CHAPITRE III
Madame d'Aubemer, désirant la mieux voir, lui demanda si son chapeau ne la gênait pas ; elle l'ôta aussi bien que son mantelet, les déposa au loin et reprit, (iès ce moment, le service de la malade.
« Je crois me rappeler avoir vu cette petite main et même cette bague bleue au milieu de beaucoup moins agréables visions, » dit la maréchale en touchant les mains de sa nièce pendant qu'elle lui donnait à boire.
« Ah ! madame peut d'autant plus en être sûre, » s'écria mademoiselle Julie, (( qu'elle ne s'est guère éloignée des alentours de ses oreillers pendant dix jours, et... )) Un regard impératif de madame de Saveuse trancha ce discours ; après avoir
posé la tasse, elle s'approcha de la cheminée, s'assit dans un fauteuil, prit un livre, et sembla attentive à sa lecture, mais le moindre mouvement lui faisait lever la tête et la montrait prête à retourner vers le lit. Madame d'Aubemer, encore beaucoup trop faible pour pouvoir converser, n'en remarquait pas moins ces soins si paisiblement intelligents, et lorsque la comtesse Lionel lui demanda en s'en allant vers la fin de la matinée :
(( Reviendrai-je ce soir, ma tante? »
Elle comprit qu'elle la payait de son dévouement en répondant également, simplement :
(( Oui, mon enfant. »
Madame de Saveuse se retira dans une satisfaction que mademoiselle Julie ne