CHAPITRE X
ritable cause, la reprise d'empressement entre la princesse de Montford et d'Estoufeville ayant renouvelé les commérages de société sur ces rapports.
Gudule avait entendu raconter sur lui des traits de légèreté et de tratiisons envers les femmes, que l'on répétait sans malveillance et comme des anecdotes piquantes, mais qui blessaient profondément la moralité d'une jeune personne à peine échappée au donjon paternel ; et, avec cette intolérance inhérente aux premières années de la vie, elle en avait conclu que, dès que M. d'Estouteville ne possédait pas toutes les perfections dont elle l'avait bénévolement doté, il devait être un monstre de duplicité. Elle se trouvait donc fort en suspicion vis-à-vis de lui. et ce regard
d'intelligence mutuelle qu'ils échangeaient fréquemment autrefois avait cessé de lui être accordé. Si, en revanche, il exprimait un sentiment noble ou délicat, un éclair de surprise passait dans les yeux de madame de Saveuse, mais était promptement suivi d'un sourire dédaigneux. Cependant lorsqu'après un séjour de trois semaines à Magnanville Henri d'Estouteville dut enfin prendre congé, il n'avait pas entièrement perdu ses peines; Gudule, en le voyant si parfaitement aimable, si cons- ' tamment bon et obligeant, se disait de , temps en temps : a C'est bien dommage ! ... » et son départ la laissa très-ennuyée ; mais tous les habitants de Magnanville regrettaient aussi bien qu'elle la fin de cet amusant cours de chimie.