‹ La maréchale d'AubemerChapitre 24 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

acquiescement une proposition aussi avantageuse ; il avait de plus remarqué, aussi bien que Caroline, combien les lettres de Lionel devenaient plus rares et plus courtes , tous deux s'en préoccupaient, aucun engagement positif n'existait, et on pouvait de part et d'autre renoncer au mariage sans forfaire à l'honneur, si ce n'est aux procédés, en s' appuyant sur cette parole prononcée dès le premier jour, si les jeuîies gens se cojwiennent.

Mademoiselle de Saveuse et sa mère furent donc appelées à prendre connaissance de la lettre de la maréchale, et le marquis somma sa petite-fille de prononcer :

a Vous n'avez pas encore répondu, bon papa ?

-^ Non, mon enfant, j'attends de savoir ta volonté et celle de ta mère. »

Madame de Saveuse conserva le silence; mademoiselle de Saveuse la regarda, pensant qu'elle le romprait la première, puis reprit d'un ton parfaitement calme :

« Mais, bon papa^ cela ne souffre aucune difficulté ; écrivez à ma tante que je reste à Saveuse et que j'épouse Lionel. »

Le marquis la serra sur son cœur; toutefois il se crut obligé à lui détailler les avantages qu'elle repoussait, le titre de duc assuré au chevalier d'Aubemer, l'immense existence dont elle jouirait, la brillante situation qui l'attendait à la cour et chez la maréchale... Mademoiselle de Saveuse répondit :

(( La plus belle des situations, c'est de

rester à Saveuse entre maman et vous, bon papa. »

Et passant ses bras autour de son cou, elle embrassait le vieillard qui l'attirait sur ses genoux en lui prodiguant les plus tendres bénédictions ; madame de Saveuse continuait à se taire ; dans le fond de son cœur, elle trouvait Lionel bien peu digne de posséder le trésor qu'elle lui élevait avec tant de sollicitude ; mais ce trésor serait-il mieux apprécié par un autre et aurait-il plus de chances de bonheur, éloigné de son aile maternelle ? Ces questions elle n'osait les résoudre, et quel que fut le désintéressement de sa tendresse, elle préférait les voir décidées par sa fille.

Mademoiselle de Saveuse, ayant autorisé

et prié le marquis de répondre qu'elle ne pouvait accepter l'honneur de l'alliance proposée par sa tante, sortit de cette conférence de famille avec la plus entière liberté d'esprit et de cœur. Non pas ainsi madame de Saveuse ! Elle avait remarqué combien Lionel tenait peu de place dans la décision de la jeune fille ; il arrivait bien après maman, bon papa, et même le séjour de Saveuse ; ce sentiment si calme suffirait-il à remplir une vie destinée à la solitude, et compenserait-il le sacrifice que peut-être on regretterait un jour? Qui sait enfin si la vanité maternelle de Caroline ne souffrait pas à son insu de voir enfouies dans le fond d'un château de province des grâces qu'elle pensait dignes d'un théâtre plus brillant?... Quoi qu'il en

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