CHAPITRE IIT
livrèrent au plaisir, si naturel, de rappeler ses jeunes années avec ceux qui les . ont traversées dans la même sphère et en conservent les mêmes souvenirs.
La convalescence de madame d'Aubemer s'établissait, accompagnée de l'ennui inhérent à un état où les forces ne répondent pas encore à l'emploi qu'on en voudrait faire. Madame de Saveuse se montra aussi habile à combattre cette langueur morale qu'elle l'avait été vis-à-vis des souffrances physiques. La maréchale, pour laquelle aucune de ses attentions n'étaient perdues, l'observait avec une affectueuse curiosité qui donnait de l'intérêt à son oisiveté forcée : aussi, dès que la comtesse Lionel s'absentait, retombait-elle dans l'anéantissement. Elle aurait trouve une sorte d'é-
goïsme à en convenir, mais mademoiselle Julie ne manquait pas. d'en faire la remarque, de sorte que la jeune comtesse ne quittait presque plus l'hôtel d'Aubemer.
Un jour elle lut à la maréchale un petit écrit déposé à sa porte et celle-ci remarqua combien sa voix était juste et sa diction pure :
(( Si cela ne vous fatigue pas, ma tante, je suis fort dans l'usage de faire la lecture à mon grand-père et je puis lire autant que vous voudrez. »
Madame d'Aubemer accepta avec empressement , désireuse qu'elle était de juger les goûts et les opinions de sa nièce sur les divers sujets que les livres pourraient susciter, et bien aise aussi d'employer quelques-uns des moments qui lui