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CHAPITRE II

M. Duparc ; après quelques légères représentations il accorda un consentement très-bénévole à condition que le mariage se ferait sans aucun retard, voulant éviter, disait-il, les commentaires malveillants des parents de mesdemoiselles d'Élancourt;lesjeunes gens ne demandaient pas mieux, et le marquis de Saveuse eut à peine le temps d'arriver de son château du Limousin, sa résidence habituelle, pour assister à la bénédiction du mariage de son fils.

M. Duparc disait, à la sortie de la cérémonie, avec une expression d'amertume : « On ne m'accusera pas, au moins, j'espère, d'avoir sacrifié et vendu celleci ; M, de Saveuse est jeune et beau garçon, les nouveaux époux pourront s'en-

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tretenir ensemble des faits et gestes de leurs ancêtres aux croisades, et, Dieu soit loué ! le mari ne possède pas un patard. »

Deux années de bonheur s'écoulèrent comme un songe. Les jeunes Saveuse partageaient leur temps entre le château de Saveuse, Magnanville, la magnifique habitation des Dermonville, et Paris, où ils avaient leur établissement personnel ; la naissance d'un enfant venait de compléter leur joie, et madame Dermonville, à qui le ciel n'en avait pas accordé, éprouvait des sentiments presque maternels pour le fils de sa sœur chérie, lorsque ce tuteur si susceptible aux injustices des propos du monde disparut, emportant la plus grande partie de la fortune de ses pupilles, et

ayant tellement engagé et dilapidé le reste, qu'elle se trouvait à peu près réduite à néant. Avec l'intelligence d'un fripon, il avait habilement choisi les maris de mesdemoiselles d'Élancourt tels qu'il les lui fallait pour ne point regarder de près dans leurs affaires. Des soupçons, survenus enfin à M. Dermon ville, amenèrent une question qui hâta la catastrophe.

Les deux sœurs n'eurent point à en souffrir dans leur bonheur intérieur ; M. Dermonville était trop riche et les Saveuse trop généreux ; il fallut seulement renoncer à l'établissement de Paris; le marquis écrivit qu'il aurait bien de la peine à s'affliger de cet événement s'il lui assurait plus longuement à Saveuse la

présence de ses enfants ; de son côté madame Dermonville s'empressa de faire arranger dans sa maison un appartement pour le comte et la comtesse Gustave, et témoigna sa joie d'une réunion encore plus intime ; M. Dermonville s'y prêta avec complaisance comme à tous les désirs de sa femme, et les Saveuse s'y installèrent à la mutuelle satisfaction des deux sœurs. — Les maris se convenaient moins ; ils n'avaient aucun rapport de godt ni de relations de société ; M. Dermonville était un peu troublé de voir M. et madame de Saveuse appelés fré- Cjuemment à la cour , il craignait c{ue madame Dermonville ne se chagrinât de n'y point aller ; cela lui donnait une nuance d'humeur, et, sous prétexte de la différence

d'âge, lui faisait affecter une sorte de supériorité vis-à-vis de son beau-frère dont celui-ci, naturellement quinteux et entiché de sa noblesse, était encore plus disposé à s'offenser depuis qu'il se sentait son obligé; aussi la maison de M. Dermon ville lui devint-elle insupportable; il y dînait rarement, n'y passait guère la soirée, et ne profitait jamais des loges ni des équipages. M. Dermon ville faisait des plaisanteries assez amères sur la façon dont son beau-frère se dérangeait. — Caroline en prenait une mortelle inquiétude, sans oser interroger Gustave sur le changement de ses habitudes, lorsque enfin, dans une explication entre les deux époux, il avoua son antipathie à résider sous le toit de M. Dermonville. Il avait vainement cher-

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ché à la combattre, et ne pouvait plus longtemps la taire à Caroline.

Le printemps amenait naturellement le départ pour le Limousin ; madame Dermonville en voyait approcher le moment avec un extrême regret ; elle faisait mille projets pour l'hiver suivant, recommandait surtout qu'on ramenât le petit Gustave, enfant très-délicat, avant les premiers froids, et le couvrait des plus tendres caresses. Caroline l'écoutait d'un sourire mélancolique et les yeux pleins de larmes ; elle ne pouvait s'associer à tous ces plans de réunion dont elle savait l'illusion. Emilie avait remarqué les fréquentes absences de Gustave de Saveuse, elle craignait sa sœur moins heureuse dans son ménage, cette tristesse le lui confirma, et

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redoubla sa tendresse envers elle. — La correspondance s'établit très-active aux approches de l'automne. — Emilie sollicita le retour, des spectacles se préparaient à Magnanville pour le fêter, chaque jour de retard raffligeait; Caroline, de son côté, se désolait en recevant ces tendres effusions, ses réponses se ressentaient de la gêne ciu'elle éprouvait. Les souffrances d'un commencement de grossesse servirent de prétexte à éviter le séjour de Magnanville, puis la crainte de la fatigue à ne point faire le voyage de Paris. Fort alarmée d'un état qui exigeait de si grands ménagements, madame Dermonville courut, dès le printemps, en Limousin, où elle trouva sa sœur en parfaite santé.

Elle en revint avec la promesse (jue le

comte et la comtesse Gustave, et leurs enfants nés et à naître la rejoindraient l'automne à Magnanville avant leur commun établissement à Paris. La naissance d'un second garçon vers le milieu de juillet sembla préparer la réunion; mais Caroline arriva seule, on n'avait osé faire voyager les enfants, leur père restait auprès d'eux ; madame de Saveuse avait profité d'une course qu'un oncle de son mari faisait à Paris pour venir embrasser sa sœur, elle retournerait avec lui. Madame Dermonville crut encore, cette fois, à une nécessité forcée, elle ne pouvait douter de la tendresse de Caroline ; mais lorsque, pendant deux années consécutives, les prétextes se renouvelèrent, madame Dermonville dut enfin s'en étonner. La

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