CHAPITRE Xn
ment amoureux, il n'était occupé qu'à dissimuler sa passion au monde, à la maréchale et surtout à madame de Saveuse, car il ne doutait pas d'être expulsé si elle se laissait apparaître. Parfois il se flattait d'avoir fait quelque progrès dans le cœur de Gudule, mais il était trop distingué pour être réellement fat, et un mot plus froid suffisait à le décourager; la franchise ouverte avec laquelle madame de Saveuse lui donnait son assentiment lorsqu'elle approuvait ses paroles ou ses actions, le déroutait; accoutumé aux minauderies, aux réticences des femmes rendues habiles par le contact du monde, il ne savait pas qu'on peut, sans s'en douter, aimer de toutes les forces d'une âme noble et pure! La sincère Gudule, hélas, l'ignorait^ncore plus ; elle
acceptait en pleine sécurité les soins constants dont Henri l'entourait sans empressennent trop marqué ; de jour en jour ce regard si froidement inquisitif, souvent si dédaigneux, qu'elle lui réservait à Magnanville s'adoucissait, elle ne témoignait plus d'étonnement à lui entendre exprimer les pensées élevées, les sentiments délicats, et les yeux de Gudule reprenaient l'habitude d'aller ouvertement et franchement redemander à ceux de Henri cette tacite communication témoignant de la sympathie morale qui existait entre eux. Voilà le seul progrès fait par Henri durant l'hiver, mais il lui avait coiité beaucoup de soins et il s'en trouvait heureux.
Telle était encore la position lorsqu'un beau jour de pcintemps l'annonce d'une
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course réunit au bois de Vincennes tout ce que la cour et la ville comptaient de plus élégant. Une circonstance fortuite ayant retardé l'heure où elle devait avoir lieu, les jeunes gens voulurent tromper l'ennui de l'attente en improvisant une sorte de course aux barrières, -et les calèches se dirigèrent vers le lieu qu'ils avaient choisi. M. de Saveuse avait proposé cet épisode à la matinée et s'y montrait fort à son avantage ; sa belle figure animée par l'exercice et la joie du succès que lui et son cheval venaient de remporter, brillait de tout son éclat et en faisait le roi de la course. Lorsque d'Estouteville parut, Lionel l'engagea à se joindre aux coureurs, bien persuadé de conserver dans le bois la supériorité qu'il lui devait céder dans les
Us LA MARÉCHALE D'AUBEMER.
salons. D'Estouteville accepta avec cette facile négligence qu'il apportait à ces sortes de choses, et, rendant la main à son léger coursier, partit au galop ; bientôt on le vit revenir sautant les barrières avec une souplesse pleine de grâce. Il en avait franchi trois, mais au moment où son cheval était enlevé, rasant la dernière, un malheureux enfant échappé de la main de sa mère traversa la route ; d'Estouteville craignant de l'écraser retint la bride, et le cheval arrêté dans son élan se renversa en arrière et roula sur son maître. Un cri déchirant se fit entendre et madame de Saveuse qui se trouvait debout dans la calèche stationnaire de sa tante en serait tombée si M. Chevreux, entraîné par ces dames à Vincennes, ne l'avait reçue dans