‹ La maréchale d'AubemerChapitre 23 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

complètement acquis aux deux familles. Lionel de Saveuse, fils unique et fort gâté par une mère commune autant que bornée, était devenu un grand et beau garçon d'un esprit assez ordinaire, trèsvolontaire, et ne cédant guère qu'à l'influence de sa petite cousine, assez flattée de l'exercer pour se croire un véritable attachement envers lui; ces' enfants savaient le lien qui devait les unir, car on ne pensait nullement à en faire un mystère. Parvenu à l'âge de vingt ans, Lionel annonça la volonté d'épouser sur-le-champ sa cousine ; elle en avait à peine quinze ; la tendresse maternelle de Caroline s'y opposa ; sa fille était encore frêle et délicate, le souvenir de précédents malheurs inspirait des alarmes, elle les fit partager

au marquis, et on décida d'attendre la dix-huitième année de la jeune héritière de Saveuse. Lionel se désespéra et sa mère bouda ; le baron, plus raisonnable, éloigna son fils; mademoiselle de Saveuse pleura en lui disant adieu, puis elle n'y pensa guère, puis elle n'y pensa plus du tout, et reprit avec ses occupations ordinaires la sérénité habituelle de son cœur. ' L'absence de Lionel durait depuis deux ans lorsque parvint à Saveuse la demande de la maréchale d'Aubemer ; le marquis fronça le sourcil en la lisant, et se dit en repliant la lettre et la posant résolument sur la table : « Ma petite-fille est mariée. » Sa loyauté cependant ne lui permit pas de disposer du sort de cette charmante enfant sans la consulter et de refuser sans son

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