CHAPITRE XII
que la maréchale se mordait les lèvres et que d'Estouteville cherchait à dissimuler la profondeur de sa joie. Madame d'Aubemer, remise la première, tâcha d'occuper l'attention des détails de la chute pour l'éloigner de l'accident survenu à Gudule; mais la malice publique s'arrangeait trop bien de réunir les deux faits pour consentir à les séparer, et déjà les noms de M. d'Estouteville et de madame de Saveuse circulaient ensemble. Lionel resté en arrière était accouru pour donner secours à Henri, et, suivant son penchant, s'occupait à relever le cheval plus blessé que son maître, lorsque la princesse Simon lui cria :
« Arrivez donc, monsieur de Saveuse, votre femme n'a puvoir le danger deM.d'Es-
touteville sans se trouver mal d'effroi... ou peut-être l'a-t-elle pris pour vous.
Venez la rassurer en vous montrant, »
ajouta-t-elle en éclatant de rire, et s'emparant de lui elle l'entraîna vers le groupe qui s'accroissait sans cesse, au moment où les larmes de Gudule la rendaient à la vie et à elle-même. Se relevant alors avec calme et dignité, elle prit le bras de son mari et se dit en état de remonter en voiture, malgré les efforts de M. Ghevreux qui réclamait encore quelques instants de repos absolu. La maréchale se hâta de la précéder ; mais avant de se placer dans la calèche, madame de Saveuse adressa son compliment à M. d'Estouteville en ajoutant du ton le plus simple que l'effroi de sa chute avait .causé son saisissement.