CHAPITRE XV
— Cela s'appelle être millionnaire, dit la maréchale en soupirant.
— Oui... à peu près... mais je ne sais pourquoi vous avez l'air tellement stupéfaite d'mie pareille fortune. Vous êtes bien autrement riche.
— Moi ?
; Vous.
— Mais j'ai à peine trois cent mille livres de rente à manger ?
— C'est pour cela, reprit M. Norbert en souriant, qu'avec vos réserves, vos habitations, vos paraphernaux , vous avez un fonds de plus de huit millions de fortune.
— J'ai huit millions! Ah! que j'en suis aise ! » s'écria la maréchale en frappant
des mains.
il)
M. Norbert ne l'avait jamais vue attacher de prix à l'argent que pour le dépenser. 11 la considéra d'un air étonné, et, reculant un peu sa chaise, il articula avec encore plus d'effroi que d'émotion :
u Est-ce que vous allez vous marier? »
La maréchale éclata de rire.
(( Non, non, mon bon Norbert; ne prenez pas une figure si épouvantée : vous me croyez un peu folle, je le vois, mais je n'extravague pas jusque-là.
— Allons, reprit M. Norbert, en rapprochant son fauteuil de la table, allons tant mieux, il y a remède à toute autre fantaisie. »
La maréchale, le voyant un peu radouci, recommença ses sollicitations et en revint à M. Dumas.