que vous avez traitée d'une façon... si cavalière... que vous insultiez même lorsque je suis venu la défendre...

— Oui, oui... j'ai eu tort... j'ai eu cent fois

tort... Je suis un chenapan... je le sais, c'est convenu...

— Vous savez donc maintenant que mademoiselle Augusta ne méritait pas vos outrages... qu'elle était innocente malgré les apparences?

— Moi! je ne sais rien de plus qu'alors! vous l'avez vue, comme moi, sortir de la petite villa de Valdener, où elle était déjà venue huit jours auparavant ! Gomme ce Valdener a la réputation d'un roué, d'un Hbertin, j'ai cru que cette jeune fille était sa maîtresse... mais à présent que je sais que vous voyez trës>souvent Augusta, que quelquefois même vous l'accompagnez à la promenade, que vous l'avez souvent défendue lorsque Boucaros... Diirbinot ou d'autres attaquaient sa réputation, à présent, je suis persuadé que j'avais tort, que cette jeune fille est honnête, et que vous en avez les preuves; car sans cela, vous, Albert, vous si sévère sur l'honneur, vous n'auriez pas continué à voir Augusta. £h bien! voyons, n'ai-je pas au moins raison cette fois dans mes suppositions?

Albert reste un moment pensif.

— Eh bien, vous ne me répondez pas ?

— Je n'ai pas plus que vous de preuves de l'injustice de vos soupçons au sujet de cette jeune

fille, et cependant, moi, je ne doute pas qu'elle ne soit honnête... J'ai voulu... en allant chez elle étudier son caractère... sou humeur... je Tai vue si vivement a£G[igce des indignes conjectures que l'on a formées sur sa conduite, qu'il ne m'a plus été possible de conserver le moindre doute; mais, je le répète, ceci est simplement ma conviction...

— Gela me suffit !... je veux maintenant penser comme vous... Ah ça, dites-moi encore, Albert, vous si froid, si insensible, est-ce que vous seriez par hasard devenu amoureux d'Augusta?... où est-ce seulement par amitié que vous allez la voir?. .A un autre je ne demanderais pas cela, je serais d'avance sûr démon fait ; je me dirais: Il va chez elle, donc il lui fait la cour! Mais comme vous ne ressemblez pas à tout le monde, vous pouvez parfaitement être guidé par un autre motif.

Albert hésite et répond enfin :

— Je n'ai jamais dit un seul mot d*amour à cette jeune fille... Mais pourquoi me demandezvous cela?... est-ce que vous en êtes redevenu amoureux maintenant?...

— Eh! justement, mon ami,j'en suis amoureux bien plus que je ne l'ai jamais été... Vous haussez

les épaules, vous ne me croyez pas... Cette fois pourtant je vous jure que je ne plaisante pas !••• L'image d'Augusta ne 91e quitte plus... En Suisse, elle était sans cesse devant mes yeux...

— C'est bien flatteur pour votre autre conquête !

— Aussi c'est pour cela que je suis revenu. •• je n'y tenais plus... je voulais revoir Augusta... ou du moins avoir de ses nouvelles...

— Et l'avez-vous vue depuis votre retour ?

— De loin, une fois ; je ne sais si elle m'a aperçu, mais elle a disparu aussitôt. Je voulais aller la voir, me jeter à ses genoux, implorer mon pardon... mais impossible de monter chez elle, je suis consigné à la porte, le portier me connaît et il est incorruptible... Faut-il que j'aie du malheur! Tomber sur un portier qui refuse de l'argent! Enfin, mon cher Albert, je n'ai plus d'espoir qu'en vous !

— Comment ! en moi?... et pour quoi faire ?

— Pour parler à Augusta en ma faveur, lui dire que je l'aime... que je l'ai toujours aimée, que c'était par dépit, par jalousie que je l'avais offensée... enfin, pour obtenir qu'elle m'entende au moins...

— Tenez, Achille, je ne crois pas le moins du

monde à la sincérité de votre amour pour cette jeune personne... et d'ailleurs si, comme je le croîs, elle est honnête, pourquoi voulez-vous qu'elle vous écoute? est-ce que vous espérez encore en faire votre maîtresse?...

— Non! mon Dieu, je n'ai pas cette penséelà... mais qu'elle sache au moins combien je Faime... qu'elle sache que je suis désespéré de lui avoir causé du chagrain...Ne voulez-vous pas seulement me rendre ce service-là ?...

— Ce sera fort difficile ; car, s'il faut vous le dire, j'ai essayé de parler de vous à Augusta... je voulais savoir si elle vous en voulait toujours beaucoup...

— Ëhbien?

— £h bien, au premier mot que j'ai dit à votre sujet, elle m'a vivement interrompu en me priant de ne point continuer et de ne jamais prononcer votre nom devant elle.

-^ Vraiment! s'écrie Achille tout joyeux, elle vous a dit cela! Monami, c'est qu'elle m'aime toujours. •• elle me déteste, elle m'abhorre en ce moment... mais la haine est bien plus près de l'amour que l'indifférence.

— C'est possible! répond Albert en soupirant.

— Alors, nous verrons plus tard... ressayerai encore...

— Adieu, Achille; tenez... je parie qu'avanl peu une autre conquête vous aura fait oublier Augusta.

— Oh non ! vous perdriez.

Albert a quitté Achille eu réflëchissant à tout ce que celui-ci vient de luidire, et c'est dans une disposition d'esprit assez mélancolique qu'ilarrive chez Augusta.

La jeune fille sourit à celui qu'elle attendait; puis, en voyant Albert, elle s'écrie :

— Qu'avez- vous donc, mon ami ? Je vois de la tristesse dans vos yeux. . que vous est^il arrivé?...

— Rien, ma chère Augusta... vous m'avez permis de ne plus dire mademoiselle.

— Sans doute... est-ce qu'entre amis cela n'est pas froid et cérémonieux de dire toujours mademoiselle et monsieur?... Et vous n'avez pas quelque sujet d'ennui aujourd'hui?

— Ah ! si fait, j'en ai bien un grand, car je vais être obligé de m'absenter... et par conséquent, d'être quelque temps sans vous voir.

Augusta pâlit et murmure :

— Vous absenter. •• ah!... c'est peut-être encore un prétexte pour ne plus venir... peut-être

est-ce le retour de ces idées qui déjà vous avaient fait cesser de me voir... elles vous sont revenues à l'esprit...

— Non... oh ! ne croyez pas cela !... Tenez, je vais vous conter le motif de mon voyage et je suis certain que vous l'approuverez...

— Eh bien, voyons... contez-le donc alors.

— Un jeune homme, que je n'ai pas besoin de vous nommer, a fait la cour à une jeune dame mariée; celle-ci, romanesque, facile à impressionner, a écouté ce jeune homme...

— Ah î c'est bien mal cela...

— Et, cédant à l'exaltation de ses idées, elle a quitté son mari pour aller avec son séducteur.

— Quitter son mari!... mon Dieu ! Et ses enfants?

— Heureusement elle n'en a pas... Son amant l'a emmenée en Suisse ; mais là, au bout de fort peu de temps, il s'est ennuyé de sa conquête et Fa abandonnée pour revenir à Paris.

— Ah! c'est un monstre que cet homme*là...

— Sans doute, il s'est fort mal conduit avec cette dame... mais voyez-vous, ma chère Augusta, ces amours qui n'ont pas l'honnêteté pour base ont rarement une bonne fin. Or, maintenant voici quel est mon projet : cette jeune dame, je

U lIAItE d'AUTEUIL.- ÉD. H. 7. i

l'ai connue quand elle était encore ^demoiselle, et je m'intéresse k elle. Je me suis infaraié de œ que son mari a fait depuis qu'elle l'a quitté. Je sais quil tâche de faire croire dans le monde que sa femme est allée en Bretagne, soigner une vieille tante qui est fort malade et dont ils doivent hériter. Ce que ce mari craint le plus, e'est le dérangement et le ridicule. Ce n'est pas nn homme capable de faire la moindre démardie pour retrouver sa femme et punir son sédueteur. Je vais donc partir pour la Suisse, je sais où e^ la coupable, j'espère la trouver facilement ; je n'aurai pas de peine à lui faire comprendre que son amant ne l'aime plus ; je tâch^ai en même temps de ramiener un peu de raison dans cette tète exaltée, je lui montrerai quel sort elle se préparait en abandonnant son ménage, son époux; enfin, je ferai en sorte de faire naître le repentir dans ce cœur trop faible, et je la ramènerai à son mari. Elle rentrera chez elle incognito, elle se jettera aux pieds de son époux, en lui jurant qu'on l'a enlevée contre sa volonté, et celniHÛ ne demandera pas mieux qite de la croire. Certainement cela fera désormais un triste ménage I... mais il vaut encore mieux cela qu'une femme errant à l'abandon et un mari délaissé. •• Voilà

ce que je veux feire, ma chère Augusta, et voilà pourquoi je pars pour la Suisse dès demain, dès ce soir s'il est possible : me blâmez-vous à présent d'entreprendre ce voyage?

— Oh ! non ! non ! c'est bien , ce que vous faites là... c'est digne de vous... Partez, mon ami , partez vite, allez trouver cette jeune femme... grondez-la un peu, consolez-la beaucoup, et ramenez-la à son mari... Mais surtout, ne restez pas longtemps en Suisse... revenez bien vite... car le mari pourrait ne pas vouloir pardonner... Et puis... moi... je vais trouver les jours bien longs... quand vous ne viendrez plus me tenir compagnie.

— Mon plus ardent désir est aussi d'être bien vite de retour.

Albert presse dans les siennes la main que la jeune fille lui abandonne ; il se demande un in- .stant s'il doit lui parler d'Achille, mais il pense qu'il sera toujours temps d'entamer ce sujet à son retour, et il quitte Augusta qui lui rappelle encore qu'il a promis d*étrc bien vite revenu.

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