CHAPITRE XIV
Lionel. La maréchale, de son côté, un peu honteuse d'avoir exposé à un danger prévu un instant, mais sur lequel elle s'était ensuite aveuglée, la jeune femme confiée à son expérience, n'était nullement empressée d'en parler à sa sœur, et le secret restait ainsi entre Gudule et sa tante.
A peine madame d'Aubemer arrivée à Paris, M. d'Estouteville accourut chez elle; il y revint le lendemain et tous les jours. Il ne manquait jamais de texte à leurs causeries, et les lettres écrites à Saveuse étaient remplies de lui. Dépouillant le vernis de fatuité qu'on lui avait connu, Henri avait acquis toute sa valeur intrinsèque; en conservant les agréments qui l'avaient mis à la mode, il, attachait moins
de prix aux succès qu'ils procurent et devenait un homme sérieux et moral. Son sentiment pour madame de Saveuse en épurant son cœur avait éclairé son esprit. Le marquis d'Estouteville s'alarmait bien un peu de ce qu'il appelait l'accès de misanthropie de son fils, mais il l'attribuait à sa rupture avec la princesse Simon et comptait sur une nouvelle coquetterie pour l'en tirer. Quant à la princesse Simon, elle ne s'était pas amusée à pleurer Lionel ; après avoir vainement épuisé tous ses efforts à ramener Henri , elle s'était attachée à un bel étranger, magnifique et prodigue, dont elle dirigeait les fêtes, et qui lui procurait ainsi une source nouvelle de distractions et de succès. Elle en était absorbée et oubliait Henri ; celui-ci, aussi