‹ La mare d'AuteuilChapitre 33 sur 35 · HT · texte numérisé non relu

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— Et maintenant, M. Albert, que vous connaissez son histoire, sa naissance... permettezmoi de vous présenter ma fille. . .

Eu disant ces mots, M. Valdener tire le cordon d'une sonnette; presque aussitôt une porte s'ouvre et Augusta paraît.

Albert court se jeter aux pieds de la jeune fille ; il est tellement ému, tellement attendri par tout ce qu'il vient d'entendre, qu'il ne peut que prendre sa main qu'il porte respectueusement à ses lèvres.

— Que faites-vous, M. Albert! murmure Augusta toute eonfuse de cet hommage.

— Je fais ce que je dois, mademoiselle, je me prosterne devant une jeune fille que Ton a calomniée, diffamée, lorsque tout dans sa conduite devait lui attirer nos respects et notre estime !

— Oui, reprend Valdener en tendant sa main à sa fille, qui la prend et la couvre de baisers, voilà celte pauvre enfant que moi j'ai laissée aussi soupçonner, lorsque je n'avais à dire qu'un seul mot pour faire tomber tous ces bruits calomnieux qui circulaient sur son compte... Ah ! je fus bien coupable... je le sens maintenant... mais pour que je reconnusse mes fautes , il a fallu la terrible leçon que j'ai reçue... Au sein de

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la richesse, des plaisirs, je ne me rappelais pas que j'avais une fille... c'est quand radversité m'a frappé, quand je me suis vu abandonné par cette femme qui ne convoitait que ma fortune, délaissé par ces amis qui m'avaient aussi cru millionnaire ; c'est lorsque les forces m'ont trahi et que, tremblant de fièvre, je n'avais plus personne autour de moi pour me donner des soins, c'est alors que je me suis souvenu que j'avais uoe fille... une fille que jusqu'alors j'avais abandonnée, privée de mes caresses!... Je lui ai écrit que j'étais souffrant, que j'avais besoin d'elle, et surle-champ elle est accourue, monsieur, elle m'a prodigué les plus tendres soins, elle a veillé près de moi... elle ne m'a plus quitté un instant...

— Mon père, n'était-ce pa&mon devoir, etea même temps un bonheur pour moi? dit Augusta en souriant au malade*

— Un bonheur pour toi. .. oui, je le crois, car tu es si bonne!... Tu as oublié mes fautes, moa abandon, en sachant que j'étais souffrant et malheureux... Mais un devoir !... ai-je donc rempli les miens, moi?

«(J'ai quitté mafemme, mon enfant, j'ai dissipé mon bien avec ces créatures qui sont ensuite les premières à se moquer de notre misère.,. Je (us

mauvais mari, mauvais pèrel... et maintenant que je sens tous mes torts, je ne puis plus les réparer, je n'ai plus de fortune à t'offrir... pauvre Augasta; je fus bien coupable... mais si je ne pois plus l'obtenir de ta mère, c'est h toi que j'en demande pardon.

— Ab ! mon père, que dites-vous là !... s'écrie Augusta en posant ses lèvres sur le front du malade; croyez-moi... de là-haut ma mère vous bénit et vous pardonne... et moi je vous respecte et vous chéris.

Albert, qui considère Augusta avec une joie, une ivresse qui ne saurait se décrire, s'est aussi rapproché du lit du malade.

Après avoir embrassé sa fille, M. Valdcner tend sa main au jeune homme, en lui disant :

— Eh bien, vous ne vous repentez point d'être venu, n'est-ce pas?

— Ah! monsieur, vous m'avez rendu bien heureux.

— * Je vous dois aussi des remerciments , M. Monbreîlly, à vous qui avez protégé, défendu ma fille lorsque chacun la soupçonnait... quiètes resté son ami... qui avez cru h son innocence, quand toutes les apparences semblaient se réunir pour l'accuser... Je vous aurais écrit phis tôt, si

j'avais su fout cela... mais c'est seulement hier qu'elle m'a tout conté... et avant j'étais si malade!...

En achevant ces mots, M. Valdener devient plus pâle et se laisse retomber en arrière. Augusla poussa un cri d'effroi, croyaotque son père perd connaissance ; mais le malade lui sourit et la rassure, en disant :

— Ce n'est rien qu'une faiblesse*., ce récit m'a fatigué... je n'ai besoin que de repos; au revoir, M. Monbreilly... allez renouer connaissance avec cette chère fille... et maintenant venez quand vous le voudrez lui tenir compagnie... ainsi qu'à moi... vous serez le bienvenu...

Le malade désire se reposer.

Les jeunes gens sortent de la chambre et passent dans le petit salon.

Là, Albert exprime à Âugusta tout le bonheur qu'il ressent de la revoir, tous les chagrins qu'il a éprouvés depuis qu'il ne l'a plus retrouvé chez elle.

— Je pensais bien que vous étiez inquiet de moi, dit Augusta ; mais pendant longtemps mon père était si malade. . . je ne pouvais songer qu'à lui... et j'aurais cru manquer à mon devoir en m'occupant d'un autre.

— Vous aviez raison. «. toujours raison... Je suis assez dédommagé de mes tourments si vous avez pensé à moi...

— Est-ce que vous «n doutez?... Et votre voyage en Suisse... avez-vous réussi?...

— Il a eu le résultat que j'espérais... la jeune femme est revenue près de son mari qui lui a pardonné...

— Ainsi vous avez encore fait une bonne action...

Ah ! je savais bien que mon père ne me gronderait pas d'avoir reçu vos visites... II m'a fait aussi votre éloge... il vous estime, il vous honore... il m'a dit que je serais bien ingrate si je n'avais pas de Tamitié pour vous.

Ce mot amitié retentit péniblement jusqu'au cœur d'Albert qui en ce moment se rappelle Achille, et se demande s'il ne devrait pas remplir la commission dont celui-ci l'a chargé près d'Augusta ; mais celle-ci ne lui en donne pas le temps, elle reprend aussitôt :

— Voulez -vous être assez bon, M. Albert, si vous voyez Cotonnet, pour lui dire où je suis et l'assurer que, lui aussi, sera toujours le bienvenu

— Ah! vous avez bien raison, mademoiselle, 7. H

car CotODnet est le meilleur garçon que je con- Daiase, et son dëvouement pour vous ne s'est pas démenti un seul instant!... Mais j'aurais encore bien des choses h vous dire eC...

— Vous me les direz tantôt, si vous êtes assez aimable pour reyenîr, car en ce moment je crains que mon père n*ait besoin de moi... Je Taî vu si p41e tout i rheure que je yeux pas rester plus longtemps loin de lui... Vous m'excuserez, n'estce pas?

— Je vous admire... et je veux que maintenant tout le monde vous rende justice en sacbant quels liens vous unissent à M. Valdener...

— Ah î que m'importe l'opinion de gens que je ne connais pas ou qui me sont indifférents !

— Croyez-moi> mademoiselle, il ne faut pas négliger de se faire rendre la place que Ton a le droit d'occuper; le monde est si souvent noiéchant et injuste, que lorsqu'on peut lui prouver sa sottise et la fausseté de ses jugements, c'est un devoir de le faire.

Et Albert s'éloigne après avoir salué avec respect celle qu'il n'ose plus appeler tout simplement Augusta.

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