CHAPITRE XI
de chercher à s'expliquer la passion de M. d'Estouteville pour madame de Montfôrd, elle en était constamment occupée. Et c'était pourtant la seule chose dentelle ne parlât pas à madame d'Aubemer, qui de son côté lui dissimulait de son mieux la conduite de Lionel, et donnait à sa nièce la plus grande preuve d'affection en n'épargnant aucun soin pour retenir à Magnan ville ce mari qui lui devenait de plus en plus insupportable. Un matin où ces deux dames travaillaient l'une à côté de l'autre, livrées à leurs réflexions, la maréchale interrompit le silence en demandant à madame de Saveuse quand son amour pour Lionel avait commencé. Elle sourit doucement :
« En vérité, ma tante, je n'en sais rien;
j'ai toujours été enseignée à le considérer comme devant être mon mari.
— Mais enfin, pour refuser si haut la main ce pauvre chevalier d'Aubemer, il
vous fallait un motif impérieux.
— A cela, par exemple, je puis répondre plus nettement ; je voulais rester à Saveuse auprès de mon grand-père, et ne jamais quitter maman. »
Madame d'Aubemer leva les yeux et la regarda sans parler. Gudule rougit légèrement.
(( C'est vrai, ma tante... mais cela n'était pas présumable... et maintenant, on dit que c'est mon devoir... »
Elle détourna la tête pour dissimuler quelques larmes furtives; et la maréchale, regrettant de les avoir provoquées, s'em-