CHAPITRE II
s'étendant, se conservant par le silence et le temps, elles en étaient venues à ne guère s'occuper l'une de l'autre, lorsqu'en songeant à marier le chevalier d'Aubemer, la pensée de lui faire épouser sa nièce vint à la maréchale. L'idée d'établir ce jeune ménage auprès d'elle lui sourit aussitôt ; c'était réunir la famille du maréchal à la sienne et confondre leurs intérêts. Madame d'Aubemer se complut dans ce projet; enfant gâtée de la fortune, accoutumée à voir réussir tous ses désirs, elle le regarda comme assuré dès cju'elle l'eut résolu ; mais, toujours irritée contre sa sœur, ce fut au marquis de Saveuse que la maréchale écrivit et demanda la main de sa petite-fille pour le chevalier d'Aubemer; il terminait alors ses caravanes à Malte,
devait quitter l'ordre dès qu'il aurait achevé de tenir galère, et le rang de duc lui était assuré au retour. Le marquis refusa au nom de mademoiselle de Saveuse ; un mutuel attachement l'engageait à son cousin Lionel de Saveuse ; le violent dépit de la maréchale, à ce refus, ne tarda pas à être absorbé par le chagrin très-vif de la mort du chevalier d'Aubemer, tué en se battant vaillamment contre des pirates barbaresques. — Depuis lors, elle avait émietté sa vie dans les petites affections, dans les petites affaires, dans les petites tracasseries, dans les petites agitations de la société factice du grand monde, s'occupant avec anxiété de choses dont elle ne se souciait guère et n'y attachant aucun prix lorsqu'elles avaient réussi.