CHAPITRE XIV
hors de Paris aurait épouvanté la maréchale : jamais cela ne lui était arrivé et luf paraissait chose impossible; cependant elle retardait de jour en jour son inévitable départ. La première neige l'avertit enfin qu'il n'y avait plus à reculer devant cette fatalité. Elle aurait bien désiré enmener sa nièce ; mais Gudule voulait achever son année de deuil à Saveuse, et la maréchale admettait fort tristement que c'était peut-être plus convenable. En recevant ses commissions pour diverses personnes, la maréchale demanda :
« Ne dirai-je rien de ta part à Henri d'Estouteville?
— Non, ma tante, répondit Gudule en rougissant pas encore!... » ajoutât-elle plus bas, avec un doux sourire.
La maréchale la serra sur son cœur.
« Allons, reprit-elle gaiement, je ne parlerai que pour moi; mais je dirai beaucoup, je t'en préviens. »
Gudule ne s'y opposa pas; ce nom qui venait de frapper son oreille pour la première fois depuis bien des mois avait retenti dans son cœur si agréablement, qu'elle-même se le répétait à voix haute, et il peuplait la solitude que l'absence de la maréchale lui créait. Sans doute, sa mère lui était aussi chère que jamais , mais elle ne connaissait pas Henri , elle ignorait ses rapports avec lui. La confiance n'aurait pas manqué à Gudule , mais qu'avait-elle à racDnter? Un jour ils s'étaient regardés l'espace d'une seconde, et ce jour était la veille de la mort de