‹ La maréchale d'AubemerChapitre 104 sur 155 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

avant le séjour chez la duchesse de- Montford, et la route lui paraissait ensuite toute tracée pour conduire la jolie provinciale jusqu'à la séduction, que les habitudes du monde où il vivait lui faisaient envisager sans le moindre scrupule. Il avait compté sur des froideurs simulées, sur une scène, une explication , un raccommodement , enfin sur tout ce qui compose les petits drames, notés d'avance , d'une société corrompue. Henri connaissait si bien les femmes !... c'était là sa prétention !... Oui, en effet, il devinait intuitivement toutes les pensées des êtres factices qui peuplent les salons, mais la nature simple, franche, candide de Gudule, non-seulement il ne la prévoyait pas, mais il ne pouvait même se l'expliquer. Sa froideur n'était

nullement simulée, elle la ressentait réellement ; ce n'était point de la colère, de la jalousie, encore bien moins un jeu de coquetterie ; l'impression était sincère. Sans doute, et fort à son insu, l'admiration qu'elle avait conçue pour la supériorité de Henri avait un moment illuminé sa vie, elle avait cru à l'être idéal que les femmes rêvent toujours plus ou moins vaguement. Accoutumée, sans trop le remarquer, à se trouver l'objet de sa constante occupation, elle avait éprouvé un grand vide en se voyant retirer cette flatteuse attention, pour la voir prodiguée à une personne qu'elle se sentait ennemie; mais ayant où rattacher ailleurs la tristesse dont elle se trouvait si péniblement atteinte, elle ne lui avait pas reconnu sa vé-

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