CHAPITRE PREMIER
un plateau portant une seule lettre : la maréchale recula.
(( Je n'y suis pas, je n'en veux pas !
— C'est par la poste, madame la maréchale.
— En vérité , dit madame de Montford en riant, vous avez la lettrophobie, chère amie. Décidément , venez-vous aux Italiens?
— Qu'y donne-t-on ? »
Tandis que ces dames discouraient sur l'emploi de leur soirée, madame d'Aubemer , avec cette oisive curiosité qui porte à étudier comme une énigme les lettres qu'à l'instant on doit ouvrir, inspectait le timbre de celle qu'elle tenait à la main. D'un mouvement rapide elle se rapprocha de la fenêtre en la décachetant.
et jeta vivement un regard sur les premières lignes.
a C'est l'écriture de ma sœur, dit-elle, je ne l'avais pas reconnue sur l'adresse, et le timbre d'Uzerche m'avait alarmée... Tenez, madame de Montford, écoutez cette première phrase et jugez si j'ai raison en affirmant qu'il n'y a plus rien de commun entre ma sœur et moi... Je connais trop le cœur de ma chère Emilie^ pour penser que le monde ait pu réussir à le gâter ou même à l'altérer.,. Le monde qui gâte le cœur ! y a-t-il une idée plus provinciale?... quoi de commun entre le monde et le cœur?... En vérité, ce pauvre monde, calomnié par le vulgaire, n'a d'autre tort que d'être profondément ennuyeux.