CHAPITRE XIV
Henri ne savait pas les progrès qu'il avait faits dans l'absence et le silence. Il craignait encore ces dédains dont il avait tant souffert, et se disposait à combattre sérieusement les préventions que sa vie antérieure avait pu inspirer contre lui. En s'emparant de son cœur, l'amour véritable avait banni la confiance du succès, et c'était bien sincèrement qu'il se trouvait intimidé de- . vant la petite provinciale. Combien de temps fut-il à reconnaître sa nouvelle position? C'est ce qu'on ne saurait dire; mais peu de jours s'étaient écoulés que le terrain se trouvait aplani devant eux.
Aucune parole positive n'avait encore été prononcée, mais ils savaient que le mariage s'accomplirait à Saveuse dans le courant de l'été. La robe grise de Gu-
dule ne permettait pas des démarches ostensibles ni des engagements positifs, et ce sous-entendu suffisait à un bonheur dont madame d'Aubemer était des deux côtés la bénévole confidente.
La malice de la princesse Simon de Montford fut la première éclairée sur ce qui se passait à Magnanville ; le mariage de Henri avec madame de Saveuse lui aurait été odieux, et elle voulut le traverser. Rencontrant le marquis d'Estouteville, elle lui parla avec une apparence de bonhomie de l'intérêt affectueux qu'elle conservait à son fils, et du chagrin qu'elle ressentait de le voir au moment d'accomplir une sottise dont il se repentirait. La comtesse Lionel de Saveuse était assez jolie; mais c'était une petite provinciale