CHAPITRE XII
mais ne mettait pas le pied chez elle et ne répondait plus à ses lettres. Lionel s'en affligeait ; très-versé dans le texte du code de la galanterie, il savait qu'il fallait être plein d'égards pour l'amant supplanté lorsqu'on ne se battait pas avec lui ; mais^ aussi bien que le prince Simon, Henri ne lui donnait arucune occasion de mettre sa théorie en pratique et le traitait précisément avec la même condescendance familière qu'avant ses grands succès, ne lui donnant pas lieu d'exercer le nouveau rôle où il s'était diligemment préparé.
Avant même qu'elle fût tout à fait marquée, madame de Saveuse avait deviné la rupture de M. d'Estouteville avec la princesse; elle était très-consciencieusement bien aise pour lui, un peu plus hon-
teusement bien aise de voir une contrariété à madame de Montford qu'elle avait devoir de n'aimer pas. Quanta elle, comme de raison, elle n'avait aucun intérêt personnel dans cette aventure, et la pauvre Gudule fut même assez contente d'ellemême et de la victoire remportée sur son propre cœur, en s'apercevant, dans le courant de l'hiver, que son animadversion pour la princesse Simon s'était fort amortie. 11 n'était plus question de retour en Limousin, et la comtesse Lionel, encouragée par sa mère, se résignait au séjour de Paris. Cet Henri d'Estouteville que nous avons vu préparer avec tant de sang-froid des projets de séduction, y avait-il donc renoncé après avoir aplani les premiers obstacles? Il n'^en savait rien; sincère-