‹ La maréchale d'AubemerChapitre 22 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mais où elle ne voulait pas échouer, souffrant enfin de ce désœuvrement de cœur, de cette solitude du foyer domestique qui ne laisse ni but, ni récompense aux actions de la vie. — Reconnue toutefois, par le monde, pour une femme parfaitement heureuse, elle aurait eu très-mauvaise grâce à se plaindre ; ses meilleurs amis se seraient moqués d'elle.

Tel n'était pas le sort de Caroline ; de grands chagrins l'avaient atteinte ; mais chaque époque de sa vie se comptait par un dévouement aux autres; elle avait la conscience de son utilité dans le lieu où Dieu avait fixé sa place ; sa tendresse passionnée pour son mari lui avait donné le courage de supporter la perte de ses quatre garçons et de lui prêcher une rési-

gnation qu'elle puisait dans le désir de la lui inspirer, et lorsque Gustave, moins com^ageux qu'elle, succomba en lui léguant le soin de la vieillesse de son père et de l'enfance de sa fille , lui ordonnant de s'occuper de leur bonheur comme elle l'avait fait du sien, elle comprit que sa tâche n'était pas achevée et pouvait, encore être douce et belle.

Le vieux marquis adorait sa petitefille; il jouissait de tous les agréments de cette jeune rose des bois avec d'autant plus de fierté qu'elle réunissait à sa grâce féminine l'avantage qu'aurait eu un garçon de continuer le nom de Saveuse. Depuis que le mariage avec son cousin avait été proposé et accepté, il n'en avait plus été parlé ; c'était un fait

Page 1