‹ La maréchale d'AubemerChapitre 123 sur 155 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ces tendres langueurs; le mal une fois reconnu, elle voulait sincèrement, courageusement y porter un remède effectif. Séchant ses larmes et composant son visage, elle entra le lendemain matin chez la maréchale, au moment où, sa toilette achevée, elle allait quitter sa chambre.

(( Ma tante, lui dit-elle d'un ton ferme, ma tante, je dois et je veux aller à Saveuse ; parlons de mon voyage à déjeuner comme d'une chose arrêtée. »

La maréchale la contempla un instant avec le plus tendre intérêt :

« Ma pauvre Gudule, combien je suis coupable de vous avoir exposée à un danger que mon expérience devait prévoir ! » Elle ouvrit ses bras à la jeune femme qui s'y jeta, et, renonçant au maintien factice

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qu'elle s'était arrangé, fondit en larmes. a Oui, ma courageuse enfant, reprit la maréchale, oui, vous partirez, nous partirons; car je ne vous quitterai pas... Mais laissez-moi le soin de préparer ce départ... il ne peut être immédiat... il y a des convenances à garder.

— Ah ! ma tante , la première est de m'éloigner ! Nous savons que je l'aime. Hélas, et lui le sait aussi !

— Ne craignez rien, mon enfant, vous ne le reverrez pas. » Gudule sentit une larme froide glisser dans son sein. « Mais il faut préparer Lionel à cette absence ; lui avez-vous annoncé vos projets?

— Je ne l'ai pas vu depuis hier matin. » Et la pensée de son mari lui vint pour la première fois. Accoutumée à le peu comp-

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ter dans les circonstances importantes et ne se reprochant aucun tort envers lui, elle ne l'avait pas intérieurement appelé à ce conseil intime qui bouleversait son existence depuis quelques heures ; mais la question de la maréchale lui fit remarquer l'absence de son mari et elle reconnut lui devoir des ménagements.

(( Laissez -moi donc conduire cette affaire, et comptez sur ma sincérité, ma chère petite ; maintenant séchez vos yeux , et allons déjeuner pour ne pas éveiller l'attention des gens : ce sont les pires espions. »

Leur léger repas promptement expédié, ces dames s'établirent dans le petit salon où les habitudes de leur vie occupée leur assuraient la solitude jusqu'à une heure avan-

cée de la matinée ; elles retombèrent bientôt dans la série d'idées dont elles étaient absorbées. Gudale ouvrait son cœur avec la franchise qui la caractérisait; maintenant qu'elle-même y lisait, elle ne cherchait à rien dissimuler, car elle voulait tout combattre de cette volonté forte avec laquelle on réussit. Tout en l'encourageant à ces nobles efforts, la maréchale compatissait à ces peines; quoique les circonstances de sa vie lui eussent évité le tourment des passions, madame d'Aubemer avait une de ces organisations délicates qui comprend les chagrins des autres sans les avoir éprouvés. Personne ne s'identifiait mieux aux peines de ses amis et ne savait trouver avec plus de sympathie l'expression propre à les adoucir. Bien persuadée d'ail-

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